Pas-de-Calais
Socarenam met le cap sur la croissance
Pas-de-Calais # Industrie # PME

Socarenam met le cap sur la croissance

S'abonner

Le chantier naval Socarenam a intégré cette année le dispositif national ETIncelles, qui accompagne de belles PME dans leur changement d’échelle. Investissements et développement sont au programme pour amener l’entreprise familiale vers le doublement de son chiffre d’affaires.

Mathieu Gobert, président du chantier naval Socarenam — Photo : Socarenam

Marche avant toute pour Socarenam. Le chantier naval implanté à Boulogne-sur-Mer et Calais (Pas-de-Calais) depuis les années 1960, organise sa montée en puissance en intégrant le dispositif national ETIncelles, lancé en 2023 par le ministère de l’Économie pour faire émerger davantage d’ETI en France. Pour Socarenam, qui réalise aujourd’hui 70 millions d’euros de chiffre d’affaires avec environ 230 salariés, l’objectif est clair : doubler d’ici cinq à dix ans son activité pour atteindre les 150 millions d’euros, et augmenter la capacité de production de trois à six navires supplémentaires par an.

Rachetée par ses salariés

Chantier emblématique du Boulonnais, l’histoire de Socarenam débute en Normandie, avec la Société Navale Caennaise. Celle-ci crée en 1961 une filiale à Calais, la Société Calaisienne de Réparation Navale et Mécanique (Socarenam). Une antenne ouvre à Boulogne-sur-Mer, actuel siège, en 1969. Dans les années 1970, un troisième site est lancé à Dunkerque, dédié à la réparation et à la chaudronnerie. La fin des années 1980 marque un tournant : le marché de la pêche décline, la concurrence asiatique s’impose sur l’offshore, et la maison mère cherche à se séparer de Socarenam. L’entreprise est alors reprise par ses cadres et salariés, dont une cinquantaine reste aujourd’hui les actionnaires. C’est aussi le début de la diversification vers les navires militaires.

"C’est la période où la Marine nationale commence à externaliser la production et s’ouvre à des constructeurs privés. Socarenam a été le premier chantier à décrocher un marché avec la DGA (Direction générale de l’Armement), dès 1989", retrace Mathieu Gobert, qui a pris la tête de l’entreprise avec son frère Charles en 2024.

Leur père, Philippe Gobert, a pris en 2000 la majorité de l’actionnariat et la présidence de l’entreprise, qu’il avait rejointe à 22 ans. Sous son impulsion, Socarenam étend ses implantations : rachat d’un chantier à Saint-Malo en 2009 (les branches ont depuis été séparées), puis reprise en 2014 de Caloin, fabricant centenaire de bateaux de pêche à Étaples, où Socarenam détenait déjà une filiale de menuiserie.

Demande en hausse

L’entreprise compte aujourd’hui cinq sites dans les Hauts-de-France et 280 salariés. 80 % de son chiffre d’affaires provient de la construction navale, de la conception à la mise à l’eau. Socarenam construit des navires en acier et aluminium de 20 à 100 mètres, sur mesure ou sur catalogue, pour armateurs privés et administrations publiques. Elle en produit, selon la taille, entre quatre et huit par an, du chalutier au patrouilleur. "Nous travaillons beaucoup pour les douanes et la gendarmerie maritime. À l’export, qui représente 20 % du chiffre d’affaires, nous livrerons début 2027 un patrouilleur de 55 mètres à la Marine belge, après en avoir fourni un aux garde-côtes polonais ", souligne Mathieu Gobert.

La demande est en hausse. Outre le renouvellement des navires, le retour d’une course à l’armement en Europe et les tensions migratoires en mer accroissent les besoins. La chaudronnerie offshore retrouve des couleurs grâce à l’éolien en mer, et le regain industriel de Dunkerque fait les beaux jours de l’atelier de maintenance de Socarenam.

Doubler le chiffre d’affaires

En croissance sur tous ses marchés, la PME se prépare donc à investir pour augmenter ses capacités de production. "Nous prévoyons d’investir entre 15 et 20 millions d’euros dans les cinq à dix ans, pour monter en capacité de production et moderniser nos outils… Un objectif de 150 millions de chiffre d’affaires à terme semble réaliste", pose Mathieu Gobert.

Mais pour construire plus de bateaux, il lui faudra plus de place. Et ce n’est pas qu’une question de moyens.

"Nos sites sont situés dans les enceintes portuaires, qui dépendent de la Région. Nous sommes tributaires de ses choix stratégiques et devons aussi dialoguer avec l’État et la Dreal (Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement). C’est aussi ce qui a motivé notre candidature à ETIncelles : cela nous permet d’avoir un interlocuteur direct auprès de l’État, qui facilitera ces échanges", décrit Mathieu Gobert. Sans compter les autres sujets sur lesquels la PME pourrait être accompagnée : le financement, l’innovation, l’export et les RH.

Verdir le secteur

Côté innovation, le bureau d’études de la PME accompagne déjà ses clients sur la réduction de l’empreinte environnementale des navires. "Nous essayons de devancer la réglementation, à la demande de certains de nos clients, qui se montrent très volontaristes sur ces sujets." C’est ainsi que Socarenam a livré aux Phares & Balises, en avril, un baliseur de 54 mètres "zéro émission", équipé d’un pack batteries embarqué et d’une pile à hydrogène, de panneaux solaires, d’une isolation renforcée, ainsi que d’un système de récupération de la chaleur des machines. "Ce navire est un vrai démonstrateur, sans équivalent en Europe, de ce qu’on peut faire pour verdir le secteur. Mais il est certain que cela représente un surcoût que tous les armateurs ne sont pas prêts à accepter, notamment dans la pêche", pointe Mathieu Gobert.

Qu’importe, Socarenam y voit l’occasion de challenger ses équipes et de les faire progresser… d’autant plus qu’une innovation en appelle d’autres : le chantier naval a décroché un beau contrat avec les Affaires Maritimes pour un patrouilleur équipé d’une voile gonflable de 180 m², mise au point par Wisamo, filiale de Michelin. L’occasion pour la PME de se poser, là encore, en précurseur. Mais l’innovation peut aussi se faire plus discrète. "Nous travaillons beaucoup sur le confort à bord. Nos clients ont tous besoin de faire venir des jeunes, ça passe par une meilleure qualité de vie sur les navires."

L’enjeu du recrutement

Le sujet du recrutement est également sensible chez Socarenam, qui peine déjà à recruter, malgré une démarche innovante.

"Nous manquons de bras, notamment en chaudronnerie — tuyauterie. Et pourtant, nous testons plusieurs dispositifs pour recruter des jeunes. Par exemple, nous formons chaque année 20 Bac Pro avec la promesse de les amener jusqu’au BTS, mais seuls 5 ou 6 restent au bout des trois ans. C’est frustrant et inquiétant pour l’avenir", déplore le dirigeant.

En partenariat avec France Travail, Socarenam expérimente aussi le recrutement au travers de tests pratiques. Ceux qui montrent le plus de dispositions pour le métier sont formés pendant un an, avec la promesse de décrocher a minima un CDD de trois mois à l’issue. Dix tuyauteurs sont ainsi rentrés dans le dispositif l’année dernière. "Si les dix sont motivés et capables, on les signe immédiatement en CDI. La main-d’œuvre est un réel frein pour nous", soupire Mathieu Gobert. Au vu des carnets de commandes, Socarenam pourrait employer 40 personnes supplémentaires dès aujourd'hui, pointe le dirigeant.

Pas-de-Calais # Industrie # PME
Fiche entreprise
Retrouvez toutes les informations sur l’entreprise SOCARENAM COTE D'OPALE