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Six millions d'euros pour rester à la page
Finistère # Industrie # Investissement

Six millions d'euros pour rester à la page

Basée à Saint-Thonan depuis 80 ans, l'entreprise Cloître Imprimeurs vient d'investir 5,9 millions d'euros pour se doter d'outils dernier cri. De quoi répondre à une demande de plus en plus exigeante sur un marché de plus en plus compétitif.

Avec un chiffre d'affaires de 14,9 millions d'euros et une hausse des volumes imprimés de 5 % depuis 2016, Cloître imprimeur (115 salariés) se donne les moyens de conquérir de nouvelles parts sur un marché de plus en plus concurrentiel. « Les prix baissent, et le gâteau à se partager est de moins en moins grand », analyse ainsi Christophe Dudit, à la tête de l'entreprise basée à Saint-Thonan. L'écrémage se fait aussi du côté des acteurs : « Nous ne sommes plus que 3.000 sur le marché, alors que nous étions 4.000 en 2015 », détaille-t-il.

« Gagner en sérénité »

Pour se démarquer et rester compétitif, pas d'autre choix que d'investir régulièrement. Après 4 millions d'euros en 2013, 2 millions début 2015, il vient d'injecter 5,9 millions supplémentaires pour moderniser son outil de production. « Ce programme d'investissement a été lancé durant l'été 2016, et comprend notamment le remplacement de machines offset par des machines de nouvelle génération, qui incluent énormément d'outils d'aide à la conduite. Ils vont nous permettre d'améliorer encore la qualité, de limiter le gaspillage et autoriser une plus grande polyvalence des conducteurs », explique le dirigeant. Coût de l'opération : 3 millions d'euros, auxquels s'ajoutent l'achat d'une seconde machine pour réaliser les plaques d'impression. « Jusqu'à présent on n'en avait qu'une pour réaliser quelque 70.000 m² de plaques par an : c'était trop risqué en cas de panne », détaille celui qui a décidé de doubler ce poste pour « gagner en sérénité ».

« Répondre aux tendances du marché »

Une sérénité dont le coût se paie aussi en termes de place : 5.000 m² supplémentaires pour accueillir cette nouvelle machine, ainsi qu'une coudeuse et une trieuse de plaques afin d'automatiser au maximum ce poste pour limiter les risques de casse. « Notre objectif est de répondre à une tendance du marché : en faire moins, mais le faire mieux. Aujourd'hui les gens veulent se démarquer, et ces nouveaux outils nous permettent de leur proposer de plus petits tirages de haute qualité et personnalisés ». Autre priorité : les délais, qui deviennent un critère de sélection décisif pour une entreprise qui, à 99 %, travaille en B2B. « Tout le monde en France est capable d'imprimer correctement, mais au-delà du coût, il faut aussi tenir la qualité de service », confie celui qui, par ailleurs, vient d'obtenir une nouvelle certification " Process Offset Standardisation ", après avoir mis en place des procédures garantissant la maîtrise de la chaîne graphique de A à Z, et que le fichier livré correspondra en tout point au fichier transmis par le client.

« Marier papier et digital »

Pour se démarquer, Cloître mise aussi sur une organisation aplatie : « chacun a son mot à dire, et le patron n'a pas toujours raison : ça permet de donner à chacun la liberté d'agir dans la bonne direction et de donner un sens à ce qu'il fait ». L'entreprise mise aussi sur l'innovation, comme avec cette offre de calendrier connecté conçu en partenariat avec Bookbéo et Digipictoris, deux start-ups elles aussi nées dans le Finistère. « On veut redonner au papier une utilité face au digital », explique Christophe Dudit, pour qui les deux médias sont complémentaires. « Nous ne combattons pas le digital, qui peut être plus efficace dans certaines stratégies de communication. Mais dans d'autres cas il peut être plus judicieux de marier digital et papier en faisant des campagnes cross-media », estime celui qui se bat aussi pour changer l'image du papier sur le plan de l'environnement.

« Garder notre âme d'artisans »

« Les gens pensent encore que le papier détruit les forêts, alors que nous utilisons des papiers issus de forêts gérées durablement ou de déchets de scieries. Il faut savoir qu'il y a plus de forêts en France et en Europe aujourd'hui qu'il n'y en avait au Moyen-Âge ! Sans parler du bilan carbone d'un envoi de mails groupés... », argumente-t-il. Sa stratégie pour la suite ? « Élargir notre spectre de réponse, et continuer à nous développer chez nos clients et à les fidéliser, à travers du conseil ou des choses comme cet outil informatique qu'on a mis en place pour faciliter l'expérience client. Notre objectif est qu'il soit plus facile de travailler avec nous qu'avec n'importe lequel de nos concurrents. Nous avons des valeurs et une façon de travailler industrielles, mais nous voulons garder notre âme d'artisan et cet esprit d'"imprimeur-conseil ».

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