« Ici personne ne veut avoir plus de soixante ans... mais il y a de plus en plus de vieux », c'est avec cette boutade "poil à gratter" dont il a le secret que Dominique Wolton, directeur de recherche au CNRS, a entamé son intervention à la Région le 13 février devant Michèle Delaunay, ministre déléguée aux Personnes Agées et à l'Autonomie, et le président de Région Martin Malvy. Ceci à l'occasion de la signature officielle du contrat de filière par lequel Midi-Pyrénées, après la Basse-Normandie, entre de plain-pied dans la Silver Économie. Avec le développement de ce contrat, l'idée est de faire naître une industrie liée au vieillissement, sous toutes ses formes, de la domotique à la santé en passant même par le tourisme. Le constat n'est pas nouveau et les chiffres parlent d'eux-mêmes : il y a actuellement près de 15 millions de seniors en France et ils seront 20 millions en 2035. Dès 2015, ils devraient représenter 54 % des dépenses de santé, d'alimentation, de loisirs et d'assurance ! Dans le monde, le cap du milliard sera franchi dans quelques années. D'où une problématique à entrées multiples liant intimement traitement politique et social de cette évolution et développement par les entreprises de solutions adaptées. Avec cette démarche de filière, l'État et les collectivités s'engagent à (et pour) développer et organiser le secteur.
200 entreprises déjà actives dans le secteur
Martin Malvy a toutefois souligné que Midi-Pyrénées ne part pas de zéro en la matière : il avait ainsi visité le matin-même à Balma, en compagnie de la ministre déléguée, la société Medicapteurs qui vient de développer dans le cadre de l'appel à projets Agile-IT 2012, son dernier produit Dynalyser : neuf capteurs reliés à un boîtier sans fil mesurent la pression plantaire pouvant aussi servir à prédire les risques de chute. Martin Malvy a rappelé que près de 20 M€ ont été octroyés depuis trois ans à 200 entreprises dont 80 % de PME. « Nous avons une capacité de recherche forte avec les trois pôles de compétitivité et les trois clusters et notre politique passe par les appels à projets aux 20 laboratoires de recherche. » Pour ce qui est des autres entreprises, dix se sont exposées dans un showroom lors de cette opération de lancement de la filière. Actia, déjà présent en milieu hospitalier dans l'e-santé, veut étoffer son département santé et travaille en collaboration avec le Laas et le CHU sur la problématique de la fragilité afin d'éviter la dépendance. Topchair compte bien, quant à elle, élargir la diffusion de ses fauteuils roulants en se positionnant sur le marché de l'accessibilité dans les établissements recevant du public (ERP). Alors que la société Orme, elle, s'est engagée dans la réalisation d'un capteur automatique sans contact qui permet la prévention ou la détection des chutes. De façon très globale, trois axes constitueront le coeur de la stratégie Silver en Midi-Pyrénées : les espaces de santé mutualisés pour la détection des fragilités, la gestion des échanges et des données ainsi que l'habitat et le maintien à domicile.
La question du financement se posera immanquablement
Dans ce marché en formation, ou plutôt en phase de structuration, l'État doit envoyer des messages allant d'un cadre financier stimulant (BPI, fond de capital-risque) à un environnement règlementaire sécurisant (labellisation ...). Il n'en demeure pas moins que se posera immanquablement et rapidement le problème de la prise en charge de l'utilisation de toutes ces innovations au service des personnes âgées : particuliers, État, organismes paritaires... ? La question est d'importance alors que Michèle Delaunay assure que « les âgés ne sont pas un coût mais une véritable opportunité pour la croissance. » À la Direction de l'animation de la recherche des études et des statistiques (Dares), on estime en effet que la Silver Économie pourrait générer 300.000 créations d'emplois nets, d'ici à 2020.
Midi-Pyrénées est la 2e région de France à intégrer la démarche gouvernementale de la Silver Économie. Celle-ci table, en s'adaptant au mieux au vieillissement des populations, sur l'émergence d'un nouveau levier de croissance évaluée par le rapport Pisani à 0,25 point de PIB.