Serpol, voilà un nom qui fleurerait presque la campagne, le thym et les prairies de coquelicots. Un nom derrière lequel, en fait, on trouve une entreprise de dépollution. Serpol, ou l'émanation de Serpollet, une PME lyonnaise de travaux publics plus que centenaire, et amarrée en 1983 au groupe indépendant Serfim, dont elle est devenue le fleuron environnemental.
Pompier au départ
À l'origine, Serpol a servi de pompier pour le compte des grands industriels français. Colmater les fuites et pomper les mini-marées noires était le quotidien de l'équipe d'astreinte. «Si par hasard un transformateur explosait, il fallait absolument limiter la contamination des sols aux PCB, des molécules autrefois utilisées comme isolants ou comme lubrifiants, mais extrêmement toxiques pour l'homme», explique Olivier Déchelette, directeur général. Même interdits par la loi depuis plus de vingt ans, ces PCB ne se dégradent pas naturellement et continuent donc à remplir les journées des techniciens de Serpol. Très vite, la PME ne s'est pourtant plus contentée de ces interventions d'urgence. Elle a élargi son champ d'activité aux sols pollués des anciens sites industriels, dont les nappes d'eau sont contaminées. Chien truffier, Serpol peut découvrir aussi bien des hydrocarbures que des métaux lourds, parmi lesquels l'arsenic, hautement toxique. À entendre Olivier Déchelette, le métier de la dépollution n'a aujourd'hui plus grand-chose à voir avec ce qu'il était il y a vingt ans.
Accélération du marché avec le Grenelle
«Pour schématiser, avant on prenait une pelle et on creusait un trou. Aujourd'hui, on est capable de faire du traitement ?in situ? qui ne nécessite pas d'excaver le sol ni de suspendre l'activité du site. On peut aussi intervenir à distance, via la télégestion». Plus innovante, plus professionnelle aussi, la dépollution a vu fleurir un chapelet de termes techniques - désorption thermique, bio-venting, sparging - ainsi qu'une myriade de labels, agréments et certificats. «Le marché s'est vraiment développé il y a dix ans et a accéléré avec le Grenelle de l'Environnement, poursuit Olivier Déchelette. Aujourd'hui, on s'intéresse beaucoup au passif des sols, surtout dans les anciennes régions industrielles.» En 2008, l'État a recensé 250.000 sites industriels désaffectés, aux sols potentiellement dangereux pour la santé. Une jolie manne pour la PME. Parallèlement, Serpol a signé des contrats-cadres avec des pétroliers pour relifter leurs dépôts et stations-service, sans oublier leurs pipelines. Elle s'attaque également aux déchets toxiques des collectivités et s'active sur des chantiers de désamiantage. «Notre plus gros boulot a débuté en 2009 dans la réserve naturelle de la Crau, lorsqu'un oléoduc a libéré près 4.000 m³ de pétrole. On a dû forger en urgence une cinquantaine de points de pompage pour nettoyer les nappes. C'est un chantier exceptionnel qui durera sans doute plusieurs années.»
Une croissance mesurée
Malgré ce type de désastres, et la pratique systématisée de la dépollution, Serpol ne verra probablement pas sa croissance s'envoler. «Notre entreprise ne génère que 15% des ventes de Serfim, observe Olivier Déchelette. Au total, le marché de la dépollution en France représente environ 400M€ de chiffre d'affaires, ce qui n'est pas énorme. Le problème n'est pas de trouver des sites, mais les budgets qui financeront la dépollution!»
Serpol
Date de création: 1983
Siège: Vénissieux
Effectif: 120 salariés
CA 2010: 25M€ www.serpol.fr