L'entreprise familiale a tout désormais d'une grande. Avec Sébastien Ferrari, actuel P-dg et son frère Romain, directeur général, deuxième génération de Ferrari aux commandes, le spécialiste des matériaux composites souples pour l'architecture, l'industrie et le mobilier réalise aujourd'hui 75 % de son chiffre d'affaires de 142,3 millions d'euros à l'international, par le biais de 100 distributeurs et 4 filiales (États-Unis, Japon, Hong Kong, Brésil). Basée à la Tour-du-Pin, la société vient de lancer un grand plan de développement de 100 M?, après avoir traversé une période difficile entre 2008 et 2012. « Comme tous les industriels européens, nous avons été touchés par la crise, alors que nos taux de croissance étaient auparavant toujours supérieurs à 10 % par an. On a dû resserrer les boulons et améliorer la performance de l'entreprise au détriment de la croissance, en éliminant 20M? de produits à faible marge, comme de vieux produits ou des produits d'entrée de gamme », explique Sébastien Ferrari. Durant cette période, l'entreprise a également dû réduire sa masse salariale, en passant de 630 employés en 2012 à 585 en 2013. Mais sa mue ne faisait que commencer.
Premier acte : la levée de fonds
Car le temps de la disette budgétaire est bel et bien révolu. « Nous nous sommes retrouvés en 2013 avec une entreprise qui avait repris sa performance économique, mais qui avait maigri. On avait donc deux options : continuer à être un acteur leader en Europe, ou bien devenir un acteur leader global ». Face à un marché qui a repris près de 4 % de croissance sur l'ensemble de ses trois segments, le choix de cette seconde option a impliqué de mettre un coup d'accélérateur sur les investissements. L'entreprise a commencé par réaliser en juin 2014 une augmentation de capital, sans cession d'actifs, qui a fait passer la part d'actionnaires extérieurs de 2 à 30 %. « Nous avons accueilli de nouveaux investisseurs qui nous ont apporté 43 M?, avec, pour la moitié, des structures comme Bpifrance, la filiale d'investissement du Groupe Tikeha, Salvepar, ainsi que CM-CIC Capital Finance. 50 % des salariés sont également devenus actionnaires, ce qui représente une grande fierté », estime le P-dg.
Second acte : le plan de développement
Une somme qui lui a permis de mener à bien son plan de développement de 100M? échelonné sur 2014 à 2018, et qui comprend 35 millions d'euros pour le développement commercial, 25M? pour l'innovation, 25M? pour l'automatisation afin de gagner en productivité et 15 millions d'euros dans une technologie de rupture pour un site existant. Le groupe a financé ce plan par une augmentation de capital, en entrant en bourse dans le cadre d'une offre au public à prix ouvert et un placement global destiné aux institutionnels, une augmentation de ses fonds propres avec une accumulation de résultats non distribués, « ainsi que via un levier de dette raisonnable », souligne Sébastien Ferrari. Car après une année 2014 où le chiffre d'affaires progresse de 2 %, Serge Ferrari souhaite désormais atteindre les 215M? de chiffre d'affaires en 2018 pour renforcer sa position de leader sur les marchés internationaux. En 2014, le marché des matériaux pour l'architecture (toitures tendues, façades et bardages ventilés, matériaux de protection solaire ou de correction acoustique) représentait près de 42 % du CA du groupe, contre 34 % pour l'industrie (structures mobiles et toitures non corrosives), et 24 % pour des applications grand public (matériaux de protection solaire pour la maison, les bateaux...) « Nous avons encore un grand potentiel de développement car nos ventes en dehors de la Grande Europe (Turquie, Russie) ne représentent que 25 %. De plus, l'environnement est très favorable puisque nos matériaux prennent des parts de marché sur les matériaux traditionnels ». Le groupe table sur une croissance de 7% par an sur la zone Europe hors France (Italie, Espagne, Portugal et Suisse) et près de 17% par an dans le reste du monde.
Troisième acte : le renforcement des équipes
Dans son viseur, des pays très matures comme l'Amérique du Nord. « Les pays en développement sont quant à eux tirés par de nouvelles infrastructures, comme les stades ou les gares », commente Sébastien Ferrari. Pour séduire de nouveaux pays, l'entreprise nord-iséroise mise sur le renforcement de son réseau commercial, passé de 107 à 122 personnes entre 2013 et 2014, puis à 140 en 2015. « Nous avons en quelque sorte semé des graines partout, dans 80 pays. Il ne reste plus qu'à les faire croître », souligne-t-il. Avec un objectif : en 2018, le groupe devrait compter 50 % de ses effectifs commerciaux hors d'Europe. Avec 350 salariés sur son site de la Tour du Pin, et 150 salariés sur ses deux sites en Suisse, le groupe envisage aussi des moyens de production additionnels, notamment en Asie, afin de se rapprocher de ses clients les plus éloignés. « Mais pas avant 2018-2020 », tempère le P-dg, qui rappelle que ses usines sont pour l'instant utilisées à 70 % de leurs capacités. Son objectif opérationnel : dégager une marge d'Ebitda de 15%.
Groupe Serge Ferrari
(La Tour-du-Pin) dirigeant : Sébastien Ferrari 600 salariés CA 2014 : 142,3 M€ www.sergeferrari.com