Saumur : Un data center dans les caves troglodytes

Saumur : Un data center dans les caves troglodytes

Un consortium s'apprête à installer un data center expérimental dans les galeries souterraines du Saumurois. Objectif : utiliser la fraîcheur des caves comme un système de refroidissement naturel. Et donc limiter la consommation énergétique des serveurs informatiques.

Anciennes carrières de pierres, souvent reconverties en champignonnières ou pour y stocker du vin, les galeries souterraines ou troglodytes du Saumurois vont-elles devenir une mine de technologies ? Quelque part entre Saumur et Fontevraud, dans un lieu tenu secret, un premier data center expérimental, un ensemble de serveurs destinés au stockage de données informatiques, devrait voir le jour entre les printemps 2015 et 2016.

Science-fiction ? Pas si l’on en croit le consortium à la tête du projet. Consortium piloté par la société publique de l’Abbaye de Fontevraud (Sopraf), qui gére le site du même nom, et qui a réuni autour d’elle des acteurs nationaux (1).


Climatisation naturelle

Pourquoi choisir les caves du sous-sol Saumurois ? Pour la même raison que les viticulteurs : pour leur fraîcheur. Mais cette fois pour refroidir les serveurs. « Une fois payée l’alimentation des serveurs, les dépenses de climatisation renchérissent de 30% la facture énergétique » chiffre Christian Herrmann directeur infogérance chez Sigma. Ce spécialiste nantais du stockage de données, qui suit le projet, envisage lui-même la possibilité d’ouvrir un data-center troglodyte à l’avenir.
« L’avantage des galeries est qu’il y règne une température de 11 à 12 degrés environ, peu importe la saison ou l’heure de la journée, sachant que la température idéale d’un data center est de 20 degrés », explique Mathieu Chazelle, du cabinet d’architectes Enia, membre du consortium.


Nouveau modèle économique


Pour Laurent Trescartes, consultant pour le bureau d’études Critical Building, il s’agit tout simplement d’un nouveau modèle économique. « Outre les économies d’énergie, intégrer des galeries existantes devrait également faire chuter les coûts et délais de construction, commente-t-il. De plus, en étant installé sous une colline, l’équipement sera protégé des éléments. L’intégration au paysage est parfaite. ». Quant à l’espace disponible, il existe des milliers de kilomètres de galeries. « Dans certaines d’entre elles, on pourrait même rouler en semi-remorque sur plusieurs kilomètres ! », constate David Martin, directeur général de l’Abbaye de Fontevraud.


Mini data center au printemps


Tous les conduits ne sont pas exploitables pour autant. Après avoir été filmées, les galeries ont été modélisées en 3D pour en étudier les dimensions et défauts éventuels. Suite à une première phase de tests, la prochaine étape consistera à implanter sous terre un petit data center expérimental d’ici le printemps 2016. D’une puissance totale de 20kW (l’équivalent des besoins d’une entreprise de 1.000 salariés), ce démonstrateur fonctionnera sans climatisation.


300.000euros injectés


Ces deux premières phases du projet représentent un investissement de 300.000euros, porté par le consortium et les collectivités (à 60 %), principalement la Région, mais aussi le conseil général angevin ou encore l’agglomération de Saumur. Si l’essai s’avère concluant, la création d’un data center fonctionnel pourrait être annoncée à partir de l’été 2016. Avec, à la clé, l'espoir de créations d’emplois directs et indirects, pour un territoire qui a souffert de nombreuses fermetures d'entreprises. Après la culture des champignons, Saumur fera-t-elle pousser les start-up ?


(1) Le cabinet d’architectes Enia, l’opérateur télécom Céleste et les bureau d’études Elioth et Critical Building.