« C'est devenu un sujet de blague entre nous », dit en souriant Nicolas (le prénom a été changé), responsable d'un magasin de prêt-à-porter de la galerie commerciale de Saint-Orens. Un de ses confrères, gérant deux boutiques, se plaît à dire que « si l'on a beaucoup de places pour marcher dans les allées, c'est que la taille en a été doublée alors que la clientèle n'a pas changé ! » Pourtant, en 2008, les ambitions de Klepierre étaient fortes avec les chiffres éloquents : l'extension a permis de passer de 70 à 110 boutiques sur 15.000 m², desservies par trois allées de circulation, alors qu'un parking couvert a porté le nombre total de places proposées aux visiteurs à 3.200. Tout pour nourrir « une ambition régionale » affichée par le promoteur et même le président de l'association des commerçants de l'époque, qui s'enflammait dans la presse locale, évoquant un « centre commercial, devenu maintenant quasi incontournable pour la région ».
Une importante surface non utilisée
Aujourd'hui, la situation semble moins rose. Ce qui frappe le visiteur en premier lieu, c'est le nombre de locaux non occupés, le peu de gens déambulant dans les allées. Pas d'explication du côté de Klepierre qui, pour cause de congés, n'a pas donné suite à notre demande d'interview. Selon Jean-Paul Pouget, coiffeur installé depuis quelques mois près de la porte D, ce sont 17 boutiques qui sont ou ont fermé ces derniers temps, la plus emblématique étant celle de 1.000 m² du géant suédois de l'habillement H&M, ouverte fin 2008 et qui a tiré le rideau en juin. Au service communication d'H&M, on indique que « le magasin était trop petit et ne proposait que l'offre homme et femme, alors qu'aujourd'hui on ouvre des magasins plus grands incluant l'offre enfants ». Selon une source proche du dossier, la fermeture de ce point de vente aurait été actée dès le départ, car faisant partie d'un deal pour une ouverture à Blagnac où la fréquentation est bien supérieure... Donnant sur l'extérieur, le magasin Hémisphère Sud vient aussi de fermer alors que la pharmacie, elle, va rentrer à l'intérieur de la galerie en octobre. « Nous voyons 10.000 clients par mois dont les deux-tiers ne rentrent pas dans le centre, indique le pharmacien Frédéric Galy-Gasparrou. Aussi Klepierre nous a-t-il trouvé un bon local pour booster les visites ». À court terme, cinq ouvertures devraient avoir lieu dont une brasserie, Ô Passage.
L'animation commerciale en cause
Début juillet, lors de l'assemblée générale de l'association des commerçants, des voix se sont élevées contre le manque de passage dans les allées (notamment à la porte D, véritable désert depuis le départ d'H&M) et donc logiquement sur des niveaux de loyers trop élevés dans ce contexte, « 50 % trop chers » selon Jean-Paul Pouget qui regrette également que les comptages aux portes effectués par Klepierre restent secrets. Autre sujet d'insatisfaction, selon Nicolas, « l'animation commerciale qui est de mauvaise qualité avec notamment des problèmes de sonorisation et des choix stratégiques discutables : ainsi en faisant venir des gens de la téléréalité, la galerie était remplie de gamines mais on se trompe de cible ! ». « Le problème, ajoute Jean-Paul Pouget, est double : il n'y a pas d'animations à toutes les portes et les commerçants n'ont pas voie au chapitre en la matière. ». Il évoque ainsi une soirée évènementielle pour les femmes à un coût de 374 € par invitée, alors que lui-même cotise mensuellement sur la base des millièmes pour le budget Animation à hauteur de 343 €. Au global, ce budget annuel avoisine les 750.000 €, une somme conséquente donc. Contacté sur ces sujets, Mohamed Benhamouche, nouveau président des commerçants, n'a pas souhaité s'exprimer. Pour Nicolas, qui a travaillé dans la galerie de Labège, assez similaire en termes de CSP de la clientèle, « la grande différence avec cette dernière se manifeste entre midi et deux où celle de Saint-Orens ne fait pas le plein avec les salariés des entreprises installées aux alentours ». « Il manque une zone tertiaire », souligne pour sa part Jean-Paul Pouget. Un handicap toutefois pas facile à gommer... Au final, entre une conjoncture défavorable et des difficultés inhérentes à son organisation, il sera intéressant de voir les correctifs que Klepierre sera prêt à apporter en faveur de ses locataires.
Commerce. Ouverte en 1991 par le propriétaire du magasin Leclerc, Rémy Nauleau, la galerie marchande a été rachetée en 2004 par le groupe Klepierre également propriétaire de Blagnac, Portet et Roques. Malgré une extension en 2008, la fréquentation actuelle semble à la peine.