Sur les bords de la Seine, rive gauche à Rouen, entre le pont Guillaume le Conquérant, le pont Flaubert et la Sud III, l'agglomération de Rouen (CREA) a lancé le projet d'un nouveau quartier destiné à renforcer l'attractivité de son territoire : l'écoquartier Flaubert. Installé sur une friche de 90 hectares le futur quartier veut s'organiser autour de la limitation de l'utilisation de la voiture individuelle au profit des transports en commun, du développement des mobilités alternatives (réseau de pistes cyclables), l'utilisation d'éco-matériaux, ou encore la gestion globale et innovante de la ressource en eau et la limitation des consommations énergétiques.
La Presqu'Ile Rollet, premier volet du projet
Au total, jusqu'à 10.000 personnes pourront résider et travailler dans l'écoquartier : 400.000 m² de surfaces de planchers, toutes fonctions confondues seront disponibles. Au total, 150.000 m² de bureaux seront réalisés pour accueillir jusqu'à 4.000 actifs, ainsi que 1.500 m² de locaux d'activités. Et près de 2.800 logements seront réalisés sur la même période. Un chantier prévu sur une vingtaine d'années, pour lequel les financeurs du projet ont déjà dépensé plus de 2,4 millions d'euros pour les études et la maîtrise d'ouvrage de l'écoquartier. La concertation publique a démarré le 15 mai dernier pour se clôturer le 25 juin). Un premier volet de l'écoquartier a été réalisé juste à temps pour l'ouverture de l'Armada, avec une grande promenade fluviale aménagée du pont Guillaume le Conquérant à la pointe de la presqu'île Rollet (en aval du pont Flaubert). Un ensemble qui comprend un parc urbain paysager sur près de 15 hectares qui a nécessité un investissement de plus de 11 millions d'euros financés par la CREA, la Région, le Département 76 et le Feder. La première phase d'urbanisation le long de l'avenue Jean Rondeaux doit, elle, démarrer en 2015.
Un quartier proche d'une zone industrielle dense
Intéressant sur le papier, le projet d'écoquartier pose néanmoins la question de sa proximité avec l'une des zones industrielle et portuaire les plus dense de la région et dont les activités ne faciliteront pas a priori la cohabitation avec l'écoquartier. En témoigne l'incident Lubrizol de février dernier et la tension des premières heures suite aux émanations malodorantes de mercaptan. Rien de rédhibitoire pour Bernard Jeanne, conseiller délégué à la CREA pour le quartier Flaubert : « Nous voulons faire un morceau de ville avec l'existant, pas réaliser un sanctuaire, ni un lieu réservé à des gens qui ont les moyens. Le périmètre de l'écoquartier n'entre pas dans les périmètres Seveso. Bien sûr, il y a eu l'incident Lubrizol qui s'est propagé au-delà du périmètre de sécurité. Ce sont des aspects que nous prenons en compte. C'est pourquoi nous avons organisé le quartier en deux parties avec les activités économiques situées à l'ouest vers la zone industrielle. Ces activités accueilleront du tertiaire, mais avec la possibilité de recevoir des entreprises du secondaire notamment liées au port, comme la logistique. Nous menons également des négociations avec RFF pour conserver les faisceaux nécessaires au maintien du flux des voies ferrées ». Le projet est suivi de près par le Club Alliance Seine Ouest regroupant une cinquantaine d'entreprises de la zone portuaire, explique son président Jean-Philippe Laillé, le directeur de Rubis Terminal : « L'écoquartier peut être un élément d'attractivité pour faire venir de nouvelles entreprises, pour la ville et notre club. Reconvertir des friches aujourd'hui peu attrayantes, ce n'est pas une mauvaise chose ». Mais au-delà de ces aspects positifs, Jean-Philippe Laillé reste vigilant : « Il ne faudrait pas que ce projet vienne contrarier et pénaliser l'activité existante. Au club Alliance Seine ouest, nous sommes une forte majorité d'industriels, de transporteurs et de logisticiens. Or, le quartier Flaubert à plus vocation à attirer du bureau et du tertiaire. Notre crainte, c'est la cohabitation entre ces diverses activités sur une même zone. Ce ne sera pas facile. Nous avons besoin d'accès routiers, fluviaux et ferroviaires... L'écoquartier ne doit pas devenir une contrainte qui freine l'augmentation du trafic ferroviaire et le développement des entreprises. Le projet doit prendre en compte les besoins des entreprises existantes ».
« Le véritable poumon du port
» Du côté de la CCI de Rouen, où se tient le 18 juin un débat sur le sujet, Christian Hérail salut « un projet original qui va dans la bonne voie ». Même si tous les sujets de discorde ne sont pas résolus, « sur la question de la mixité, nous avons évolué », reconnaît l'élu consulaire qui insiste néanmoins sur la nécessité de conserver toute sa place à la ligne ferroviaire, « véritable poumon du port », qui traverse cette zone promise à urbanisation. « Cela ne sera pas simple », sous-entendu de faire cohabiter habitations et activité économique, estime le président de la CCI, « mais le trafic ferroviaire fait partie de la vie ! » « Historiquement, les usines se sont installées en bord de Seine et la population est venue ensuite. Nous vivons une nouvelle industrialisation qui doit permettre de gérer ces problèmes de cohabitation ».
S.C. et G.D.
Projet phare de l'agglomération rouennaise, l'écoquartier Flaubert, s'installera sur la rive gauche de la Seine pour créer un nouveau pôle urbain. A la lumière de l'épisode Lubrizol, le choix du site est-il pertinent ?