Rennes : Fin de contrat avec McDonald's pour Keroler

Rennes : Fin de contrat avec McDonald's pour Keroler

Dirigeant de Keroler, à Betton (35), Jean-Marie Fouché a fourni ses desserts à McDonald’s France pendant des années. Quand il a voulu augmenter ses tarifs de 187 %, répercutant la hausse du prix de ses matières premières, un bras de fer s'est alors engagé jusque devant les tribunaux...

Depuis le 1er octobre, le contrat qui liait McDonald's à son fournisseur de pâtisseries Keroler s'est éteint. Sur les murs de l'entreprise agroalimentaire d'Ille-et-Vilaine, Jean-Marie Fouché a affiché sa colère. Il y a accroché une banderole sur laquelle il accuse le géant américain du fast-food lui réclamant "plus de 11 millions d'euros d'impayés". En cause : une augmentation de prix de 187 % que Keroler a voulu répercuter, en vain. "En moins de deux ans, nous avons subi plus de 100 % d’augmentations sur certaines matières premières, explique l'industriel breton. Le prix de la pâte de noisette, par exemple, est passé de 3-4 € à 11 €/kg. J’ai essayé de le répercuter, mais je me heurtais à un refus total."

Combat tarifaire

Par voie de communiqué, MacDo évoque de son côté, une "hausse de prix exorbitante et infondée" mais lui aurait néanmoins accordé une augmentation tarifaire d'environ 10 %, d'après nos informations. Pas assez pour Keroler qui a porté l'affaire en justice. "C’est sur le différentiel entre cette hausse de prix unilatérale et le prix d’achat agréé précédemment par les deux sociétés que Keroler se base pour alléguer à tort un impayé de 11 millions d’euros", ajoute McDonald's France qui dit avoir "souhaité se désengager de sa relation commerciale avec la société Keroler de manière progressive et a décidé d’accorder un préavis d’une durée exceptionnelle de 3 ans (Ndlr, jusqu'au 1er octobre 2015) pour arrêter la commercialisation de la Mandise (Ndlr, une génoise aux pépites et coeur fondant au chocolat) et mettre ainsi un terme à la relation commerciale entre les deux sociétés".

Pertes

Devant la justice, Keroler a en effet perdu son combat à plusieurs reprises devant le tribunal de commerce d’Evry et la cour d’Appel de Paris en référé et par le tribunal de commerce de Paris saisi sur le fond du dossier. Dépité, Jean-Marie Fouché a vécu comme une contrainte le fait de devoir honorer un contrat qu'il estime déséquilibré et accuse encore la firme d'avoir entraîné ses pertes. "Jusqu’au 1er octobre 2015, j’ai été obligé de les livrer, selon le code du commerce, et nous avons toujours été payés à un tarif d’achat de 0,35 € que je ne voulais pas. Pour moi, le bon tarif devait passer de 0,32 à 0,95 €. Les 187 % que je réclame...", calcule-t-il dénonçant des déréférencements successifs. "En 2006, cette mandise était vendue chez MacDo un euro avec une TVA à 19,6 % ; en 2012, en moyenne, la même mandise était vendue 2,20 € avec une TVA à 5,5 %. Cela fait 160 % de hausse et zéro donné à Keroler ! Il faut savoir qu’il s’en vend à peu près dix millions par an et ce produit me coûte 0,60 € à produire. J’ai donc été obligé de produire à pertes depuis trois ans, sinon on était en droit de me réclamer un dédommagement sur manque à gagner. Et ce manque à gagner vaut six fois mon chiffre d'affaires !", s'insurge Jean-Marie Fouché.

Un succès partagé

McDonald’s France ne fera "pas de commentaires supplémentaires" sur l'affaire qui n'est pas encore éteinte au regard de la justice, mais défend le fait de privilégier des relations partenariales de long terme. Seul point d'accord avec Keroler : "Cela faisait presque 25 ans que Keroler travaillait avec McDonald’s... Nous avons fait leurs débuts en France. En démarrant avec eux, ils n’avaient pas encore 100 restaurants. Tout ce qui touche aux desserts et qui a marché, hors glace, c’est Keroler qui l’a fait. En un an, au moment du renouvellement de la gamme, nous avons doublé notre chiffre d’affaires passant de 50 à plus de 110 salariés dans l’usine, raconte Jean-Marie Fouché. Keroler va réaliser 7 M€ de CA en 2015. Au mieux, nous avons fait jusqu’à deux fois plus en 2010..."

Phénomène de concentration

Ce lien de dépendance s'est finalement révélé être dangereux. "MacDo a représenté jusqu’à 85 % de notre chiffre d’affaires. On nous a reproché de trop dépendre d’eux, mais avec qui voulez-vous travailler en France, si vous ne vous adressez pas à des gros ?, interroge l'industriel. Ne réaliser pas plus de 10 % avec un client, c’est devenu totalement impossible dans l’agroalimentaire ! La concentration fait qu’il n’y a que trois ou quatre acteurs. Tout marchait bien tant que les distributeurs pratiquaient des coefficients de revente de 3,5 ou 4 maximum ; aujourd’hui, ce qui est acheté 1 est revendu 7 voire 8 ! On ne peut pas continuer ainsi... Pendant ce temps, Keroler avait 4 millions d’impayés et a dû licencier 15 personnes en juillet dernier. Nous ne sommes plus que 35 à ce jour. Cette affaire a un impact sur nos décisions d’investissements", confie Jean-Marie Fouché qui dit réfléchir à deux fois à réinvestir désormais en France.