Comment concilier les obligations d'un chef d'entreprise et la passion du sport qui amène à prendre des responsabilités dans un club? C'est la question qui était posée par l'IAE de Rouen et ses étudiants à Jean-Pierre Louvel, ancien chef d'entreprise et président du football club du HAC et à Marc-Antoine Troletti, dirigeant de la société Socore Troletti et président du club de rugby du stade Rouennais.
De la passion et de l'inconscience
Pour Jean-Pierre Louvel, les choses sont claires: «Pour diriger une entreprise comme un club de foot il faut de la passion, de la folie et de l'inconscience. Il y a 47 ans que je suis dans ce club, alors c'est un peu de sang du HAC qui coule en moi». Une passion qui taraude aussi Marc-Antoine Troletti qui a repris la direction du stade rouennais après sa liquidation l'année dernière: «J'aime ce sport dont les racines sont ancrées en Normandie. À la liquidation du club, je n'ai pas voulu voir ce sport disparaître ici et après négociation avec la Fédération, nous avons monté un nouveau club. Nous sommes repartis sur des bases saines avec des ambitions raisonnées et un pari fort en terme de formation».
Le lien entre l'entreprise et le sport
Premier souci du chef d'entreprise, la pérennité de celle-ci et pour Jean-Pierre Louvel trois dimensions essentielles qui se retrouvent dans la gestion d'un club comme dans l'entreprise: le souci de l'activité principale, la dimension sociale et la problématique de la formation: «Indispensable pour assurer le relais». Mais comment trouver le juste milieu face à ses différents engagements? Pour Marc-Antoine Troletti, le maître mot c'est: «La délégation. Car je ne suis pas un surhomme! Le plus difficile bien sûr, c'est de faire confiance. C'est simple et difficile à la fois car on travaille sur la nature humaine». Le patron du stade rouennais fait aussi la différence entre «Management» et «Ménagement» car il estime que trop souvent la confusion est réalisée en France: «Manager c'est savoir prendre des décisions. L'exemple doit venir d'en haut. J'aime le rugby car le capitaine de l'équipe est au coeur de la mêlée. Dans une entreprise, il faut que ce soit la même chose. Au final, ce qui compte, c'est la qualité du temps passé dans l'entreprise». Et celui-ci d'insister sur le nécessaire apprentissage de la gestion du temps: «C'est la clé. Le potentiel est en chacun de nous. Ce qu'il faut, c'est créer une équipe autour de soi».
Transmettre des valeurs
Pour les deux dirigeants, le respect de la règle collective est une valeur fondamentale, une question d'éthique. Autres fondamentaux, le lien intergénérationnel et la transmission des valeurs, deux similitudes incontournables de l'entreprise et du sport. Jean-Pierre Louvel en est convaincu: «Tout se joue dans la relation humaine, on peut avoir les plus belles théories commerciales, s'il n'y a pas de communication humaine, on n'arrive à rien». En réponse à la réaction d'une étudiante en émoi, après l'affirmation du président du HAC: «On se fait tout seul», Marc-Antoine Troletti précise: «Le diplôme n'est pas une fin en soi, ce n'est que le début d'un long apprentissage». Pour Jean-Pierre Louvel, les choses sont claires: «Faut arrêter de mentir aux jeunes, dire la vérité. Il faut avoir le diplôme, mais seul, il ne suffit pas pour passer tous les péages. Derrière, c'est la volonté qui compte. Apprenez, engrangez, mais à un moment donné, c'est vous qui vous faîtes». À bon entendeur...
Sébastien Colle
Organisées par l'Institut d'administration des entreprises de Rouen (IAE), les 3e rencontres «Entreprendre et Université» se sont intéressées le 16décembre dernier à l'engagement de chefs d'entreprises dans la direction de clubs sportifs.