Renault Douai : «Se mettre en capacité de rebondir»
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Renault Douai : «Se mettre en capacité de rebondir»

AUTOMOBILE Entretien exclusif avec Philippe Descamps, directeur de l'usine en pleine mutation: 420millions d'euros investis pour accueillir le haut de la gamme.

L'usine Renault de Douai vit un tournant de son histoire. Jamais autant d'argent n'aura été investi qu'actuellement: 420millions pour préparer l'avenir. Et pourtant, les volumes produits n'ont jamais été aussi bas... Entre crise à court terme et vision d'avenir, son directeur Philippe Descamps revient pour Le Journal des entreprises sur cette mutation en marche. Entretien.


Combien de véhicules auront été produits cette année à Douai?






«En 2012, nous avons prévu 139.000 véhicules, niveau bas jamais atteint. En 2008, nous en avions produit 169.000 et 177.000en 2011, soit une baisse de 21%.»
Votre pic se situe à quelque 500.000véhicules, soit 3,5fois moins à ce jour... «Nous avons connu un pic d'activité de 470.000véhicules en 2004. Mais notre vitesse de croisière se situe aux alentours de 300.000véhicules.»
Comment expliquez-vous ces volumes aussi faibles?

«Nous sommes confrontés à deux phénomènes. Nous subissons la crise, comme tous les autres constructeurs automobiles, et la surcapacité du marché européen de 20%. Les produits de notre usine, Scenic et Grand Scenic, sont aussi en deuxième partie de vie. Deux versions dérivées sont prévues en 2013.»

Comment voyez-vous justement l'avenir de cette usine? «Sereinement. Nous savons que nous aurons des années 2012, 2013, 2014 difficiles. Nous nous attendons à tout, y compris au pire. Les experts misent sur la reprise du marché européen en 2017. En parallèle, nous préparons l'usine à cinq nouveaux modèles à partir de 2014, selon notre plan d'entreprise 2011-2016. Nous sommes dans le respect des plannings et de l'enveloppe d'investissements de 420millions d'euros. Les trois quarts sont déjà engagés. L'usine adapte tout son process en profondeur. Tous les métiers sont concernés. Il y a aussi des retombées chez l'ensemble de nos fournisseurs pour les travaux de génie civil mais aussi l'outillage. En passant de trois à cinq véhicules, avec le remplaçant de l'Espace qui était produit à Sandouville et la Laguna break et berline, nous allons élargir notre assise avec le moyen et le haut de gamme et des marchés potentiels au-delà de l'Europe. Nous serons le seul site européen de Renault à avoir cinq véhicules.»
Quel est le détail de cet investissement historique à Douai? «Nous devons redimensionner tous les gabarits. Nous investissons dans l'emboutissage à chaud, pour des tôles plus fines et plus légères, donc un gain de CO2, mais tout aussi résistantes. En tôlerie, nous ajoutons 250robots, en plus des 900robots que le site compte déjà aujourd'hui. En peinture, nous allons adapter le process pour renforcer le niveau de qualité. Le montage sera complètement réaménagé, ainsi que tous les flux logistiques.»
Comment gérez-vous ce projet?

«Il y a l'important et l'urgent. L'important, c'est de bien préparer l'usine à une nouvelle gamme de véhicules qui positionnera Douai comme le site fabriquant le haut de gamme de Renault en Europe. Et puis, il y a l'urgent ou comment faire face, à court terme, à la crise en trouvant les meilleures adaptations possibles. Nous restons optimistes sur le moyen terme en se mettant en capacité de rebondir; nous restons vigilants, concentrés et déterminés pour faire face au court terme. Il est urgent que les entreprises en général, et la France en particulier, s'adaptent aux nouvelles exigences sans trop regarder dans le rétro.»
Comment cela se traduit-il au sein même de l'usine? «Nous allons ajuster notre cadence en passant de 60 à 52véhicules par jour en janvier2013. Nous fermons aussi quelques bâtiments pour des gains d'énergie et de flux logistiques. Nous compactons les surfaces utilisées et optimisons les bâtiments pour être au plus près des lignes de montage. Nous allons donc libérer des surfaces progressivement, jusqu'à 80.000m² en 2014, sur lesquels nous réfléchissons à des idées, à des projets...»
L'emploi est aussi très concerné avec des négociations en cours... «Notre effectif total est actuellement de 4.600personnes en CDI (Ndlr, l'usine est montée à 6.000salariés). Nous baissons l'intérim depuis mars-avril2012 et cumulerons 60jours non travaillés cette année. Il n'y a plus d'intérimaires depuis cet automne et nous n'avons jamais mené une politique de CDD. Plus de 600volontaires sont aussi concernées par des détachements dans d'autres usines du groupe: MCA Maubeuge, par exemple, qui lance la production du Citan de Mercedes. Nous appliquons aussi l'accord de GPEC de Renault qui se traduit en mesures de dispense d'activité. Des dossiers de réintégration d'activités, de même des négociations, sont en cours... Pour rester performants, nous devons nous ajuster.

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Propos recueillis parGéry Bertrande

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