Fin 2024, un rapport sur l’échec et le rebond des entrepreneurs formulant une dizaine de propositions était remis au ministre de l’Économie. Et depuis ? Rien n’a bougé. Début 2025, la situation économique est même encore plus grippée qu’avant du fait de débats sans fin sur le budget de l’État. En parallèle, les annonces d’entreprises en difficulté se multipliaient et les études qui sortaient confirmaient l’augmentation à venir des défaillances. Si l’intention était là, les propositions du rapport Bourbouloux vont-elles finir à leur tour au fond d’un tiroir ?
"La situation impose d’agir pour faire du rebond une valeur et un levier de notre économie"
Avec ou sans rapport, plus que jamais, la situation impose d’agir pour faire du rebond une valeur et un levier de notre économie. Si on veut limiter la casse, les mesures adoptées doivent s’adresser à tous les chefs d’entreprise - et pas seulement à ceux dont la société est placée en liquidation (ou est en passe de l’être). Rebondir est nécessaire quand un marché ne se développe pas comme prévu, quand un produit ne trouve pas sa clientèle, quand des divergences se déclarent avec un associé, quand un collaborateur perturbe le fonctionnement d’une équipe, quand le dirigeant a un pépin de santé, etc.
Le rebond, un état d’esprit
Mais rebondir demande un certain état d’esprit. Il faut être prêt non seulement dans sa tête mais aussi en termes d’organisation et de réseau de contacts. Si on ne lance pas un projet d’entreprise pour qu’il échoue, il faut quand même envisager cette éventualité et la préparer. Plus l’entrepreneur acceptera la possibilité d’une faille, plus il entendra les signaux faibles, saura identifier en amont les appuis utiles en cas d’aléas et bâtira un réseau efficace. Tout cela lui conférera une solide capacité pour rebondir le jour où la situation le lui imposera.
Parmi les mesures listées par notre association dans sa contribution au groupe de travail pour développer ce "mindset", il en a trois qui ne nécessitent pas de lourds investissements et sont relativement simples à mettre en place.
Faire du rebond entrepreneurial une cause nationale
D’abord, faire du rebond entrepreneurial une grande cause nationale, y dédier une grande campagne de communication basée sur des témoignages d’entrepreneurs à rebond et instaurer "la semaine du rebond" comme il existe aujourd’hui une "semaine de l’industrie", en capitalisant sur les forces virales des nouveaux médias et nouveaux formats de communication. Cela contribuerait à casser les codes, battre en brèche les idées reçues, changer le vocabulaire utilisé, avoir davantage d’entrepreneurs français dans les rôles-modèles. Quant à la Journée Nationale du Rebond Entrepreneuriale, elle a été lancée pour les 5 ans des Rebondisseurs Français. Sa troisième édition se tiendra fin novembre au ministère de l’Économie et des Finances.
Parler d’entrepreneuriat aux jeunes
Deuxième levier : la formation. Parler d’entrepreneuriat et de rebond aux plus jeunes dans les écoles, collèges et lycées marquerait un grand pas. Plus simplement, on pourrait ajouter dans tous les cursus "entrepreneuriat" de l’enseignement supérieur des modules qui sensibilisent et préparent au rebond. Dispensés par des entrepreneurs expérimentés, ils apprendraient aux étudiants à se projeter dans tout type de situation et à systématiquement élaborer des plans A, B et C afin de se relever plus rapidement si des difficultés surviennent.
Une aide pour les chefs d’entreprise
Troisième levier : la santé mentale étant déjà reconnue "grande cause nationale 2025", il pourrait être pertinent de prévoir une aide pour les chefs d’entreprise comme cela est fait pour les étudiants. À raison d’une prise en charge à 100 % de 3 à 5 séances avec un professionnel, l’objectif est d’éviter le burn-out et de les aider à trouver en eux les ressources pour traverser les difficultés, sauver ce qui doit l’être et se reconstruire.
Donner aux chefs d’entreprise des outils concrets pour rebondir face aux incertitudes économiques, aux défis du financement, à l’évolution des modèles économiques et aux nouvelles opportunités technologiques devrait être une priorité pour sécuriser le futur de nos entreprises. Alors cessons de parler et agissons. Pouvoir rebondir aussi, c’est pouvoir agir.