Avez-vous identifié un besoin sur le département, qui a mené à la mise en place de la chaire Reisol, co-initiée par la Préfecture de Meurthe-et-Moselle, le laboratoire GeoRessources et l’agence de développement économique Lorr’Up ?
Il y avait un besoin. En discutant avec les industriels de géothermie profonde et de captage de CO2, nous avons compris que notre connaissance des sous-sols était limitée. Et comme on ne sait pas toujours ce qui s’y trouve, les projets de géothermie profonde coûtent beaucoup plus cher : l’incertitude coûte cher. D’un autre côté, les industriels veulent tous décarboner. La Meurthe-et-Moselle est un département plutôt en avance sur le sujet.
Pour autant, le rôle des industriels n’est pas non plus d’acquérir eux-mêmes les données du sous-sol. Donc, le problème est qu’il manquait des acteurs et des outils, dont ce serait la mission. C’est en discutant avec l’ensemble des partenaires, comme le laboratoire GeoRessources, qu’on s’est dit que le meilleur outil serait une chaire. Puis, pendant trois ans, nous avons essayé d’associer les bonnes volontés entre privé et public, parce qu’il y a à la fois de l’intérêt général et de l’intérêt privé.
Quels sont les objectifs de la chaire Reisol ?
L’objectif, en améliorant la connaissance sous le sol, c’est de savoir ce qu’il y a précisément sous nos pieds. Dans un premier temps, il s’agit d’identifier et de recenser nos sources d’information. Nous ne partons pas de rien : la Meurthe-et-Moselle est un territoire industriel et qui a exploité son sous-sol pendant longtemps.
" Le but n’est pas de donner une carte blanche au secteur privé pour construire d’énormes projets. C’est un outil collaboratif, entre le privé et le public"
Pour l’interprétation de ces données, nous avons l’École Nationale Supérieure de Géologie (ENSG), à Vandœuvre-lès-Nancy. Derrière, l’idée sera en partie de faire de la co-construction de projets avec la population. Par exemple, si une source de géothermie profonde ou de lithium est trouvée dans un champ, il faudra décider avec la population de ce qu’on fera à cet endroit.
Reisol est un outil de gouvernance territoriale, impliquant tout le monde pour suivre l’exploitation du sous-sol. Le but n’est pas de donner une carte blanche au secteur privé pour construire d’énormes projets. C’est un outil collaboratif, entre le privé et le public, à tous les échelons. La chaire est aujourd'hui hébergée au sein de la fondation "GEOL Nancy Fondation", dans le giron de l'Université de Lorraine.
Plusieurs industriels, comme les entreprises Vicat, Humens, Novacarb, Sofidel, NaTran et le groupe Salins contribuent à la construction du projet par des financements. En quoi Reisol concerne-t-elle directement les industriels, au-delà du mécénat ?
Typiquement, certains industriels s’intéressent de près au captage de CO2 sur leur site. D’autres trouvent des sources de géothermie profondes, qui vont pouvoir alimenter leur mix énergétique. Demain, cette chaire va leur ouvrir des perspectives de développement pour leurs projets. Car il reste du chemin à faire, en matière de décarbonation : aujourd’hui, même en diminuant nos consommations d’énergie, en misant sur la sobriété et l’efficacité énergétique, nous ne serons qu’à 50 % de nos objectifs d’autonomie énergétique en 2050. Donc nous n’avons pas le choix, si nous voulons réussir à être autonomes.