À Bercy, où ce rapport fut reçu en mars 2013, on s'était empressé de mettre le mouchoir dessus ! Sûrement la leçon tirée de celui de la Commission Attali sous l'ancienne majorité qui, déjà, avait déclenché phantasmes et cris d'orfraie. C'est finalement Arnaud Montebourg, encore ministre de l'Économie, qui a mis le feu aux poudres avec un tweet ravageur évoquant « des professions en situation de monopole (qui) captent des revenus à la population » (sic) et en déclarant, le 10 juillet, qu'il allait prendre « une trentaine de mesures destinées (...) à restituer aux Français l'équivalent de 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat ». La guerre aux "privilèges" était déclarée ! L'Inspection générale des finances a examiné le fonctionnement de 37 professions dites "réglementées", c'est-à-dire dont l'accès et l'exercice sont conditionnés à des qualifications spécifiques. Un spectre très large qui va de l'administrateur judiciaire au serrurier, en passant par l'avocat ou le chauffeur de taxi. Tous ces métiers s'accordent sur un point : le rejet de la méthode utilisée par Arnaud Montebourg, relayé par Thierry Mandon, alors secrétaire d'État à la réforme de l'État. « Ce qui nous gêne en premier lieu, c'est d'être stigmatisés, cloués au pilori », s'indigne Bruno Barbe en charge de la communication de la chambre interdépartementale des notaires de l'Ariège, de la Haute-Garonne, du Tarn et du Tarn-et-Garonne. Même son de cloche chez les pharmaciens : « Nous avons eu du mal à obtenir ce rapport qui révèle une méconnaissance totale du métier et si l'on veut tuer la pharmacie, autant le dire honnêtement ! », lance Michel Laspougeas, président du conseil régional de l'ordre des pharmaciens.
Une problématique sociétale
Mais la principale pierre d'achoppement se situe dans une problématique sociétale où l'on oppose un système, ancien, très encadré, avec la libéralisation, dans l'air du temps, censée apporter des baisses de tarifs. « Nous sommes opposés à la libre commercialisation des médicaments. Nous ne voulons pas du "trois pour le prix de deux" dans ce domaine », pointe Michel Laspougeas, soulignant ainsi la valeur ajoutée du conseil des pharmaciens dans le contrôle des prescriptions. Pour les notaires, selon Bruno Barbe, « si on libéralise, il y a un paquet d'actes que nous ne ferons plus », indiquant par là que les "petits" actes leur coûtent de l'argent notamment car ils assurent une mission essentielle, le maillage territorial. Quant aux fameux frais de notaires, il insiste sur une nécessaire transparence : « Il faut bien distinguer émoluments et taxes perçues pour le compte de l'État. Si l'on établit un ratio de 20 pour les émoluments et 80 pour les impôts, et si l'on veut rendre du pouvoir d'achat, alors diminuons aussi la part des 80 ! Or, au 1er mars dernier, on a augmenté les droits d'enregistrement de 0,70 % ! » Pour ce qui est du niveau de revenus des pharmacies, Michel Laspougeas tient à rappeler qu'en Haute-Garonne, « nous avons en ce moment huit officines en redressement judiciaire et 20 en Midi-Pyrénées », indiquant aussi au passage que « 98 % de nos confrères assurent le tiers payant », source de lourdeur de traitement et donc de coûts. Une facilité pour le consommateur qui « pourrait être remise en question ». « Qu'on arrive à réformer les tarifs, soit, mais que ce soit en concertation », concède Bruno Barbe. Pour l'État, toute la difficulté est là : remettre en cause un système dont il est lui-même partie prenante et bénéficiaire, par exemple par l'étroite liaison entre actes juridiques et vie de l'appareil administratif. Une chose est sûre, dans une société en mal de performances économiques, il est illusoire de donner à penser que la déréglementation seule suffira à redresser l'économie. Quant au départ soudain d'Arnaud Montebourg, ce sera vraisemblablement le prélude à une étude plus apaisée des choses avec les professionnels concernés.
L'été durant, les fuites savamment distillées autour du rapport "secret" de l'Inspection générale des finances sur les rémunérations "excessives" des professions réglementées, ont alimenté réactions et inquiétude dans les secteurs concernés.