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Rairies Montrieux écrit son avenir à l'international
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Rairies Montrieux écrit son avenir à l'international

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Dans le village des Rairies, où l'on travaille la terre depuis des siècles, il ne reste plus aujourd'hui qu'une entreprise fabricant des carreaux de terre cuite. Rairies Montrieux, société familiale plus que centenaire, emploie plus de 130 personnes et exporte son savoir-faire, avec la volonté de le déployer encore plus à l'international.

Rémy Montrieux est à la tête de Rairies Montrieux, qui perpétue la tradition familiale de la fabrication de produits en terre cuite depuis plus de 100 ans — Photo : Olivier Hamard

Dirigeant de Rairies Montrieux depuis 1975 après y être entré en 1971, Rémy Montrieux est le descendant de deux familles fabriquant des carreaux de terre. En 1910, ses deux grands-pères, Léon Thielleux et Ernest Montrieux, dirigeaient alors chacun une petite entreprise familiale, le second avec son frère Victor. Au fil des ans, les sociétés concurrentes se sont séparées ou éteintes pour certaines, et elles n’en forment désormais plus qu’une : Rairies Montrieux. À sa tête, Rémy Montrieux représente la troisième génération de briquetiers du côté paternel, la cinquième du côté maternel.

La terre et la pierre

Dans le petit village des Rairies, au nord-est de l’Anjou, nombreux sont encore les témoins du travail de la terre : des fours au milieu de jardins pour cuire au bois les carreaux de terre cuite, à partir d’une argile qui affleure dans les terres alentour. À la fin du XIXe siècle pas moins de 70 fours étaient encore recensés dans la commune.

Aux Rairies, de nombreux fours témoignent encore de l'histoire de la terre cuite. — Photo : Rairies Montrieux

S’y ajoutait même le travail de la pierre. Un calcaire entre blanc et jaune, sous la couche d’argile. Cette pierre, comme les carreaux de terre cuite et les briques, descendait ensuite sur le Loir, qui coule en bordure du village. En amont, à Angers, les murs du château qui trône au milieu de la ville sont érigés en schiste ardoisier et en pierre des Rairies. Plus loin, les produits rejoignaient la Loire, jusqu’à Nantes, voire au-delà.

De l’artisanat à l’industrie

L’exploitation de la pierre a disparu dans le village quelques années après la Seconde Guerre mondiale, mais la fabrication de produits en terre cuite a subsisté. Seule la société Rairies Montrieux perpétue maintenant cette tradition. "Roger Thielleux a été le premier, dans les années cinquante, à passer à une échelle plus industrielle, témoigne Rémy Montrieux. Il a ensuite fallu attendre les années soixante-dix pour que les carreaux de terre cuite connaissent leur essor, avec un engouement pour la restauration de maisons anciennes. Auparavant, on fabriquait surtout des briques et des carreaux pour des artisans locaux. Et jusqu’à cette période, du côté de mes parents l’activité vivotait."

Des produits émaillés

Aux Rairies, cohabitent alors les Établissements Thielleux, deux entreprises dirigées par des descendants d’Ernest et Victor Montrieux et encore quelques entités artisanales.

En 1910, Victor et Ernest Montrieux, ici avec leurs employés, créent Montrieux Frères. La grange existe toujours au cœur du site de l’entreprise — Photo : Rairies Montrieux

"À cette période, raconte Rémy Montrieux, se crée à Durtal, à quelques kilomètres, une entreprise de carreaux émaillés, qui demandent beaucoup de biscuits en terre cuite pour leur fabrication. Notre activité se répartissait pour moitié entre la production de biscuits et celles de carreaux pour la restauration." La société durtaloise de produits émaillés, a été lancée par l’artiste Joël Baudouin, peintre, sculpteur et céramiste. Lorsqu’elle déposera le bilan, en 1983, celui-ci intégrera l’entreprise Montrieux et assurera jusqu’à sa retraite la création des différentes collections de produits émaillés. " Beaucoup d’anciens salariés de son entreprise nous ont aussi rejoints ", ajoute Rémy Montrieux.

Une boutique à Paris

Peu après son arrivée, Rémy Montrieux avait impulsé l'installation d'une première chaîne de production.

De gauche à droite: Jean-Yves et Rémy Montrieux , actuel dirigeant, aux côtés de leurs parents Rémy Montrieux et Yvette, née Thielleux — Photo : Rairies Montrieux

"Nous avons aussi créé des fours, témoigne-t-il, et déposé la marque "Terre cuite des Rairies". Nous fabriquions alors des produits émaillés, beaucoup de carreaux pour les cuisines, pour l’extérieur et les sols." L’entreprise emploie alors environ 75 personnes et produit chaque jour de quoi équiper une trentaine de cuisines.

En 1985, Rémy Montrieux, seul depuis la fin des années soixante-dix à la tête de la société, rebaptisée depuis Rairies Montrieux, rachète l’entreprise de son cousin, Roger Montrieux, qui fabrique de la brique plâtrière. " Nous l’avons organisée pour faire des briques de parement, explique le dirigeant. Mais il n’y avait pas encore réellement de marché." La même année, Rémy Montreux reprend aussi les Établissements Thielleux, et réunissant les deux familles de ses aïeux.

Une filiale est créée en Angleterre, l’entreprise prend des parts dans un magasin à Paris. "De 1995 jusqu’à la fin des années 2000, relate Rémy Montrieux, l’activité se porte bien. Mais la filiale ne fonctionne pas vraiment, tout comme le magasin." Néanmoins, Rairies Montrieux ouvre dans les années 2000, toujours à Paris, sa propre boutique, au Viaduc des Arts. Elle est aujourd’hui encore la vitrine de l’entreprise dans la capitale et emploie 6 personnes, fréquentée principalement par des architectes.

8 années de redressement

L’entreprise se développe, mais au début des années 2010, les carreaux de terre cuite n’ont plus la cote. La tendance est au minimaliste, au moderne. De 6 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2009, l’entreprise descend à 3,2 millions d’euros en 2014, avec 50 salariés. En 2015, elle dépose le bilan. "Mais nous avons gardé quasiment tout le monde, souligne Rémy Montrieux. 2016 et 2017 ont été des années difficiles, et le redressement aura duré 8 ans. C’est la fabrication de briques de parement qui nous a permis de nous relever."

Cette production représente aujourd’hui 90 % de l’activité de Raries Montrieux, qui dépasse désormais les 20 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec une croissance de 5 % l’an passé. L’entreprise a investi 15 millions d’euros dans son outil industriel ces 5 dernières années. Son avenir s’écrit désormais à l’international.

Rairies Montrieux développe de plus en plus de briques de parement et envisage son avenir à l'international — Photo : Rairies Montrieux

Elle y commercialise actuellement ses produits pour environ 1,5 million d’euros, et vise 6,6 millions d’euros à l’export en 2030, soit 22 %, pour un chiffre d’affaires total attendu de 30 millions d’euros. " Nous avons recruté et nous allons investir dans ce sens, indique Rémy Montrieux. Nous renouvelons notre documentation, notre site internet, et nous participons à des salons. Nous avons reçu récemment 40 importateurs de 17 pays."

Entre modernité et tradition

À 73 ans, le dirigeant prépare aussi la suite. 4 collaborateurs sont entrés au capital de l’entreprise, de même qu’une partie des parts ont été transmises à ses enfants. Puisant ses racines au début du 20e siècle et même au-delà, Rairies Montrieux s’est installé de plain-pied dans le XXIe siècle. Sans renier ses origines et avec la volonté de mettre en valeur le patrimoine industriel.

Récemment, l’entreprise a repris dans le village le site du Croc, un ancien lieu de production inscrit aux monuments historiques, qui deviendra dans quelques années un espace d’accueil pour des artistes et des manifestations, avec la création d’une fondation. Elle a aussi acquis l’ancienne entreprise de Marc Montrieux, un autre cousin, qui va devenir un site bas carbone où seront fabriqués des produits en terre crue, qui intéressent beaucoup les architectes.

Comme un retour aux sources pour un savoir-faire plusieurs fois centenaire, que l’entreprise Rairies Montrieux entend perpétuer encore longtemps.

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