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Ragni, l’artisan ferronnier, devenu un groupe international de l’éclairage public
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Ragni, l’artisan ferronnier, devenu un groupe international de l’éclairage public

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Spécialisé dans la conception et la fabrication de solutions d’éclairage public, le groupe Ragni, basé à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) est passé, en quatre générations, de l’artisanat à l’industrie 4.0, de la ferronnerie à l’éclairage public, de la Côte d’Azur au monde entier. Il s’apprête à changer de président.

Marcel Ragni, Stéphane Ragni et Jean-Christophe Ragni — Photo : DR

Qui sera le prochain président ? La réponse sera connue dans l’année. Une chose est sûre, il aura pour nom Ragni. Jean-Christophe ou Stéphane.

Leur père, Marcel, cédera son fauteuil. Sa décision est prise, même si elle arrive plus tard que prévue, Covid oblige. "Je devais prendre ma retraite à 62 ans, j’en ai bientôt 68, confie le président du groupe Ragni, spécialiste des solutions d’éclairage public. Qui prendra les rênes ? J’ai deux enfants, c’est toujours difficile pour un père de choisir, mais l’entente fraternelle décidera naturellement."

Pas de népotisme pour autant dans ce passage de témoin. Les deux frères, tous deux dirigeants du groupe, ont gagné leur galon. Ni l’un ni l’autre ne voulait pourtant suivre les traces familiales. "L’un avait opté pour le tourisme et la restauration, l’autre pour la carrosserie, la colorimétrie et la peinture sur aéronefs. La vie a fait qu’ils n’ont pas trouvé ce qu’ils cherchaient, explique Marcel Ragni. Jean-Christophe est donc venu après le lycée hôtelier, pour quelques mois, et n’est jamais reparti. Stéphane a travaillé quelques années pour un patron avant de nous rejoindre pour gérer une usine de peinture que j’avais ouverte et lui non plus n’est jamais parti. J’ai donc su les convaincre. Mais il y a aussi l’éducation, l’apprentissage des valeurs, le partage de la vie de chef d’entreprise, des soucis, des joies, des peines. Ils ont toujours baigné dedans et je pense avoir réussi à leur transmettre ma passion."

L’art de la ferronnerie

Une passion familiale née en 1924 avec le grand-père de Marcel. Chef du Parti communiste de Pérouse, en Italie, Victor Ragni fuit le régime fasciste. Le hasard de l’exil le mène à Cagnes-sur-Mer où il ouvre, en 1927, un atelier de ferronnerie, au bord de la Nationale 7, qui n’est pas encore la mythique route des vacances. Son fils Joseph rejoint l’atelier en 1936, à la demande du père. À 18 ans, il se rêvait mécanicien automobile, il apprendra la ferronnerie, faisant montre d’un esprit artistique vite reconnu. Dans la chaleur de la forge, l’entreprise Ragni & Fils fabrique lustres, appliques, lanternes et mobilier, et deviendra la "Ferronnerie d’art Ragni & Fils".

La ferronnerie d’art Ragni — Photo : DR

Dans ce même atelier, les deux aînés de la génération suivante, Victor et Roger, apprennent à leur tour la ferronnerie. Ils reprennent les rênes, sous l’autorité naturelle de Roger. Ils modernisent l’entreprise, achètent une première machine pour couper le fer, produisent plus d’articles de feu, la demande augmentant pour les chenets, paniers à bûches et autres pare-feu. Signe de ces temps nouveaux et prospères, l’atelier est trop exigu. Sans quitter Cagnes-sur-Mer, les Ragni déménagent en 1974 au fin fond d’une petite route du vallon des Vaux que l’entreprise occupe toujours.

Dans l’atelier de l’entreprise Ragni. Au centre, un jeune apprenti : Marcel Ragni — Photo : DR

Sur ce terrain en cul-de-sac, aux airs de bout du monde, ils construisent une usine digne de ce nom. Un nouvel élan pour toute la fratrie, les trois derniers - Marie-France, Laure et Marcel - ayant rejoint la SARL Ragni Frères.

L’activité s’intensifie autour de l’accessoire de cheminées mais elle reste par définition saisonnière. Pour compenser les mois creux, Ragni (alors 70 salariés) décide de fabriquer de petites lanternes. Comme un retour aux sources, symbole du savoir-faire familial.

La fratrie qui compose la 3e génération Ragni avec, de gauche à droite, Marie-France, Marcel, Roger, Victor et Laure — Photo : DR

Changement d’ère avec Marcel

Dès 1976, l’entreprise évolue vers la lumière et renforce son expertise jusqu’à se consacrer au seul éclairage public. En 1991, Ragni Frères devient Ragni, marque à part entière.

La quatrième génération fait son entrée : Sandra, fille de Victor, puis Stéphanie, fille de Roger (elles partiront en 2019 pour suivre d’autres voies professionnelles), et leurs deux cousins. Là encore, pas de traitement de faveur. Chacun doit faire ses preuves, peu importe son patronyme.

L’entreprise connaît un changement important en 2008 quand Marcel devient président. Nouvelle génération, nouvelles méthodes : déploiement et renforcement du bureau d’études, infographie, marketing, développement des relations commerciales à l’international…

Les luminaires Ragni éclairent de plus en plus de chaussées et trottoirs français. Et bientôt aussi à l’étranger, notamment en Afrique, qui deviendra un terrain de jeu privilégié. Au point d’ouvrir son capital en 2021, à Bpifrance et à AfricInvest, au travers de ses Fonds Franco-Africains pour y accélérer son implantation. Au point encore, d’ouvrir des filiales en Côte d’Ivoire et au Sénégal l’année suivante, en s’appuyant sur le savoir-faire de Novéa Énergies, entreprise angevine acquise en 2015.

Siège social de l’entreprise Ragni, inauguré en 2020 — Photo : @Alain Issock

Alors que la LED révolutionne peu à peu le secteur, Ragni accompagne le renouvellement du parc d’éclairage français. Les besoins sont immenses en termes de développement durable, sujet majeur pour l’entreprise. Actrice de la transition énergétique et du smart lighting, elle crée fin 2022, SEVⓔ, acronyme de "Solutions environnementales pour les Villes", société à mission visant à fournir des solutions connectées et durables aux collectivités et entreprises pour réduire leur consommation énergétique.

"Tellement de moments intenses"

La PME est devenue une ETI. Elle, qui a déjà une filiale aux États-Unis, est passée à 400 collaborateurs fin 2023 avec le rachat de l’allemand Hess, fabricant d’éclairage public depuis 1927.

"Vendre à un concurrent, pour moi, c’est la chute de l’entreprise, une façon de faire mourir mes aînés une deuxième fois et d’abandonner mes salariés et mes partenaires."

La petite entreprise est devenue un groupe qui compte et qui entend bien rester indépendant, peu importent les propositions. "Vendre à un concurrent, pour moi, c’est la chute de l’entreprise, une façon de faire mourir mes aînés une deuxième fois et d’abandonner mes salariés et mes partenaires", assure Marcel Ragni, qui s’apprête à passer son "bébé". "Quand tu as travaillé aussi longtemps, c’est toujours dur de penser à arrêter, confie celui qui est aussi président de l’UIMM Côte d’Azur et des Régions Sud-Corse. J’ai œuvré auprès de mes frères et sœurs avec qui nous avons fait grandir l’outil pour en faire une belle entreprise. En 2008, quand je prends la présidence, on faisait 20 millions d’euros de chiffre d’affaires. Aujourd’hui, le groupe est à 120. J’ai vécu tellement de moments intenses ! Tout ce que j’ai vécu en 53 ans, va s’arrêter du jour au lendemain et je n’en ai pas envie. Il a donc fallu que je trouve une solution pour pouvoir continuer, autrement. L’UIMM me permet de garder un lien social et actif, tout en transmettant et en accompagner les adhérents. Et j’ai encore la forme, alors m’arrêter pour lire le journal et la rubrique nécrologique, ce n’est pas trop mon truc !"

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