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Rafael Ponce (Euraenergie) : "Le sujet de la transition énergétique est rattrapé par les enjeux environnementaux"
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Rafael Ponce directeur général du GIP dunkerquois Euraenergie "Le sujet de la transition énergétique est rattrapé par les enjeux environnementaux"

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La 25e édition des Assises européennes de la transition énergétique se tiendra du 10 au 12 septembre 2024, au Kursaal de Dunkerque. Bras armé de la collectivité urbaine de Dunkerque sur les questions de la transition énergétique, le GIP Euraenergie compte parmi les partenaires qui portent cet événement. Son directeur général, Rafaël Ponce, revient sur les enjeux de cette édition et dresse un point d’étape de la décarbonation du Dunkerquois.

Rafaël Ponce, directeur général du GIP Euraenergie, qui deviendra Ecosystème D à la prochaine rentrée — Photo : Euraenergie

En 25 ans, comment ont évolué les Assises européennes de la transition énergétique ?

Les Assises européennes de la transition énergétique sont nées il y a 25 ans, avec le Dunkerquois comme berceau historique. Ce territoire a toujours été la plus grosse plateforme énergétique du nord de l’Europe, avec notamment la présence de la centrale nucléaire de Gravelines. La volonté était au départ de traiter les sujets de la transition énergétique et de l’évolution des modes de consommation de l’énergie. Ces dernières années, ce sujet de la transition énergétique a été rattrapé par les enjeux environnementaux et donc par la nécessaire transformation du tissu industriel existant.

Quel point d’étape pouvez-vous dresser à ce jour de la décarbonation du dunkerquois ?

Le Dunkerquois représente près de 20 % des émissions industrielles de CO2 du territoire français. Autrement dit, c’est l’un des plus importants émetteurs. Notre objectif est d’atteindre la neutralité carbone en 2050, avec un premier objectif de réduction de 30 % des émissions en 2030. Notre trajectoire actuelle indique que nous serons en avance sur ce rendez-vous. Pour y parvenir, nous défendons une stratégie du mix énergétique. Nous misons aussi bien sur le nucléaire que l’hydrogène, la méthanisation, le photovoltaïque et nous défendons le projet de champs éoliens offshore sur le territoire.

"Nous réfléchissons à ce que les solutions et infrastructures mises en place avec les grands groupes profitent aussi aux petites et moyennes entreprises"

La collectivité urbaine de Dunkerque poursuit par ailleurs la construction des infrastructures électriques qui sont indispensables à la décarbonation. Elles sont soutenues par le développement d’EPR à Gravelines et doivent être mises en service en 2027. L’électricité est indispensable à la décarbonation, ArcelorMittal va par exemple remplacer ses fours au charbon par des fours électriques. Nous structurons aussi une filière de captation de CO2 chez nos industriels et chez d’autres, plus éloignés. Nous allons mettre en place un Hub pour liquéfier ce CO2, en vue de le stocker dans des failles en mer du Nord.

Face à l’urgence climatique, les entreprises ont-elles toutes conscience de l’importance de décarboner leur activité ?

Les grands industriels du territoire, comme ArcelorMittal, Aluminium Dunkerque ou Versalis, sont évidemment engagés dans la décarbonation de leur activité. Il reste du travail en revanche pour embarquer les TPE et PME/PMI. Il faut leur montrer l’intérêt de la démarche : si elles ne le voient pas, ces petites entreprises n’iront pas. Nous sommes convaincus de l’importance de travailler collectivement. Nous réfléchissons à ce que les solutions et infrastructures mises en place avec les grands groupes profitent aussi aux petites et moyennes entreprises.

Ces assises constituent-elles un moyen d’embarquer les petites entreprises ?

La manifestation se renouvelle pour ses 25 ans, avec une place plus importante accordée aux échanges, en particulier ponctuels. L’idée, par rapport aux éditions précédentes, est de ne pas avoir une multitude de grandes plénières. Nous avons donc doublé la surface du Village (zone dédiée aux rencontres NDLR), dans l’idée d’y mêler les différents acteurs de la transition énergétique : start-up, industriels, associations, grandes entreprises... L’objectif est de favoriser les échanges formels et informels.

"Nous incitons les entreprises, petites comme grandes, à exposer les solutions de décarbonation qu'elles ont mises en place"

Pour y parvenir, nous incitons les entreprises, petites comme grandes, à exposer les solutions de décarbonation qu’elles ont mises en place, en les matérialisant physiquement au sein de ce Village. C’est beaucoup plus efficace que la mise en place de panneaux explicatifs. Ces assises sont un des outils dont nous disposons pour massifier les actions de décarbonation. C’est notre responsabilité d’entraîner l’ensemble des acteurs et pas seulement de traiter les plus gros émetteurs.

Les Assises européennes de la transition énergétique accueillent chaque année plus de 3500 participants — Photo : Euraenergie

Quelles sont les retombées de ces assises pour le territoire ?

Nous ne mesurons pas les retombées économiques à proprement parler. Ce qui nous intéresse, c’est que le Dunkerquois soit identifié comme un territoire fortement engagé dans la décarbonation et donc susceptible d’accueillir les filières liées, d’autant que nous avons du foncier disponible. Cette reconnaissance est l’une des raisons pour laquelle la filière de la batterie électrique a choisi le Dunkerquois, avec l’installation des gigafactories de Verkor et de Prologium, mais aussi d'acteurs du recyclage ou de la fabrication des composants.

À la rentrée, Euraenergie va devenir Écosystème D, quelle en est la raison ?

Il s’agit de symboliser le fait que notre action va au-delà de la question énergétique. Notre dynamique a une dimension environnementale et nous travaillons à créer tout un écosystème autour de celle-ci, en rassemblant les industriels, les collectivités, les communautés de communes, les particuliers, les CCI, la Région, etc. Par ailleurs, le Grand Port Maritime de Dunkerque rejoint le tour de table de notre GIE, c’était l'occasion de le rebaptiser. Ce dernier est engagé dans la décarbonation des activités maritimes portuaires. Il fait notamment évoluer ses infrastructures face à la volonté de la compagnie maritime danoise DFDS de rendre 100 % électrique la nouvelle génération de ferries opérant entre Calais (Pas-de-Calais), Dunkerque (Nord) et Douvres (en Angleterre).

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