Strasbourg
Racing : Enfin le bon sens économique ?
Strasbourg # Reprise

Racing : Enfin le bon sens économique ?

football Un nouveau départ pour le Racing club de Strasbourg? Son repreneur, l'entrepreneur haut-rhinois Frédéric Sitterlé, met 5 M€ sur la table pour relancer le club. Derrière, c'est toute la communauté économique qu'il veut mobiliser autour du Racing.

Un projet «cohérent et stimulant». «Réaliste et raisonnable». Ces propos tenus par des observateurs du football français et de bons connaisseurs du dossier ont de quoi rassurer. Le Racing aurait-il enfin trouvé l'homme providentiel en la personne de Frédéric Sitterlé ? C'est en tout cas avec une certaine humilité qu'il a pris possession du bureau du président du club, fin août, à la Meinau. L'entrepreneur haut-rhinois, qui a notamment fondé sport24.com, revendu au Figaro depuis, et plus récemment myskreen.com, annonce la couleur : «J'ai repris le Racing, mais je ne veux pas me l'approprier, il fait partie du patrimoine identitaire et culturel alsacien», assure-t-il. Son nom avait déjà circulé en 2009, en 2010 puis à nouveau en juin dernier, pour reprendre le flambeau.




«Reconstruire le club puis l'entreprise»

C'est donc une fois le club liquidé, le 22 août dernier, qu'il a pu mettre son projet à exécution. Libéré d'un passif avéré et potentiel (litiges) de 20M€, il a créé une SAS qui injectera plus de 2M€ dès cette année pour financer le fonctionnement du club, à travers l'association du Racing, qui continuera à porter le volet sportif du projet. Un volet essentiel : «Nous reconstruirons d'abord le club de foot, ensuite l'entreprise», avance Frédéric Sitterlé, «et je surinvestis la première année pour remonter plus vite en CFA». Avec une équipe réduite à 3 permanents, plus en phase avec le niveau de CFA2 (5e division) auquel le RCS a été rétrogradé. Au total, il projette d'investir 5M€ dans les 5 ans qui viennent. «De quoi assainir la situation et retrouver le niveau professionnel», affirme le dirigeant. Soit une première marche qui devrait être suivie de l'étape consacrée à la consolidation du club dans la sphère professionnelle. «J'aurai alors besoin de lever des fonds, en ouvrant un tiers du capital à des entreprises qualifiées de la région», détaille-t-il. Dernier round, l'installation durable en milieu de tableau de la Ligue 1, avec un grand partenaire qui monterait à son tour, à hauteur d'un tiers, au capital.




La formation privilégiée

Dans l'immédiat, Frédéric Sitterlé veut «consolider les fondations du club». Se donner toutes les chances de réussir. «Nous avons notamment fait le choix de conserver notre centre de formation car je considère qu'avec une quarantaine de jeunes formés tous les ans dont 12 bacheliers, c'est un investissement pour l'avenir», argumente-t-il. Un peu comme si une PME en difficulté continuait à injecter des fonds dans sa R&D pour être prête au moment du redémarrage. Cet investissement de 1,6 million par an a d'autres vertus: notamment celle d'ouvrir plus facilement le portefeuille de la Ville de Strasbourg, soutien actif du RCS et sensible aux questions de formation. Mais la sauvegarde du centre reste cohérente avec le projet d'un club qui vise le plus haut niveau. «Un tel centre est une obligation en Ligue 1», rappelle Wladimir Andreff, professeur émérite en économie du sport à l'Université de Paris I. Il analyse : «Le football européen fonctionne ainsi que les résultats sont largement déterminés par l'argent investi. Le classement final dépend du budget du club. C'est mathématique». Y compris pour le Racing? «Avec 5M€, la probabilité de monterest élevée», affirme l'universitaire. Attention au grain de sable, à l'aléa sportif, tout de même...




Fédérer les entreprises

La capacité à fédérer autour du RCS un cercle dynamique d'entrepreneurs contribuera également à cette ascension. Un enjeu que le dirigeant a cerné, en incitant les dirigeants alsaciens à prendre des places ou des formules packagées pour assister aux matchs. Affichant ainsi leur soutien moral, mais générant aussi un complément de revenus indispensable, aux côtés des abonnements des supporters et des sponsors. Déjà, l'entrepreneur Patrick Ulm, avec ses marques de vêtements Blanc du Nil et Terralia, vient de signer un partenariat avec le club pour être sponsor maillot, aux côtés d'ÉS et de Hummel. En attendant, pour le RCS, la L1 et l'argent de la télé... «Mais c'est ainsi que se finançait le haut niveau il y a 30 ans», rappelle Wladimir Andreff. Avec l'aide des collectivités, aussi. «Nous sommes sur la voie de la reconstruction», estime Alain Fontanel, adjoint aux finances à la mairie de Strasbourg et vice-président de la Cus. Au total, agglomération et Ville consentent une aide de 800.000 euros cette année au projet. Par des subventions directes mais aussi, par exemple, en renonçant au loyer de la Meinau, chose possible en CFA2. L'an dernier, la Ville avait déjà repris l'immobilier du centre de formation. «Nous sommes là pour appuyer le club, mais pas pour nous substituer aux responsabilités de l'actionnaire», prévient toutefois l'élu. Le club et la mairie doivent prochainement signer un contrat triennal pour entériner ce nouveau départ.

Strasbourg # Reprise