Loin, très loin de la mystérieuse boutique de rachat d’or à la devanture sombre et opaque, bariolée de photos de bijoux ou de banderoles pour une "estimation gratuite", Numissima casse les codes. Ses boutiques, dans des centres commerciaux, sont ouvertes, la vitrine transparente, le local paré de rose et de bleu. Avec une équipe majoritairement féminine, elles ressemblent davantage à des instituts de beauté. C’est le nouveau design adopté par la marque dans ses adresses — à Bordeaux et Angoulême -, rénovées durant l’été 2025. "Je veux démocratiser les transactions d’or, lever les tabous, qu’on entre dans nos boutiques comme on irait chercher le pain", explique Sonia Yungcker, la fondatrice et dirigeante de Numissima. La nouvelle stratégie est le fruit de deux ans de travail.
Lever les tabous
Ouvertes en 2012 et 2014, ces boutiques étaient jusqu’à présent habillées de noir. "C’est nous qui avons lancé cette mode à une époque où les vitrines étaient plutôt jaune fluo avec des messages comme "Arrondissez vos fins de mois". Avec le noir nous apportions de l’élégance. J’avais envie de casser de nouveau les codes et d’apporter une expérience supplémentaire. Nous avons ajouté des murs-musées, qui enseignent un tas de choses sur l’or de manière ludique (Quel goût a l’or ? Ses utilisations dans le spatial, la santé…), pour que la boutique ne soit pas qu’un comptoir commercial."
Ces dernières années — a fortiori avec des cours de l’or records — le secteur bondit. "Chaque fluctuation se ressent, à la hausse ou à la baisse" témoigne la dirigeante. Si le rachat d’or pèse 78 % du chiffre d’affaires de l’entreprise (4,2 M€ en 2024, 5,5 M€ espérés en 2025), la vente de pièces et lingots "est appelée à se développer", avec un retour en grâce de cette valeur refuge. "Au même titre que les autres placements, tout le monde devrait posséder un peu d’or. C’est un investissement plus accessible que l’immobilier. Les anciens avaient cette culture."
Mailler le territoire
D’ici la fin de l’année, Numissima ouvrira au moins deux autres antennes, à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) et Biganos (Gironde). "J’en aimerais une troisième", confie Sonia Yungcker, qui réfléchit à Pau, Périgueux, Brive… "Dans un rayon de 250 km de Bordeaux." Les effectifs de Numissima (aujourd’hui sept personnes) vont plus que doubler.
Fidèle à son concept, Numissima privilégie les galeries marchandes les plus dynamiques, "pour garder les portes ouvertes, pour l’enceinte sécurisée, l’accès facile, la possibilité d’ouvrir certains dimanches, etc. Pour démocratiser la démarche, il est important de venir dans un centre commercial qui est un lieu populaire." Mais les locaux sont rares. Alors Numissima s’adapte.
À Biganos, il s’agira d’un kiosque dans une allée. Un challenge pour garantir une certaine confidentialité, même si, "contrairement aux idées reçues, les clients nous racontent volontiers l’histoire de leur bijou, ils ne cherchent pas à se cacher, constate la dirigeante. Ceux qui viennent parce qu’ils ont besoin d’argent ne représentent que 20 % de la clientèle. Les gens souhaitent vendre un bijou qu’ils ne portent plus, un bijou cassé et dont la réparation coûte trop cher, partager un héritage, revendre des pièces ou lingots dans lesquels ils avaient investi."
L’expertise réalisée sur place prend 5 minutes, moyennant une pièce d’identité. Le paiement est effectué par chèque ou virement, jamais en espèces. Les bijoux sont ensuite fondus chez des partenaires en France, Suisse et Allemagne. 200 kg de métal sont ainsi recyclés chaque année.