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Projet Deux Rives : Atout ou contrainte pour la zone portuaire?
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Projet Deux Rives : Atout ou contrainte pour la zone portuaire?

Alors que le projet d'extension urbaine de Strasbourg vers le Rhin se concrétise chaque jour un peu plus, son articulation avec la dynamique du Port Autonome provoque toujours des inquiétudes côté entreprises. Le secteur de la Coop cristalise notamment les tensions.

« Le Port Autonome de Strasbourg est un port urbain. Il l'a toujours été, depuis le Moyen-Âge », rappelle sa présidente, Catherine Trautmann. Sauf que le projet des Deux Rives, visant à reconnecter Strasbourg avec le Rhin, vient désormais s'insérer entre sa partie nord et sud, le long de l'axe routier menant à Kehl.



Sans rogner sur les rares espaces fonciers encore disponibles du PAS (12 ha cumulés), le projet, lancé en 2009, concerne au total quelque 250 hectares de friches à réaménager, depuis le quartier du Heyritz jusqu'au Rhin pour un investissement chiffré à quelque 500 M€ sur 20 ans. Les quartiers séparant les zones nord et sud du port, (Citadelle, Starlette, Coop et Port du Rhin) abriteront ainsi des habitations, des commerces, un port de plaisance, une clinique ou encore des espaces culturels, desservis à partir de 2017 par l'extension du tram vers Kehl. Se pose ainsi depuis le démarrage la question de la cohabitation avec les activités du Port Autonome, deuxième plus gros port intérieur français derrière Paris et, avec 320 entreprises et 10.000 emplois sur Strasbourg, première zone d'activité d'Alsace. Les entreprises de la zone, dont les intérêts sont défendus par le Groupement des usagers du Port (GUP), sont inquiètes, et plus particulièrement celles de la zone centrale et nord.




Cohabitation impossible?

« Notre crainte est réelle et justifiée. Nous faisons globalement face au dogmatisme des architectes et politiques qui veulent rentabiliser le projet urbain par du logement en affirmant que la cohabitation ne posera aucun problème », souligne Régine Aloird, présidente du GUP et directrice des terminaux alsaciens de Rubis Terminal, basés sur les bassins nord du port. Or le secteur de Starlette et de l'ancienne Coop est à proximité immédiate d'entreprises dont les activités - transit de poids lourds, stockage de céréales, sites classés SEVESO... - semblent peu compatibles avec de l'habitat. « Elles feront fatalement l'objet de frictions avec les riverains », prédit la présidente du GUP, qui y est déjà confrontée de longue date de par la proximité du Port aux Pétroles, où est installé Rubis, au quartier de la Robertsau. Lors de la première version du schéma directeur du projet Deux Rives en 2009, certains dirigeants avaient même eu la surprise de ne pas voir figurer leur entreprise sur les plans... Grâce notamment au soutien de la présidente du PAS, soucieuse de sanctuariser les entreprises et les activités du port, plusieurs dossiers ont été démêlés mais certaines zones d'ombres demeurent.



« Mon bâtiment, dont je suis propriétaire reste en zonage industriel, par contre le parking que je loue est, lui, déclassé pour servir à d'autres usages », s'insurge Michel Chalot, dont l'entreprise de transports, qui emploie 80 personnes, se trouve dans le quartier de l'ancienne Coop. « Je n'ai à l'heure actuelle pas de réponse sur ce que je vais pouvoir faire de mes camions ! C'est la survie de l'entreprise qui est en jeu mais personne ne s'en préoccupe. L'évolution du PLU sera irrémédiable », s'exaspère le dirigeant, dont 85 % des chargements se font sur le port, rendant un déménagement impensable.




L'accessibilité en question

D'autant que la question de l'accessibilité de la zone portuaire cristallise aussi les tensions. Son ancien axe principal d'accès, la route du Rhin, fait déjà depuis 2012 l'objet d'importantes restrictions au trafic des camions de marchandises qui doivent désormais emprunter le grand contournement sud du port. Inscrit depuis 40 ans dans les plans d'urbanisme, le projet de création d'un axe nord sud longeant le Rhin depuis Gambsheim se fait quant à lui désirer. « Une zone portuaire comme celle de Strasbourg nécessite deux accès routiers efficaces, reconnaît Catherine Trautmann.



L'axe de la RN4 devient effectivement de plus en plus contraint. Le PAS porte ce projet de liaison nord-sud. Les études pour sa réalisation vont être prochainement lancées », promet la présidente. Le GUP a aussi identifié d'autres points de tensions futurs : l'axe longeant la future clinique Rhena, la route du petit Rhin traversant le quartier Starlette ou encore la voie ferrée qui se retrouvera à proximité immédiate d'habitations.




Un pôle culturel tampon

Pour autant, le PAS, dont l'ambition est de figurer parmi les dix premiers hubs fluviaux et ferroviaires européens, se veut rassurant. « Le projet des deux rives prévoit que la zone de contact entre ville et port au nord soit essentiellement dédiée à un pôle culturel dont la cohabitation avec les activités industrielles ne pose généralement pas de problème et est même fructueuse », estime Catherine Trautmann. La zone portuaire est en effet une zone d'inspiration pour de nombreux artistes. À l'occasion de ses 90 ans, le port mettra d'ailleurs cet aspect en valeur en exposant des oeuvres sur la place Austerlitz, entre le 1er et le 7 juin prochain. Car le projet Deux Rives vise aussi à réconcilier la ville avec son port, grand bassin de main-d'oeuvre par lequel transitent 30 % des marchandises entrantes et sortantes de l'Eurométropole.

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