Privatisation de l'Aéroport de Nice : Des avancées et une patate chaude

Privatisation de l'Aéroport de Nice : Des avancées et une patate chaude

Reçus le 1er mars par Emmanuel Macron à Bercy, les actionnaires locaux de la Société des Aéroports de la Côte d'Azur (SACA) se félicitent des avancées obtenues quant au cahier des charges présidant à la vente des parts détenues par l'Etat... malgré le botté en touche du ministre de l'Economie concernant la réinjection d'une partie des bénéfices de la vente dans le développement du territoire azuréen. La patate chaude est désormais entre les mains de Manuel Valls.

Ils y sont allés le couteau entre les dents, bien décidés à faire bouger les lignes d'un cahier des charges, dont le premier jet, estimaient-ils, n'était pas à la hauteur. Bercy, semble-t-il, les a écoutés. C'est en substance la teneur des communiqués publiés par Christian Estrosi, président de la Région PACA (5% des parts de la SACA) et de la Métropole Nice Côte d'Azur (5%) d'une part, et de l'autre, Eric Ciotti et David Lisnard, respectivement président et vice-président du département des Alpes-Maritimes (5%), à leur sortie de la réunion ministérielle qui s'est tenue le 1er mars en présence d'Emmanuel Macron. Bernard Kleyhnoff, président de la CCI Nice Côte d'Azur (25%), était aussi de la partie.

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Au chapitre des avancées obtenues, les actionnaires minoritaires ont obtenu l'accord de l'Etat sur la conservation d'une minorité publique de blocage concernant les décisions stratégiques prises au sein du Conseil d'administration de la SACA. Celles-ci seront définies au travers d'un Pacte d'Actionnaires qui fera partie intégrante du cahier des charges. Les grands investissements programmés de la société y seront inclus.
L'aspect environnemental est également préservé avec le renforcement des normes imposées aux candidats à la reprise et une meilleure prise en compte des nuisances aéroportuaires subies par les riverains. De même, les organes de décision seront maintenus à Nice, l'activité des douanes à Cannes.

D'autres points ne sont pas encore totalement clarifiés, comme la stabilité de l'actionnariat dont "la possibilité [d'être portée] à dix ans" sera "examinée". On est à ce jour plutôt sur une base de 5 ans. A suivre donc. Même chose pour le sujet de l'ouverture de lignes longs courriers internationales que les collectivités souhaiteraient voir renforcer et qui explique leur rejet unanime du candidat Aéroports de Paris, par crainte que Nice ne devienne demain qu'un simple hub parisien. A cet égard, si les collectivités locales seront bien associées à "l'ensemble de la procédure d'appel à candidatures", la décision finale reviendra à l'Etat.

Enfin reste la question de la réinjection d'une partie des bénéfices de la vente des parts détenues par l'Etat (60%), point de crispation entre les deux parties. Emmanuel Macron a botté en touche, refilant à Manuel Valls ce qui ressemble de plus en plus à une patate chaude. Eric Ciotti et David Lisnard ont d'ores et déjà demandé un rendez-vous au Premier ministre "afin d'obtenir des engagements concrets de l'Etat à accroître ses investissements sur le territoire azuréen dans le domaine des infrastructures de transport ou le financement de projets structurants comme le nouveau campus universitaire à Cannes." Pour Christian Estrosi, la solution devrait se trouver "dans le cadre de la renégociation du CPER (Contrat de Plan Etat-Région, ndlr)". Cela au titre du soutien financier des collectivités qui ont participé au développement de l'aéroport.

Quant au calendrier, il se précise. Selon Nice-Matin : "Les offres préliminaires seront reçues fin mars, les offres définitives mi-juin. Fin juillet, enfin, le lauréat sera officialisé." Ce dernier aura en main une des pépites de la Côte d'Azur représentant 12 millions de passagers, 7 milliards d'euros de retombées économiques et 65.000 emplois directs et indirects.