Primaire de la droite : les promesses économiques de Juppé et Fillon sont-elles tenables ?
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Primaire de la droite : les promesses économiques de Juppé et Fillon sont-elles tenables ?

« Extrêmement traditionaliste, voire rétrograde. » Les mots employés par Alain Juppé, pour qualifier la vision de la France de François Fillon, sont rudes. Les deux finalistes de la primaire de la droite et du centre, Alain Juppé et François Fillon, se sont rendus coup pour coup toute cette semaine par médias interposés. Dans le costume de l’outsider depuis le premier tour, le maire de Bordeaux a décoché ses premières flèches à l’endroit de son rival sur les sujets de société. Mais le débat est aussi animé sur le terrain économique.

Si les deux finalistes portent tous deux des programmes libéraux, les points de divergence existent. Le Sarthois et député de Paris assume une politique plus « radicale » en la matière. Avec une mesure phare : 100 milliards d’économies sur cinq ans. Mais est-ce bien réaliste ? « Si toutes les grandes réformes documentées sont menées à leur terme et, si 50 % de l’économie non documentée est réalisée, un niveau de réduction de la dépense probable d’au moins 80 milliards d’euros sur le quinquennat peut être atteint », tempère l’Institut Montaigne, qui a passé au crible les programmes des candidats à la primaire.

Même verdict pour le programme de réduction des dépenses du maire de Bordeaux qui table, lui, sur 80 à 100 milliards d’économies selon la conjoncture. Le think tank libéral juge les économies faisables à hauteur de 80 milliards d’euros. Ils pointent, pour les deux anciens Premiers ministres, deux grands aléas à prendre en compte : « la capacité effective à prendre les mesures d’économies nécessaires et la conjoncture macroéconomique ».

Fiscalité des entreprises : où placer le curseur ?

L’institut a aussi interrogé les promesses en termes de fiscalité dans l’entreprise. « Baisser immédiatement de 50 milliards d’euros les charges et impôts sur les entreprises, en donnant la priorité à la baisse des prélèvements pesant sur le coût du travail », c’est l’une des propositions martelées par François Fillon. Pour y parvenir, celui qui vante la politique de Margaret Thatcher entend augmenter de deux points les taux normal et intermédiaire de TVA, associé à une réduction des dépenses publiques. « La hausse de deux points des taux normal et intermédiaire de TVA est de nature à générer un gain supplémentaire de recettes pour l’État de 14,5 milliards d’euros par an, chiffre le think tank. Elle permettrait de financer en partie la mesure proposée par François Fillon, consistant à réduire les charges fiscales et sociales de 50 milliards d’euros. » Appliquée en Allemagne, la mesure est de nature à provoquer un ralentissement momentané de la consommation. En revanche, souligne l’Institut Montaigne, elle permet, à plus long terme, de générer des gains de compétitivité pour les entreprises.

De son côté, Alain Juppé souhaite supprimer toutes les charges patronales au niveau du Smic. Mais il promet également de financer 10 milliards d’euros de baisse des cotisations sociales « famille » par l’augmentation d’un point du taux normal de la TVA. L’objectif ? Réduire le niveau des charges supportées par les entreprises. Là encore, les deux hommes s’accordent sur le principe, seul le curseur change. « La hausse d’un point du taux normal de TVA est de nature à générer un gain supplémentaire de recettes pour l’État de 6,09 milliards d'euros par an », souligne l’institut libéral, en émettant les mêmes réserves que son concurrent.

Emploi public, l’objectif d’Alain Juppé jugé « pas inaccessible »

C’est un point de crispation entre les deux candidats. Le nombre de suppression d’emplois publics proposé par Alain Juppé et François Fillon fait débat. 300 000 emplois publics, hors éducation, police, justice et défense pour le premier ; 500 000 pour le second. L’Institut Montaigne se montre plus réservé sur la promesse du Sarthois. Il estime à 14 milliards d’euros le montant de l’économie pouvant être réalisée, « tout en interrogeant la faisabilité de la proposition. » Et de préciser : « La suppression de 500 000 emplois sur cinq ans est en effet une réduction très rapide, qui conduira probablement à un recours plus important, au moins temporairement, à des contractuels qui viendrait diminuer le montant d’économies envisagé. »

Le maire de Bordeaux n’échappe pas non plus aux réserves du think tank sur le sujet. Ce dernier chiffre à 7,74 milliards d’euros l’économie pouvant être réalisée sur la durée du mandat, alors que Alain Juppé table, grâce ces suppressions d’emplois, sur une estimation de 9 à 12 milliards. Pour y parvenir, l'ancien Premier ministre opte sur le non-remplacement de 60 000 départs à la retraite par an dans la fonction publique. Mais l’Institut Montaigne s’inquiète du périmètre sanctuarisé tout en concédant que « l’objectif fixé ne semble pas inaccessible ».

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