C'est LA tendance du moment dans le secteur hôtelier : le "boutique-hôtel". Ce nom ne vous évoque rien ? Ce marché de niche déjà répandu dans les pays anglo-saxons est apparu avec l'ouverture d'établissements de petite capacité, doté d'une décoration très recherchée et d'un service personnalisé. Bref, l'antithèse des chaînes hôtelières. Bordeaux compte une dizaine de boutiques-hôtels, dont deux classés 5 étoiles : La Grande Maison (6 chambres) et YNDO (12 chambres). Mais comment ces établissements qui offrent un service haut de gamme parviennent-ils à équilibrer leurs comptes avec si peu de chambres ?
Agnès Guiot du Doignon, propriétaire de l'hôtel YNDO, n'en fait pas mystère : « Il faut pratiquer des tarifs élevés et s'adresser à une clientèle aisée, qui dispose d'un fort pouvoir d'achat. 80 % de nos clients viennent de l'étranger. Ils viennent chez nous pour vivre une expérience, ils veulent être étonnés, ne pas être considérés comme des numéros ». D'où une décoration atypique et différente selon les chambres, et un service sur-mesure réalisé par dix salariés. La patronne d'YNDO revendique un taux d'occupation de 65 % en 2016 et affirme que « le modèle est rentable ».
Hôtel Tourny s'agrandit
À l'Hôtel Tourny également, l'établissement a trouvé son modèle économique. « Nous avons atteint l'équilibre dès la première année d'exploitation », déclare Jean-Philippe Burgeat, cogérant avec son épouse Sandrine. Le couple a investi un million d'euros pour acheter et rénover un immeuble qui propose douze chambres depuis mars 2015. Et comme le succès est au rendez-vous, trois suites sont venues s'ajouter en octobre 2016. « Nous avons signé un emprunt sur sept ans car les premières chambres tournent bien, le produit est rentable et on y croit ». La dernière ouverture date du mois de janvier. Jing Wang a rénové l'ancien consulat des Etats-Unis pour ouvrir un boutique-hôtel de neuf chambres. Son ambition : décrocher les 5 étoiles dans les plus brefs délais.
La presse raffole de ce genre d'établissements
Si les ouvertures de boutiques-hôtels se multiplient c'est bien parce qu'il y a un marché à prendre. « Les touristes sont à la recherche d'établissements insolites et d'un accueil personnalisé, explique Thierry Gaillac, vice-président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih ). Mais la force des boutiques-hôtels c'est d'avoir une très belle visibilité sur les plateformes de réservation. Les sites comme Booking et Trivago les mettent plus en avant que l'hôtellerie professionnelle. La presse également raffole de ce genre d'établissements. Les magazines de voyages leur offrent une couverture médiatique très importante ».
Projet à Talence pour le groupe Millesime
Un propos que confirme Marion Romary, responsable des relations publiques de Millesime, groupe qui a ouvert trois établissements en Gironde : « L'essentiel de notre clientèle nous trouve grâce aux plateformes de réservation. Et nous avons déjà profité de deux passages dans l'émission Télématin avec l'Hôtel de La Course, qui propose sept chambres à Bordeaux ». Le groupe Millesime se plaît en Gironde et vient de racheter le Pavillon du château Raba, à Talence. L'établissement sera fermé en septembre pour connaître d'importants travaux. « Le pavillon sera transformé en lieu de réception et de fête, les cuisines seront agrandies, et nous allons créer un espace boulangerie bio, détaille Marion Romary. Le boutique-hôtel sera créé à côté. Il proposera douze chambres et une piscine ».
Valorisation du patrimoine
Les ouvertures de boutiques-hôtels devraient donc se poursuivre à l'avenir. « D'autres projets sont dans les cartons, déclare Nicolas Martin, Dg de l'Office de tourisme et des congrès de Bordeaux Métropole. C'est une tendance que l'on retrouve dans toutes les grandes villes. Et c'est une bonne nouvelle pour Bordeaux, car c'est une offre complémentaire de l'offre hôtelière classique. En plus, c'est une vraie valeur ajoutée en terme d'image pour la ville, car les établissements réalisent souvent d'importants travaux. Bordeaux a autant besoin de petits hôtels de charme que de structures plus modernes comme Radison, Hilton ou Jo & Joe. »
Second boutique-hôtel pour Christophe San José
D'ailleurs, si le propriétaire du Pavillon du Château Raba a vendu son établissement, c'est pour... ouvrir un boutique-hôtel dans Bordeaux. Déjà propriétaire du bien nommé Boutique Hôtel, rue Lafaurie de Monbadon, Christophe San José rénove à grands frais un bâtiment à quelques centaines de mètres, pour ouvrir un nouvel établissement. « Nous avons été les précurseurs en ouvrant nos portes il y a cinq ans, explique Niels N'Michi, responsable boutique. Nous avons conservé l'esprit originel du concept,puisque tout peut s'acheter dans nos 25 chambres et deux appartements, du bibelot à la literie. La clientèle est au rendez-vous et nous affichons un taux de remplissage de 89 %. Notre nouvel établissement devrait compter 30 chambres ». Les touristes n'ont pas fini d'être étonnés !