La quasi-totalité de l’activité en France du groupe électronique angevin Eolane est passée sous bannière helvétique : le tribunal de commerce de Paris a en effet donné le 18 avril dernier son feu vert au projet de reprise du groupe suisse Cicor, leader européen des solutions électroniques intégrées (EMS) avec déjà 21 sites répartis en Europe mais aussi en Tunisie, en Chine, en Indonésie, à Singapour et au Vietnam.
Un périmètre de 132 millions d’euros
Le groupe suisse, qui a déjà réalisé 9 acquisitions stratégiques entre 2021 et 2025, n’était pas encore présent dans l’Hexagone. Il a repris 7 des 8 sites qui constituait la branche France du groupe angevin : 5 en France, à Angers et Combrée (Maine-et-Loire), Saint-Agrève (Ardèche), Douarnenez (Finistère) et Neuilly-en-Thelle (Oise), de même que les deux unités marocaines installées à Berrechid et Temara. Périmètre au chiffre d’affaires de 132 millions d’euros qui exerce désormais son activité sous la marque Cicor, constituant la filiale française du groupe suisse.
90 % des emplois conservés
Sur les quelque 2 200 salariés d’Eolane, dont environ 1 200 en France, 1 011 collaborateurs, étaient concernés dans ce périmètre du groupe Eolane : 195 à Angers (65 pour la holding d’Eolane France et 130 pour l’unité de production), 257 à Combrée, 152 à Saint-Agrève, 122 à Douarnenez et 60 à Neuilly-en-Thelle. Les deux sites marocains de Berrechid et Temara emploient près de 250 collaborateurs. Cicor a repris 890 collaborateurs, soit environ 90 % de l’effectif sur l’ensemble du périmètre. À Douarnenez, Saint-Agrève et Neuilly-en-Thelle, 100 % des collaborateurs ont été conservés. Cicor s’est séparé de 62 personnes à Angers et de 27 à Combrée.
À la recherche d’un "adossement industriel"
En janvier 2025, le groupe Eolane annonçait qu’il cherchait à opérer un "adossement industriel". Il s’agissait en effet de faire entrer au capital un nouvel actionnaire majoritaire pour "consolider l’empreinte d’Éolane dans la filière électronique française." Trois candidats se sont alors positionnés pour reprendre tout ou partie de l’activité France du groupe angevin. La proposition du groupe lavallois Cofidur (78,5 M€ de CA 2024), qui souhaitait reprendre l’usine de Douarnenez et les deux unités marocaines du groupe, a été écartée le 31 mars. Restaient alors deux candidats en lice : le groupe Synov (114 M€ de CA, 780 salariés), basé à Saint-Germain-Laprade (Haute-Loire) et Cicor.
Pour Alexander Hagemann, président de Cicor, "Eolane est la plus importante acquisition" du groupe suisse qui a mobilisé 30 millions d'euros dans cette oprétaion. Quatre millions d'euros vont être fléchés pour moderniser l'outil industriel d'Eolane. Le dirigeant de Cicor compte stabiliser l'activité avant de renouer avec la croissance.
Un groupe né il y a cinquante ans
Acteur important de l’électronique en Anjou, le groupe Eolane s’est bâti autour de l’entreprise Selco, fondée à Combrée en 1975 par André Girouy. Rachetée par Paul Ragin une dizaine d’années plus tard, la société Selco se développe, effectue des acquisitions et devient Eolane en 2000. À l’aube des années 2010, le groupe est l’un des tout premiers sous-traitants électroniques français, travaillant pour différents marchés (défense, industrie, télécoms, ferroviaire, automobile, médical, énergie, aéronautique…), avec des sites en France et à l’étranger.
En 2017, Paul Raguin ouvre le capital du groupe au fonds français Hivest Capital Partners et quitte la présidence. Au fil des ans, le fonds devient majoritaire et Paul Raguin, aujourd’hui âgé de 84 ans, s’éloigne peu à peu de l’entreprise.
Fermetures de sites en France et investissements à l’étranger
Entre 2017 et 2022, Eolane procède à plusieurs restructurations, qui conduisent notamment à des fermetures ou des cessions de sites, à Roncq (Nord), Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) Vailhauquès (Hérault) et aux Ullis (Essonne).
En parallèle, le groupe se développe à l’international. Il dispose d’unités en Estonie, en Allemagne et en Chine, de même qu’en Malaisie, avec une usine inaugurée en 2024 après 9 millions d’euros d’investissement.
En 2019, Hivest Capital Partners renforce sa participation et choisit début 2022 de recapitaliser encore Eolane, qui avait atteint 290 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021, dont 170 millions d’euros en France. Cette recapitalisation renforce les fonds propres et Eolane obtient auprès de l’État un prêt de 30 millions d’euros, dans le cadre du FDES, le fonds de développement économique et social, lui assurant de la trésorerie.
De 2017 à 2024, plusieurs présidents se succèdent à la tête du directoire du groupe. Dernier en date, Olivier Clément, qui a remplacé début 2024 Henri Juin, qui était en poste depuis juin 2019. Le chiffre d’affaires varie, au gré de la conjoncture : il passe de 350 millions d’euros en 2019 à 290 millions d’euros en 2020, année marquée par la crise du Covid-19. De 326 millions d’euros en 2023, dont plus de la moitié en France, le chiffre d’affaires du groupe chute à 267 millions d’euros en 2024.
Les raisons de la chute d’Eolane
Malgré les restructurations et la recapitalisation de 2022, le contexte n’a pas été favorable au groupe angevin ces dernières années : difficultés d’approvisionnement en composants, crise du secteur automobile, et un carnet de commandes en France en diminution. "Depuis plusieurs années, indique un représentant du personnel d’Eolane, c’est l’activité à l’étranger, surtout en Chine, qui compensait la baisse de l’activité en France." Dans son dossier de proposition de reprise présenté au tribunal de commerce de Paris, le groupe Synov évoquait entre autres causes des difficultés rencontrées par Eolane, "un manque de dynamisme commercial du fait de sous-investissements et un déficit de coordination entre les différentes entités du groupe, des difficultés structurelles liées à une organisation inadaptée et une structure trop lourde par rapport à son carnet de commandes en décroissance en France."
Un redressement judiciaire en mars 2025
Cicor, quant à lui, pointait "des choix stratégiques discutables et des facteurs externes cumulés (pandémie de Covid-19, pénurie des composants, augmentation du coût des matières premières et des transports) l’ayant conduit à constater une rentabilité aléatoire, des pertes récurrentes et de fortes tensions sur la trésorerie." Le groupe suisse y ajoutait "une inefficacité dans les processus, un manque de rationalisation et une structure des fonctions supports inadéquates." Les difficultés se sont traduites par l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire début mars 2025.
Hivest Capital Partners conserve un millier de salariés à l’étranger
Outre le périmètre repris par le groupe Cicor en France et au Maroc, l'usine de Valence d'Eolane, qui emploie 112 personnes, a été reprise le 21 mai dernier par le groupe mayennais Selha (900 collaborateurs, 140 M€ de CA), basé à Renazé. Trois offres de reprise ont été présentées, celles de Selha, du groupe industriel parisien Verdoso (500 M€ de CA) et de la société Elmersys, installée dans le Doubs. Avec cette acquisition, le groupe mayennais, spécialisé dans la conception et la fabrication de produits électroniques pour l'aérospatial, la défense, les télécommunications, l'énergie, l'industrie et le médical, entre dans une nouvelle dimension. Disposant déjà de deux sites en Mayenne, d'une usine à Eu (Seine-Maritime et d'une autre au Maroc, il dépasse désormais le millier de salariés et étend sa présence au sud-est de la France.
Demeurent également les sites d’Eolane à l’étranger, toujours détenus par le fonds Hivest Capital Partners, en Allemagne, en Estonie, en Malaisie et en Chine. Elles emploient environ un millier de personnes.