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Alexander Hagemann, président de Cicor : "Eolane est la plus importante acquisition que nous n’ayons jamais faite"
Interview Angers # Électronique # Fusion-acquisition

Alexander Hagemann président du groupe Cicor "Eolane est la plus importante acquisition que nous n’ayons jamais faite"

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Fournisseur de solutions électroniques complètes, le groupe suisse Cicor a fait l’acquisition le 18 avril dernier de 7 unités du groupe angevin Eolane. Fondé en 1966, le groupe Suisse, qui dispose déjà de 21 sites dans le monde, s’implante pour la première fois en France. Arborant désormais la bannière Cicor France, les sites d’Eolane disposent, selon le PDG du groupe suisse Alexander Hagemann, d’un fort potentiel de croissance.

Alexander Hagemann est le président depuis 2016 du groupe suisse Cicor, qui a repris un large périmètre d’Eolane France en avril dernier — Photo : Groupe Cicor

Le groupe suisse que vous présidez vient de reprendre à la barre du tribunal de commerce de Paris 7 sites du groupe électronique angevin Eolane, placés en redressement judiciaire : Angers et Combrée (Maine-et-Loire), Saint-Agrève (Ardèche), Douarnenez (Finistère), Neuilly-en-Thelle (Oise), Berrechid et Temara (Maroc). Pouvez-vous nous présenter le groupe Cicor ?

Cicor est le plus important groupe électronique suisse, avec 3 450 salariés pour un chiffre d’affaires de 512 millions d’euros en 2024. Avec l’acquisition d’Eolane, nous sommes le numéro 5 de l’électronique en Europe. Nous sommes leader dans l'aérospatial et la défense qui représentaient 25 % de notre chiffre d’affaires l’an dernier. Avec le médical, ce sont les segments stratégiques où nous avons le plus de croissance. Nous travaillons aussi dans d'autres domaines comme l'industrie, l'énergie ou les objets connectés. 85 % de notre chiffre d’affaires est réalisé en Europe et nous sommes présents sur les grands marchés avec des sites en Allemagne, au Royaume-Uni et bien sûr en Suisse où le groupe Cicor est né. Le continent américain compte pour 5 % du chiffre d’affaires du groupe, dont la moitié aux États-Unis.

Quels sont les objectifs du groupe ?

Cicor sera fin 2025, avec la croissance organique et les acquisitions dont celle d’Eolane, un groupe de 700 millions d’euros de chiffre d’affaires. Nous prévoyons une croissance organique de 7 à 10 % dans les années à venir avec un objectif d’un milliard de francs suisse de chiffre d’affaires (1,07 milliard d’euros, NDLR) en 2028. Cela passera aussi par des acquisitions dans certains pays.

Comment se porte le secteur de l’électronique ?

Il a connu une période difficile avec un marché qui a chuté de 14 % l’an dernier en Europe, spécialement dans l’automobile, les télécommunications et les produits grand public, où nous ne sommes pas très présents. Nous avons enregistré une croissance de 23 % en 2024, grâce aux acquisitions, notre croissance organique étant en recul de 1,6 %. Le premier semestre 2025 sera encore un peu timide mais il y aura une accélération au deuxième semestre. Le marché européen va aussi progresser dans l’aérospatial, la défense et le médical. Pour les projets annoncés dans le secteur de la défense, il faut quand même être patient parce qu’ils peuvent prendre plusieurs années.

Pourquoi avoir choisi de reprendre Eolane ?

Nous avions le souhait de nous implanter en France qui est pour nous un marché très stratégique, surtout dans les secteurs de l'aérospatial et la défense. C’est le deuxième marché européen de l’électronique. Acquérir une entreprise était pour nous la meilleure option. Eolane est la plus importante acquisition que nous n’ayons jamais faite. Nous ajoutons 132 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit environ 30 % de celui du groupe Cicor et nous intégrons 890 nouveaux salariés. Au total, l’acquisition représente une enveloppe d’environ 30 millions d’euros, dont 4 millions d’euros d’investissements pour moderniser l’outil industriel. Selon nous, Eolane n'avait pas assez investi ces dernières années.

Comment s’organise désormais Cicor France ?

Nous avons nommé deux Français, Franck Mayau directeur général et Damien Savary directeur commercial, à la tête de Cicor France. C’est très important car il faut être proche sur le plan culturel. Ce n’est pas seulement la langue, c’est aussi la manière de faire du business, les relations avec les employés et les fournisseurs. Chez Cicor, nous travaillons toujours avec des équipes du pays et un principe de décentralisation en donnant de l’autonomie aux sites. La raison est simple : nous sommes dans un métier de service, il faut agir rapidement avec agilité et flexibilité. C’est la meilleure façon d’être focalisé sur le client. Cela fonctionne très bien et c’est le même modèle que nous voulons reproduire en France. La reprise s’est très bien passée. Je suis allé dans tous les sites et j’ai rencontré tous les CSE. Il était important pour moi que les CSE adhèrent au projet en soutenant cette stratégie de décentralisation et c’est le cas. Nous avons trouvé chez Eolane beaucoup de compétences et nous les avons conservées (90% des salariés du périmètre ont été repris. NDLR). Nous avons réduit les effectifs dans les domaines administratifs mais nous avons gardé 100 % des salariés de la R & D. Pour nous il était très important de garder ces compétences.

Quels objectifs vous fixez-vous pour Cicor France ?

Le périmètre que nous avons acquis, ce sont 132 millions d’euros de chiffre d’affaires mais la capacité est probablement de 180 ou 200 millions d’euros. Pour Cicor France, l’aérospatial, la défense, le ferroviaire et le nucléaire sont les plus importants marchés et nous allons aussi développer ceux du médical et de l’industrie, avec des applications diverses dans ce secteur.

Ce que nous souhaitons, c’est d’abord stabiliser le business, atteindre une profitabilité solide et créer la base d’une croissance organique. C’est l’objectif le plus important. Nous ne prévoyons pas beaucoup de croissance en 2026 mais plutôt en 2027. Il faut être patient. Stabiliser dans un premier temps, ce sera déjà bien.

Cicor a la réputation d’être une entreprise focalisée sur les clients avec un haut niveau de fiabilité et de qualité. Cette réputation parle aux clients français et cela a eu un effet assez immédiat. Notre acquisition les a rassurés. Nous avons déjà des discussions avec des clients qui cherchent des entreprises de l’électronique en France mais aussi avec des clients français qui en recherchent à l’international. Nos installations ailleurs dans le monde peuvent répondre à leurs besoins.

D’autres acquisitions sont-elles envisagées ?

Chez Cicor, la croissance organique est quelque chose de très important. Elle a été ces quatre dernières années de 9 % en moyenne tous les ans et nous voulons la poursuivre. Par ailleurs, nous allons continuer de faire des acquisitions et nous n’en excluons pas en France. Mais il n’y a rien de concret aujourd’hui même nous sommes ouverts pour augmenter notre présence. Nous sommes en train de faire l’acquisition de l’entreprise Mades à Malaga, en Espagne, une entreprise qui travaille majoritairement dans l’aérospatial et la défense avec un chiffre d’affaires d’environ 30 millions d’euros.

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