La start-up industrielle bordelaise Hynaero, qui développe un avion amphibie bombardier d’eau (Frégate-F100) destiné à remplacer les Canadair, a annoncé l’implantation de son usine à Istres, dans les Bouches-du-Rhône. Hébergée et accompagnée par l’incubateur Bordeaux Technowest depuis ses débuts au printemps 2023, elle avait pourtant signé un partenariat d’implantation avec l’aéroport de Bordeaux-Mérignac en décembre 2023, dans l’optique de construire son usine d’assemblage et ses bureaux en bord de piste. Soutenue financièrement par la Région Nouvelle-Aquitaine pour son lancement (300 000 euros), Hynaero était depuis sollicitée par plusieurs territoires.
Les soutiens de Bordeaux Technowest et de la Région Nouvelle-Aquitaine
"Bordeaux Technowest et la région Nouvelle-Aquitaine nous ont permis de franchir la première phase de validation du concept. Nous leur en serons toujours particulièrement reconnaissants, insiste David Pincet, cofondateur d'Hynaero. Avec eux, on a mené 800 000 euros de travaux de R & D dans des entreprises sous contrat. Aujourd’hui, nous avons validé le concept du Fregate et nous avons un modèle 3D qui vole en simulation, avec des capacités validées deux fois supérieures à celle du Canadair actuel." L’heure est venue de passer à l’étape suivante. Depuis fin 2024, la start-up cherchait à lever 15 millions d’euros. Des contributeurs privés se sont déjà manifestés, auxquels il fallait des garanties publiques. "Il nous fallait le soutien du gouvernement, d’une Région et un foncier pour notre complexe industriel."
"En tant que start-up en croissance, nous n’avons d’autre choix que d’avancer."
Le soutien du gouvernement a été obtenu par la reconnaissance du projet comme programme de souveraineté. "Cela rassure les clients, les investisseurs, les industriels", analyse David Pincet. "On a eu des signaux du gouvernement depuis mars et une proposition de subvention importante de 7 millions d’euros, via le plan France 2030 régionalisé. La Région Sud s’est positionnée." Comprendre : pas la Région Nouvelle-Aquitaine.
"Je regrette ce choix", réagit Alain Rousset, le président de la Région Nouvelle-Aquitaine, commentant le départ à Istres, "car la Région a accompagné et amorcé ce projet en Nouvelle-Aquitaine, en finançant leur étude à hauteur de 300 000 euros. Je leur souhaite un bon succès." Contactée, la technopole bordelaise Technowest s’abstient de tout commentaire.
Pourquoi pas Nîmes ?
L’Occitanie non plus ne s’est pas positionnée ; c’est pourtant à Nîmes que se trouve l’unique base aérienne des bombardiers d’eau en France. "Nous sommes toujours en relation avec Nîmes, nous avons proposé d’y colocaliser notre simulateur et l’escadron d’entraînement en vol. Rien n’est arrêté et dans tous les cas, ce sera dans un second temps", détaille David Pincet.
L'ancien militaire prend soin de ménager les susceptibilités et se garde bien d’alimenter toute polémique, préférant des arguments imparables : "En tant que start-up en croissance, nous n’avons d’autre choix que d’avancer."
Des économies de construction
Le site d’Istres offre en outre l’avantage d’être déjà doté d’un hangar. "Nous aurons à disposition à partir de 2028 un tiers d’un ancien hangar de Dassault, soit 7 000 m2, pour l’assemblage des prototypes en 2029. Cela divise par deux les coûts d’investissements immobiliers et nous permet de ne pas être dépendants de la livraison d’une construction." À l’inverse, le site pré-identifié à l’aéroport de Bordeaux s’avérait "présenter, après études, des contraintes qui auraient beaucoup alourdi le budget et le délai". Imaginant toujours rester en Nouvelle-Aquitaine, Hynaero s’était mis en quête d’un autre terrain dès décembre 2024. "Nous avions identifié un foncier à fort potentiel à Pau."
80 créations d’emplois
Mais c’est donc à Istres que l’usine se déploiera. "Nous ne savions pas qu’il y aurait une annonce, tout s’est précipité durant les premiers jours du Bourget. Nous avions un dossier en cours d’instruction auprès de la Région Sud, c’est tout." La start-up va-t-elle y déménager son siège ? "Oui, ce serait logique, répond le dirigeant, mais nous n’avons pas de calendrier."
La levée de fonds, qui doit être bouclée d’ici la fin de l’été (8 millions auprès de privés) doit financer notamment le bureau d’études, avec le recrutement envisagé de 40 personnes dans un premier temps, 80 à terme. Aujourd’hui, Hynaero est constitué des quatre cofondateurs et trois associés.