Un premier cas de virus Ebola en France, chez un médecin revenant de République démocratique du Congo (RDC), annoncé le 24 juin, remet sous les projecteurs la question de la préparation sanitaire face aux maladies infectieuses émergentes. Pour la biotech lyonnaise Fabentech, spécialisée dans les anticorps polyclonaux, cette actualité conforte un positionnement stratégique engagé depuis plusieurs années : développer un antidote capable de neutraliser plusieurs souches du virus Ebola.
L’enjeu est de taille. Depuis la déclaration, le 17 mai dernier, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), de l’urgence sanitaire internationale liée à l’épidémie Ebola Bundibugyo en RDC et en Ouganda, plus de 1 000 personnes ont été infectées et 267 décès recensés. Or, contrairement à la souche Zaïre, contre laquelle existent des vaccins et des traitements, aucun produit homologué n’est aujourd’hui disponible contre la souche Bundibugyo.
Anticiper grâce aux anticorps polyclonaux
C’est précisément sur cette faille thérapeutique que Fabentech (une quarantaine de salariés) entend se positionner. Dans le cadre du programme européen Horizon Europe Ebola Prep-T Box, la société a démontré que ses anticorps polyclonaux développés initialement contre Ebola Zaïre, conservent une activité neutralisante contre Bundibugyo (la souche qui a probablement contaminé le médecin revenant de RDC) et cinq autres variantes du virus.
" Les futures crises sanitaires ne pourront pas être gérées uniquement dans une logique de réaction ", estime la direction de l’entreprise dans un communiqué publié le 24 juin. Son approche repose sur une technologie d’anticorps polyclonaux à large spectre. Contrairement aux anticorps monoclonaux, conçus pour cibler un site précis du virus et dont l’efficacité peut être réduite par les mutations, les anticorps polyclonaux reconnaissent simultanément plusieurs "épitopes" (partie d’une molécule capable de stimuler la production d’un anticorps). Cette capacité leur permet de maintenir leur activité malgré l’évolution des souches.
15 millions d’euros pour développer son traitement
Pour Fabentech, plus connu pour ses travaux contre les risques intentionnels NRBC (nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques), l’objectif n’est pas de remplacer les vaccins mais de proposer un outil complémentaire, capable d’être déployé dès les premiers foyers épidémiques afin de ralentir la propagation du virus et de protéger les populations exposées. La biotech estime qu’un programme clinique contre Ebola pourrait atteindre les essais chez l’homme en moins de deux ans pour un investissement d’environ 15 millions d’euros. Le consortium de recherche serait "déjà en place", indique un communiqué sans préciser si les fonds associés étaient réunis.
Au-delà de l’enjeu sanitaire, l’entreprise dirigée par Sébastien Iva met en avant une question de souveraineté européenne. Soutenue par l’Institut Mérieux, Definvest et le programme européen HERA Invest, elle se présente comme la seule biotech européenne développant une immunothérapie Pan-Ebola à large spectre.
Cette stratégie s’appuie également sur une crédibilité industrielle renforcée. En janvier 2026, Fabentech a obtenu l’autorisation de mise sur le marché de Ricimed, un antidote contre les intoxications à la ricine développé avec le soutien de la Direction générale de l’armement. Plus de 20 millions d’euros de contrats pluriannuels ont été sécurisés avec plusieurs pays européens.