Portage salarial : Le secteur en pleine mutation

Portage salarial : Le secteur en pleine mutation

En dehors de tout cadre légal jusqu'à la dernière Loi de modernisation de l'économie, le portage salarial s'est imposé ces dernières années comme un excellent compromis pour les professionnels du conseil et autres consultants souhaitant travailler en indépendant tout en bénéficiant du statut de salarié. Un flou juridique qui a permis l'émergence de sociétés de portage aux pratiques parfois douteuses et qui jettent la suspicion sur l'ensemble de la profession. Comment dès lors s'y retrouver pour le candidat au portage salarial avide d'indépendance et quel nouveau visage va prendre le secteur? Éléments de réponse. Dossier réalisé par Simon Janvier

Considéré par de nombreux consultants et professions de conseil comme le parfait compromis entre le confort du salarié et la liberté d'exercer sa propre activité à son compte, le portage salarial s'est imposé en France depuis une vingtaine d'années. Grâce à ce système, un indépendant, souvent un consultant, peut négocier un contrat et une prestation avec un client final mais, plutôt que de lui vendre directement ses services, il passe par une société de portage salarial qui va transformer ses honoraires en salaires, lui permettant ainsi de conserver son statut de salarié et de se décharger des démarches administratives. Jusqu'à 2008 et la dernière Loi de modernisation de l'économie, le statut du portage salarial n'a jamais été clairement défini. Un flou juridique qui génère un secteur extrêmement hétérogène entre des professionnels du portage confirmés et d'autres, souvent des petites sociétés, aux pratiques parfois peu scrupuleuses.




Attente d'une clarification

Le législateur s'est emparé de la question, demandant aux partenaires sociaux de s'entendre sur un cadre légal du portage salarial afin de sécuriser ce marché. «On attendait depuis un certain temps déjà une réglementation de notre activité car on a vu une explosion du nombre d'entreprises de portage ces dernières années avec des pratiques parfois discutables et discréditant les autres acteurs sérieux», estime Jean-Charles Valet, président du Sneps (Syndicat national des entreprises de portage salarial) et de la société lyonnaise Calleo. Une analyse partagée par Hubert Camus, gérant d'ABC Portage, un des plus gros acteurs du secteur en France pour qui «il faut aujourd'hui sécuriser le salarié porté. Le portage salarial n'est pas mature aujourd'hui puisque sur 250 sociétés spécialisées, seule une dizaine dépasse les 10M€ de chiffre d'affaires. Même les entreprises qui ont recours aux salariés portés demandent désormais une clarification du secteur et recensent aujourd'hui les bons et les mauvais élèves». Pour les indépendants candidats au portage salarial, difficile donc aujourd'hui de s'y retrouver sur un marché très hétérogène. Surtout qu'en période de crise, les grands groupes, souvent les plus friands du portage salarial, ont eu tendance ces derniers mois à serrer drastiquement leurs budgets en prestation externe. Une situation que résume en ces termes Antoine Catta, dg de Links Conseil, spécialisée dans le portage salarial: «Les salariés portés travaillent peut-être autant qu'avant la crise mais pour nettement moins.» Dans ces conditions, comment s'y retrouver entre les bons et les mauvais professionnels du secteur alors que se dessine un nouveau visage de la profession? C'est la question que se posent de nombreux salariés portés.