Rejeté à deux reprises par la Commission départementale d'aménagement commercial, le projet de Pôle de la mode au Muy a finalement été validé au niveau national. Depuis, des Bouches-du-Rhône aux Alpes Maritimes, la mobilisation contre le projet est générale. En tête de cette opposition, la Communauté d'agglomération dracénoise (CAD), qui dénonce, par la voix de son président, Olivier Audibert-Troin, « un savant enfumage. Les promoteurs parlent d'un musée, d'une pépinière d'entreprises, de formations, voire même d'un futur pôle de compétitivité. Sur le papier, il ne s'agit que d'un village de marques : ce projet prévoit 21.690 m² de bâti et 21.690 m² de surface commerciale ! »
« Shopping touristique »
Au Muy, Madame le Maire, Liliane Boyer, rappelle que la vision du porteur de projet, Essor Promotion, est de créer un lieu de shopping touristique, notamment tourné vers les croisiéristes. Elle ajoute « qu'il ne s'agit en aucun cas d'un village de marques. Ce Pôle abritera 100 à 150 boutiques de luxe, qui vendront des produits aux prix réels du luxe. » Quant à la question d'un Pôle de compétitivité, Liliane Boyer affirme que cette volonté du porteur de projet a été abandonnée, face à l'hostilité rencontrée. « En revanche, l'idée de créer une cellule de jeunes créateurs de l'univers de la mode est maintenue. »
Le petit commerce cassé
Au-delà de la forme, les répercussions économiques du projet sont au coeur du débat. Ses défenseurs avancent la création de 1.000 emplois, un chiffre d'affaires annuel estimé à 98 M€, un investissement de 80 M€, qui « bénéficiera forcément aux entreprises locales », une nouvelle dynamique économique « tournée vers l'avenir », un projet respectueux de son environnement et intégré au paysage.À la CAD, on préfère parler de « casse du tissu commercial local. » Et, à la CCI du Var, on parle de projet démesuré pour la région, déstructurant pour l'économie et négatif pour les commerces. « Quand une grande surface crée un emploi, quatre emplois sont supprimés dans les commerces de proximité », rappelle d'ailleurs Michel Gilly, président de la commission commerce de la CCI du Var. « Plus grave encore », selon Olivier Audibert-Troin, « ce Pôle de la mode est totalement hors des clous du schéma d'aménagement commercial défini par l'agglomération et de ses besoins. Ainsi, ce pôle propose 21.690 m² de surfaces dédiées aux biens d'équipement des personnes, soit trois fois plus que nos besoins. »Convaincus que ce pôle a tout faux, CAD, associations de commerçants, communes et villes des alentours n'en démordent pas. Pour eux, la CNAC a rendu une décision détachée de la réalité du terrain. Ils entendent le faire savoir. La CAD, ainsi que la communauté d'agglomération Var-Estérel Méditerranée annonçaient dès la fin juillet avoir déposé un recours devant le Conseil d'État.
Aménagement commercial Le Pôle de la mode au Muy fait l'unanimité contre lui. Cet été, l'opposition s'est organisée. Son avenir se joue désormais au Conseil d'État.