Jean-Louis Robillard, vice-président du conseil régional chargé de l'alimentation, de la régionalisation de l'agriculture et de la ruralité a sifflé la «fin de la récré» dans le conflit larvé qui oppose, depuis octobre 2009, Cambrai à Arras pour la gouvernance du pôle d'excellence agroalimentaire régional. A l'occasion des deuxièmes assises de ce pôle nouvellement dénommé Agroé, le mois dernier à l'Abbaye de Vaucelles, en présence de plus de 200 personnes, il a vivement incité les deux territoires «à trouver le bon format de gouvernance pour que chacun des acteurs ait sa place dans le processus décisionnel». Le conseil régional ne veut plus voir un pôle tiraillé entre deux territoires, sous l'oeil métropolitain parfois amusé mais inquiet du PIA d'Entreprises & Cités qui représente surtout le patronat agroalimentaire de la métropole lilloise. Si la Région met sur la table plus de 550.000euros par an, ce n'est pas pour assister à de telles querelles stériles qui empêchent Agroé de travailler depuis son lancement en terres arrageoises. Jean Louis Robillard l'a annoncé: «Le pôle a des pistes d'action pour le futur et va s'attacher prochainement les services d'un développeur.»
Terrain d'entente
De toute évidence, François-Xavier Villain, député-maire de Cambrai et président de la communauté d'agglo, et Philippe Rapeneau, tout jeune président de la communauté urbaine d'Arras, ont bien reçu le message. Ils viennent de trouver un terrain d'entente, histoire que le pôle d'excellence agroalimentaire (l'un des treize régionaux) prenne durablement ses marques et construise solidement sa stratégie. Agroé, qui devrait d'ailleurs retrouver prochainement ses bureaux à Arras, doit parfaire sa gouvernance. Philippe Rapeneau verrait bien un chef d'entreprise présider le pôle. Tout le monde semble d'accord: «Il faut accroître la représentativité des entreprises agroalimentaires à la future gouvernance.» Michel Liénard, président d'Agroé se prononce publiquement pour que «chaque CCI désigne au moins deux chefs d'entreprise dans le futur conseil d'administration.» L'entente Cambrai-Arras est vitale pour le territoire quand on sait que l'agroalimentaire pèse 85.000emplois et 11,5milliards de chiffre d'affaires (agriculture, agroalimentaire et tertiaire cumulés). Les industries agroalimentaires seules totalisent 9,1milliards et 36.000 emplois.
Arras, centre de ressources Dans l'Arrageois, cela passe par le développement du centre de ressources technologiques pour les IAA (Adrianor), à Saint-Laurent-Blangy depuis plus de 20 ans et dont les travaux d'extension (1.800m²) doivent bientôt débuter. L'ouverture des plis est prévu mi-février (3,2M€ d'investissements).
Cambrai, pôle de formation Cambrai a le pôle formation avec la création d'une halle pilote implantée sur le pôle gare de Cambrai et portée par Batixia. Les études préalables conduites par Ernst & Young de cette halle, mettant en synergie des services comme des agences d'intérim, l'Afpa, Pôle Emploi et des entreprises spécialisées (sociétés d'ingénierie, maintenance, qualité), sont désormais achevées. Selon Fabrice Hochedé, délégué général du pôle, pour qui il existe un besoin criant de formation dans un secteur «à l'attractivité limitée pour les jeunes», cette future halle proposera des formations aux process et machines. Pour Gérard Sonnet du PIA, «il faut d'abord faire un véritable travail sur la transversalité des compétences dans ce secteur où on a surtout besoin de formations aux nouvelles technologies». Ces assises ont aussi été l'occasion de créer «un labo fédératif en réseau» avec l'appui du pôle NSL et sur la base des équipes de recherche travaillant en région. C'est Pascal Dulster, directeur du laboratoire Probiogem, qui est chargé de constituer ce nouveau cluster permettant de rassembler les forces vives du secteur, sur le thème de l'écoformulation et de l'écoconception. Un marché en devenir. Selon Cathy Bucquet, déléguée régionale à la recherche et à la technologie, cette équipe réunie pour la première fois le 26janvier, «a deux ans pour faire la jonction entre l'académique et le technologique». Rendez-vous est pris en 2015 avec une possible reconnaissance par le ministère.
Depuis deux ans, le pôle peine à trouver ses marques dans un secteur pourtant stratégique. Les dernières assises d'Agroé marquent sûrement son véritable départ.