S'il ne pèse que 0,8% des investissements français à l'étranger, le Brésil se fait peu à peu une place au soleil dans le coeur des entreprises bretonnes. D'Aucy, Evialis, SPF, Roullier, Legris, SDMO, Olmix sont quelques-unes de celles déjà implantées là-bas. Avec une population jeune de 191millions, une grosse classe moyenne dont les revenus augmentent et des matières premières à profusion, il y a des places à prendre. «Notamment dans la filière lait, l'épicerie fine et produits gourmets, la génétique et santé animale et la boulangerie-pâtisserie», indique-t-on chez Ubifrance.
«Stratégique d'y aller maintenant»
Il y a un an, la société E-Cat de Landivisiau, qui réalise 85% de son chiffre à l'export, a donné naissance à filiale E-Cat do Brasil tandis qu'une deuxième filiale, Ecat In Ovo Brasil est en cours de création à côté de Porto Alegre. Elle se chargera de vendre ses machines à vacciner dans l'oeuf. L'une d'elle a déjà été vendue au groupe Sadia. Le plus gros couvoir brésilien. Le Brésil, le pays où la production de volaille est la plus importante au monde et où l'automatisation reste faible. «Il est donc stratégique d'y aller maintenant, avant les autres», explique Christine Jules, cadre commercial de cette entreprise de 49 salariés. Être pionnier nécessite cependant de passer du temps à prêcher ?la bonne parole?. «Il s'agit de créer le besoin. Il faut donc savoir expliquer quels sont les avantages d'automatiser», poursuit-elle. D'ailleurs, la première année, les entreprises qui s'y installent sont souvent déficitaires. S'implanter au Brésil n'est pas une sinécure. Il est fortement déconseillé d'y aller pour faire «un coup».
Un marché pour le très haut de gamme
«Nous espérons des retombées dans un à trois ans. C'est cher de s'implanter car c'est compliqué.» Avec des taxes jusqu'à 100% du coût du produit, récupérables à 40%, les exportations sont peu favorisées. Il est recommandé de créer une société sur place. «Les lois sont pointilleuses, on a l'impression d'être allé au bout et il reste toujours quelque chose à changer», témoigne Christine Jules. Par ailleurs, le manque d'infrastructures reste criant. Même si les organisations des JO d'été de 2016 à Rio et de la Coupe du Monde de Football deux ans plus tard devraient tirer vers le haut les équipements du pays. Une fois ces barrières franchies, le Brésil offre de nombreuses opportunités, à condition de bien cibler son marché. Marc Hémon, P-dg d'Yslab de Quimper, analyse actuellement les opportunités d'implantation. Jusqu'à présent, les difficultés administratives étaient rédhibitoires, notamment dans le domaine pharmaceutique où les prix étaient systématiquement négociés par l'État. Mais la situation évolue. «Le Brésil est un pays polyvalent, d'immigration, d'extrême variété. Les Brésiliens sont ouverts et même passionnés de cette diversité.» Si les favelas sont encore peuplées malgré les efforts, le pouvoir d'achat est réel pour une partie de la population. Certains produits cosmétiques se vendent ainsi entre 50 et 100euros. «Le Brésil est un marché pour le très bas de gamme ou le très haut de gamme. Le banal et l'intermédiaire n'y ont pas leur place», analyse Marc Hémon.
Larnicol à Copacabana
Conséquence, de plus en plus d'entreprises s'y intéressent. «Nous avons beaucoup de demandes actuellement dans l'immobilier, l'industrie, l'agroalimentaire. Nos sociétés brésiliennes enregistrent au moins un nouveau contact toutes les semaines. À Rio, nous avons déjà cinq ou six clients surtout dans le tourisme. Parmi eux, trois hôteliers dont un Brestois», note Vincent Gorioux. L'expert-comptable quimpérois s'est implanté à São Paulo via une filiale en 2002 et à Rio de Janeiro cette année. Sur les 450 entreprises françaises installées là-bas, le professionnel, qui s'était intéressé à la destination dès 1997 lors de l'implantation du groupe Doux, affiche 20% de parts de marché. Et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. «Nous avons un projet à Curitiba et recherchons un cabinet brésilien à racheter pour aller sur le marché intérieur qui est en train d'exploser. On espère concrétiser en 2011.» Parmi ses clients, Georges Larnicol, pâtissier chocolatier qui s'apprête à ouvrir une première boutique à Copacabana début 2011. Son objectif est de s'appuyer sur un Finistérien installé au Brésil depuis dix-sept ans pour ouvrir un réseau de magasins. Dans un second temps, il va investir 10 à 15millions d'euros, pour une unité de production de masse de cacao. «Tout le monde se tourne vers l'Asie. Pourquoi aller vers des endroits où il y a beaucoup de concurrence?», interroge le Meilleur Ouvrier de France.
Opportunités Le Brésil : nouvel eldorado ? De plus en plus d'entreprises finistériennes tournent les yeux vers le pays présidé depuis décembre par Dilma Roussef, favorable à la croissance et la diminution de la pauvreté. Un pays pas simple mais plein de promesses.