Pierre-Olivier Brial, vice-président du Meti : "Le retour des idées anti-économiques est inquiétant"
Interview # Politique économique

Pierre-Olivier Brial vice-président du Meti "Le retour des idées anti-économiques est inquiétant"

Près de 300 dirigeants d’ETI viennent d’interpeller les députés dans une lettre ouverte. Ils demandent aux parlementaires d’encourager l’activité économique. Explications de Pierre-Olivier Brial, directeur général de Manutan (2 500 salariés) et vice-président du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti), l’organisation patronale à l’origine de cette initiative.

Pierre-Olivier Brial, directeur général de Manutan et vice-président du Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti) — Photo : DR

Qu’est ce qui amène les patrons d’ETI à interpeller les députés dans une lettre ouverte ?

Au-delà de notre inquiétude pour nos entreprises, notre volonté d’interpeller les députés émane d’un certain agacement des chefs d’entreprise envers la classe politique. Nous avons le sentiment d’une déconnexion de nos hommes et femmes politiques, qui sont dans des logiques de calcul politique et d’entre-soi. Nous avons le sentiment que l’intérêt collectif ne prime pas.

Outre une incapacité à se mettre d’accord, nous sommes aussi inquiets de constater le retour des idées anti-économiques, alors que la politique de l’offre mise en place ces dernières années a permis de recréer de l’activité et des emplois.

Les dirigeants d’ETI craignent "le retour des pires choix économiques du passé". Lesquels redoutez-vous le plus ?

Le pire choix économique consiste aujourd’hui à penser qu’une imposition supplémentaire sur ce qui crée de l’activité ou de la richesse est la solution. À chaque fois qu’on franchit un seuil au niveau des impôts sur les entreprises, ces dernières perdent en compétitivité. Certains politiques ont tendance à considérer la France comme un îlot déconnecté du reste du monde. Or, les entreprises évoluent dans un environnement ultra-mondialisé. Elles ont besoin d’être compétitives pour rivaliser avec leurs concurrents.

"Il y a un déni de réalité aujourd’hui de la part de nos hommes politiques"

J’entends aussi des politiques dire : "cette mesure ne concerne que les grandes entreprises". C’est une hérésie de croire que l’économie fonctionne en silos. Les TPE et les PME existent aussi parce qu’il y a des ETI et des grands groupes !

La question, c’est : qu’est-ce qui marche et qu’est-ce qui ne marche pas ? On a connu 30 ans de très fort chômage en France et, malgré cela, on repart aujourd’hui dans cette idée de taxer ceux qui créent de la richesse, sans se soucier de la compétitivité du pays. En fait, il y a un déni de réalité aujourd’hui de la part de nos hommes politiques et c’est ce déni de réalité qui explique notre lettre ouverte.

Ces inquiétudes s’ajoutent à une situation économique déjà difficile…

Aujourd’hui, les entreprises doivent évoluer dans une complexité inédite. On a connu des périodes avec des incertitudes liées à un conflit ou à un contexte économique. Aujourd’hui, rien n’est stable : le contexte politique, l’économie, les droits de douane, les tensions commerciales, etc. Sans compter que les entreprises doivent aussi composer avec la transition écologique et la montée de l’IA. Dans cet environnement très instable, on rajoute encore en France de la complexité par notre incapacité à se mettre d’accord au niveau politique.

Dans quelle mesure l’instabilité politique pénalise les entreprises ?

À court terme, la crise politique impacte les entreprises qui dépendent de la commande publique. Elle a aussi un impact sur la consommation des ménages, ce qui touche par ricochet des secteurs économiques comme la restauration.

"La France était jusqu’alors réputée pour sa stabilité politique, qui venait contrebalancer nos problèmes de compétitivité. En sapant la confiance, l’instabilité s’avère délétère pour l’investissement."

La crise politique n’engendre pas un effondrement économique : les capitaux étrangers ne vont pas subitement fuir le pays et les usines se fermer parce qu’un budget n’a pas été voté.

Par contre, la crise politique a un impact à moyen terme. La France était jusqu’alors réputée pour sa stabilité politique, qui venait contrebalancer nos problèmes de compétitivité. C’est un élément qui entre en compte dans une décision d’investissement. En sapant la confiance, l’instabilité s’avère délétère pour l’investissement, et donc pour les emplois de demain.

Les signataires de la lettre demandent une baisse de la bureaucratie et de la fiscalité – pour aligner les charges des entreprises françaises sur la moyenne européenne…

Ce sont les conditions de compétitivité. Évidemment qu’on comprend les enjeux de redistribution et de solidarité. Le débat est dans les équilibres. Or, on sait qu’en termes d’imposition, il y a des points de déséquilibres qui sont mortifères. Certains de ces points de déséquilibre ont commencé à être corrigés. Mais on voit revenir des logiques qui pourraient tout déséquilibrer.

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