Le P-DG de Radiall (composants électroniques pour l'aéronautique), qui se souvient de ses études d'ingénieur à Brest et qui a des attaches en Côtes d'Armor, entendait corriger cette impasse, histoire de rappeler que la péninsule n'en est plus une : « Les patrons bretons ont été au cœur du combat contre l'Ecotaxe, cette bonne idée de ponctionner l'économie par l'impôt qui aurait eu le rendement le plus faible de l'histoire : il n'aurait rapporté que 0,8 milliard pour un prélèvement de 1,5 quand la plupart des taxes ne coûtent que 3% en recouvrement ! Heureusement, vous avez été là, défendant le fait que l'économie bretonne est éloignée des grands centres. J'invite les patrons bretons à faire preuve du même panache contre la pénibilité. »
Pierre Gattaz n'a pas mâché ses mots et lancé une nouvelle charge contre le gouvernement français : « En 2001, après la crise des télécoms, j'étais en lambeaux. Au plus mal, j'ai juré de ne plus embaucher un seul salarié en France ! Puis, je me suis ressaisi : je ne peux pas raisonner comme ça pour mes enfants. Mais force est de reconnaître que la plupart de nos dirigeants n'ont jamais vécu un licenciement, ne savent pas remplir un compte d'exploitation. » Et d'exclure, à gauche, quelques « exceptions » à ses yeux : Jean-Yves Le Drian, Emmanuel Macron, Manuel Valls ou Laurent Fabius...
3 000 ponts, 0 Français
« Et lorsque je me rends en Chine ou en Afrique, on me loue la France avant de dire : mais pourquoi on ne vous voit plus ? Savez-vous qu'il y a 3 000 ponts à construire en Afrique et que les dirigeants africains s'étonnent de ne pas voir un seul consortium français s'intéresser à ces marchés ? »
La venue du patron du Medef à Vannes visait également à mobiliser les troupes : « Nous avons sept mois pour faire des propositions, pour que les candidats comprennent la réalité de ce que nous vivons. Il faut une vision pour le pays. Les Allemands ont compris qu'on ne pouvait éluder la mondialisation et ont misé sur le premium. Il faut allier innovation et excellence opérationnelle en France, nous savons faire. »
Pierre Gattaz a décliné plusieurs actions concrètes pour les entrepreneurs bretons : parier sur l'avenir, soigner les marges pour développer l'export, investir les secteurs d'avenir comme la santé, la sécurité, l'e-administration, les biotechs, le numérique, l'IAA. Le choix des deux sites visités s'est d'ailleurs porté sur deux fleurons de l'agroalimentaire breton : Neovia et Diana Pet Food. Les deux misent sur la montée en gamme de l'IAA jadis moribonde et œuvrent pour une remontée de la chaîne de valeurs.
« Des bacs pour les cueilleurs de fleurs »
Ultime charge et non des moindres, Pierre Gattaz a rappelé l'importance stratégique de Notre-Dame-des-Landes, se faisant écho de l'inquiétude des chefs d'entreprise morbihannais : « L'Ouest a besoin d'un vrai aéroport international pour les cadres et les dirigeants. Je dis aux opposants : chacun son monde et qu'il faudrait aménager des bacs pour les cueilleurs de fleurs... »