Que reste-t-il de la loi travail ?
Ce qui reste de cette loi complétement pasteurisée, c'est l'article 2. Si on revient dessus, elle n'aura plus aucun intérêt. Elle n'imposera que des contraintes supplémentaires. Si tel était le cas, le Medef prendrait alors des positions extrêmement dures. Ca c'est clair !
Comment vivez-vous les violences de ce mouvement social, notamment la dégradation des locaux du Medef à Paris ?
Je condamne toute violence, toute intimidation. L'omerta est énorme et la loi du silence incroyable dans ce pays. Dénonçons ces violences ! Elles sont condamnables par le Code pénal. On ne peut pas laisser des individus, surtout quand ils ne sont pas très nombreux, envahir des locaux et casser. L'Etat doit faire respecter l'Etat de droit. C'est très important pour la démocratie française et pour les futures élections. Si vous n'êtes pas d'accord avec votre voisin, vous lui cassez la figure ? C'est ça la France de demain ? C'est un scandale !
Le dialogue social est-il encore possible ?
Un rapport de force continuel caractérise le dialogue social en France. Or, le dialogue social est un exercice qui nécessite de la confiance, de la négociation, dans le débat et le dialogue. C'est ce que nous essayons d'appliquer dans toutes nos entreprises, avec nos salariés. Comme dans un couple, comme avec des clients, le rapport de force permanent est mauvais. Or certains syndicats cultivent la lutte des classes : ça ne peut pas marcher.
Après cette crise, il faudra se demander ce qu'il faut faire. Peut-on continuer à traiter avec des gens, soi-disant des partenaires sociaux, qui détestent l'entreprise, l'économie de marché, et pour qui le syndicalisme et le dialogue social sont un rapport de force continuel ? Cela fait fuir les entrepreneurs et décourage les chefs d'entreprises, surtout dans l'industrie. J'ai cinq usines en France et j'ai passé des moments compliqués ces dernières décennies, à cause de quelques individus opposés à la marche de l'entreprise. Quand vous avez connu ça, vous vous dites: « je n'embauche plus en France. Pire, je ferme mes usines.» Voilà, c'est ce qu'on vit depuis trente ans.
Ni le Gouvernement, ni la rue ne veulent rien lâcher au sujet de la loi travail. Que faut-il faire ?
Il faut savoir arrêter une grève. Des cheminots, des éboueurs, des personnels de la fonction publique, des dockers dans les ports, n'ont rien à voir avec la loi El Khomri. C'est purement politique. Ces gens ont une culture du blocage. Dans les autres pays du monde, dans les autres démocraties, ce ne serait pas toléré. A un moment, il faut faire respecter l'article 431-1, c'est tout. Ce n'est pas possible de laisser ainsi une chienlit des blocages et de l'intimidation. Je suis effrayé par la loi du silence en France !
Que pensez-vous de l'initiative locale du Medef Normandie et de la FNTR Normandie qui ont écrit au Premier ministre pour débloquer la situation ?
Je les soutiens fondamentalement car ce qui se passe est hors-la-loi. Si on laisse faire, nous aurons madame Le Pen comme présidente ! Dans nos entreprises, quand vous ne respectez pas le nombre de placards ou la taille des wc, le délégué syndical arrive avec l'inspecteur du travail pour faire respecter la loi. Le même qui vous à fait ça, il est en train de bloquer le port ! Il faut faire respecter l'Etat de droit, la justice. Y en a marre !
Comment redémarrer après cette crise ?
La France est une Formule 1 qui a les deux pieds sur le frein. On a des filières d'excellences, des écoles d'ingénieurs, des salariés dévoués aux entreprises, dans la très grande majorité des cas. Libérons ces freins, ces blocages, faisons respecter la loi et faisons confiance aux entreprises, aux entrepreneurs. On essaie de nous caricaturer en patrons salopards qui veulent exploiter les salariés. Ce n'est pas vrai ! On ne pourrait pas fonctionner avec des gens malheureux dans les entreprises. Dans ma société Radial, je suis passé de quatre à cinq usines en France dans des marchés sur les composants électroniques. Cela a été possible grâce à un travail sur l'innovation, l'excellence opérationnelle, le management, la motivation et la formation. C'est comme ça que fonctionnent les entreprises ! Et pas comme le dit la CGT. Si on l'écoute, ce sera le chaos total.
Nous devons repartir par le haut, réexpliquer à tous les Français, tous nos jeunes, le monde et la France de demain, une France avec des entreprises fortes, compétitives, faites de communautés humaines. Mon objectif, c'est la croissance et le plein emploi en France. Mon obsession est de baisser le chômage, le pire des fléaux. Et ce n'est pas en bloquant des ports qu'on va réussir. En bloquant des ports, on va créer beaucoup de chômage.
Les TPE et PME perdent déjà des emplois...
Mais bien sûr ! Ces gens-là savent parfaitement qu'ils menacent tout ! Ils s'en foutent ! C'est leur truc. Ils mettent à bas des TPE et PME. Des chefs d'entreprises me disent avoir des problèmes de flux. Leurs entreprises exportent et leurs clients, très exigeants, Allemands, Anglais ou Américains, ne sont plus satisfaits. Cela asphyxie une région, une économie. Et à la fin, les entreprises vont mal. Ces gens-là fabriquent du chômage !
Il y a aussi une question d'image pour la France, face aux autres pays, avec le début de l'Euro. N'est-ce pas un problème ?
On nous regarde déjà. J'étais en Afrique récemment. Les gens me disaient: « mais que se passe t-il en France ? » Idem pour les Chinois, et aussi les Américains que j'essaie de motiver à réinvestir chez nous. L'image est catastrophique. Certains étrangers ne viennent pas en France de peur de ne pouvoir rentrer chez eux. Et puis, avec le bordel que c'est, leurs investissements, ils ne les feront pas en France ! C'est ce qu'on entend et c'est ce qu'il faut dire aux bloqueurs du pays : Ils sont des destructeurs !
On voit de grands sièges sociaux quitter le pays. Qu'en pensez-vous ?
Mais bien sûr ! Regardez le CAC 40 ! En un an, quatre entreprises ont été vendues : Alcatel, Lafarge, Alstom, Technip. Les sièges sociaux qui partent, ce sont des décisions qui partent, des équipes qui à terme partent, et des décisions d'investissement qui partent. Donc, soit on continue et on ne dit rien, c'est : "courage fuyons". Et ça fait trente ans que ça dure. Soit on commence à dire « les gars, vous touchez à nos enfants, à leur boulot et ce n'est pas tolérable ».