> Un gigawatt de projets solaires en France en 2013 contre 500 mégawatts auparavant ;
> Une réorientation de la politique de soutien de la filière photovoltaïque via des appels d'offres pour les installations sur bâtiments de plus de 100 kWc et les centrales au sol ;
> Enfin, des tarifs d'achats, ajustés chaque trimestre, pour les installations sur bâtiments de moins de 100 KWc.
Voici, dans les grandes lignes, les mesures d'urgence prises par le ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie, pour relancer la filière photovoltaïque.
Après une succession de faillites et de rachats en 2011 et 2012, suite au moratoire sur le photovoltaïque qui a mis fin à un modèle de développement assis sur des subventions, ces nouvelles mesures suffiront-elles à relancer la filière ?
Trop tard ?
« Les dispositions annoncées sont favorables, elles constituent un soutien positif à l'activité en France. Toutefois, le soutien est plus marqué sur les particuliers et les installations moyennes. Il faudrait un volet sur les grandes installations chez les grands énergéticiens français pour que le tableau soit complet », commente Marc Baeumlin, directeur technique de l'usine Bosch, à Vénissieux. L'usine s'est reconvertie l'an dernier, passant de la fabrication de pompes à injection diesel à l'assemblage de modules photovoltaïques. Une activité qui emploie 200 salariés. Pour cela, l'entreprise a bénéficié de 25 M€. Toutefois, la rentabilité du site n'est pas assurée. Sa maison mère allemande est en réflexion sur la poursuite de l'activité. Celle-ci a repris le 7 janvier après un mois d'interruption en chômage partiel, le volume de stocks étant trop important face à la demande.
Pour Guillaume Boutte, dirigeant d'IRFTS, concepteur et fabricant iséro-rhodanien d'Easy Roof, un système d'intégration pour modules photovoltaïques, le soutien étatique n'a pas lieu d'être. « Le marché est là quoi qu'il advienne. En effet, la baisse des prix entraînera la parité réseau, parité qui sera là bien plus tôt que prévu. A partir de cette parité, il faudra être en mesure de présenter un bon produit qui s'inscrit dans la législation... Je suis partisan d'une industrie autonome. Le mécanisme d'incentives est allé à l'opposé du but recherché puisqu'il a favorisé l'importation au lieu de développer une industrie en France. Ces mesures arrivent de toute façon trop tard car les capacités asiatiques installées sont colossales ». IRFTS fabrique en France car il s'agit d'un produit simple. La jeune entreprise de 15 personnes a installé 27 mégawatts en 2012 et vise une croissance de 20 % cette année grâce à la RT 2012, qui lui ouvre le marché de la construction neuve.
« Les décisions gouvernementales ne sont pas suffisantes mais vont dans le bon sens », estime quant à lui Alain Cottalorda, maire de Bourgoin-Jallieu. C'est sur sa commune qu'est implantée la société Photowatt, mise sous les projecteurs l'an dernier quand elle a été rachetée par EDF après une intervention du président Nicolas Sarkozy. Si aujourd'hui EDF ne souhaite pas parler de Photowatt, ses projets de développement semblent se poursuivre. Une extension de l'usine est toujours à l'étude, pour accueillir notamment une nouvelle ligne de production rachetée 3 M€ en Allemagne et qui devrait être rapatriée prochainement.
Concurrence chinoise
Jean-Pierre Joly, directeur de l'Ines, centre de référence du solaire en France, soutenu notamment par le CEA et le CNRS, considère pour sa part qu'« il n'est pas encore trop tard. Le marché mondial global est devant nous. Nous sommes dans un creux, mais ça repartira, sur un marché plus ouvert. La tendance actuelle dans tous les pays est de soutenir le photovoltaïque de fabrication locale ». Selon lui, les fabricants chinois bénéficient certes d'un coût de main-d'oeuvre plus avantageux, mais surtout de « soutiens financiers puissants ». Pour lui, il faut donc sur ce marché « un raisonnement structurel et non pas conjoncturel. Quand on regarde les fondamentaux, ça a un sens de fabriquer en Europe pour le marché européen, aux vues des prix des transports et de la logistique. Il n'y a rien de définitif à ce que le photovoltaïque soit fabriqué en Chine. » Il reconnaît toutefois que les mesures gouvernementales ne sont « que des mesures d'urgence. Mais il faut encore réfléchir à la place du solaire en France ». Ce qui devrait être fait lors du débat sur la transition énergétique qui aura lieu à l'été 2013.
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