Philippe Parain: «On se prend des tsunamis en permanence»
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Philippe Parain: «On se prend des tsunamis en permanence»


À votre arrivée à la tête de Thalès Angénieux, vous avez fait du marché civil (cinéma et télévision) l'un des axes majeurs du redéploiement stratégique de l'entreprise. Cet Oscar doit vous conforter dans votre choix? Nous avons effectivement beaucoup investi pour développer des zooms de grandes ampleurs particulièrement performants pour le cinéma. Cet Oscar démontre que nous avons su perpétuer l'esprit d'innovation et d'excellence du fondateur de l'entreprise Pierre Angénieux. Depuis 2006, la part du cinéma dans notre chiffre d'affaires est restée stable, mais les volumes ont augmenté de manière significative. Ce qu'il faut savoir, c'est que par le passé, quasiment 100% des optiques utilisées dans le cinéma étaient des optiques à focales fixes. Au fil du temps, nous parvenons à grignoter des parts de marché. Après quelle est la limite, on ne sait pas exactement. On prend encore des parts de marché, mais le marché se rétracte.
Il y a encore des belles perspectives de développement notamment avec l'émergence du cinéma indien?

C'est vrai. D'autant plus que l'Inde est un des pays les moins touchés par la crise. Il y a aussi la Russie qui commence à faire du cinéma et qui dans les années à venir peut représenter un marché important. Et puis, l'Oscar devrait nous apporter de la croissance. Il n'y a pas plus expert qu'Hollywood pour juger de la qualité d'un produit.
Et le marché de la télévision?
L'audiovisuelle est un marché colossal estimé à 200M€. Le problème, c'est que l'on est sur un marché dont les règles sont inégales. Nous ne sommes que 3 acteurs à faire des optiques pour la télévision: Canon, Fujinon et nous. Le ministère de l'industrie japonais soutient massivement les études et développements de ces deux géants. En France, nous n'avons le droit à aucun financement d'Oséo ou des pôles de compétitivité parce que l'on fait partie d'un grand groupe. Mais nous ne sommes pas chez Thalès pour le cinéma et la télévision! Résultat, on se prend des tsunamis en permanence. L'innovation fait que l'on existe encore un peu. Mais cela devient de plus en plus difficile. Ils sont aidés et en plus ils protègent leur marché. Il n'est pas imaginable un seul instant qu'une chaîne de télévision japonaise achète une optique française. Le contraire en revanche ne pose aucun problème!

Dans un tel contexte, comment développer votre chiffre d'affaires dans l'audiovisuel?
En sortant toujours plus d'innovations. Chaque année, on investit 10% de notre chiffre d'affaires dans la R & D.Cette année, on vient de décliner deux produits (le 30-80 et le 16-42) pour le marché des freelances. On va également lancer en 2009 un nouveau produit le 19 x 7-3 pour le reportage. On espère signer un gros contrat avec une chaîne française publique où privée.

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