Le nom a été choisi en référence à "L’estaca", l’hymne catalan. On ne saurait mieux exprimer le souhait d’indépendance technologique exprimé par les sociétés perpignanaises Adamentis (data center écoresponsable), Mind & Go (solutions open source) et CBAO (logiciels pour laboratoires de génie civil) en créant Lestac AI. Face à l’explosion mondiale des intelligences artificielles (IA) génératives venues des États-Unis et d’Asie, elles ambitionnent à travers ce projet initié en 2024 de doter l’écosystème catalan d’une infrastructure d’IA locale, éthique et écologique.
Une démarche collective
La première brique du projet est le data center ouvert par Adamentis au Boulou (Pyrénées-Orientales) en 2017, et toujours considéré pour un des plus écologiques au monde. Le site pourra recevoir les serveurs spécialisés que compte installer Lestac AI, tout en exploitant le savoir-faire d’Adamentis en matière de sécurisation et de gestion responsable et durable des données. "Pour créer une IA, il ne faut pas se contenter de rajouter des serveurs les uns après les autres. Il faut maîtriser le hardware, l’hébergement de type cloud, la gestion des données, ou encore la consommation énergétique. Puis il faut donner de la valeur à tout ça, en déterminant quelles données on peut travailler au bénéfice de l’écosystème. Ce projet va donc bien plus loin qu’une simple IA générative : c’est un système que nous devons travailler et déployer ensemble", resitue Vincent Podlunsek, fondateur d’Adamentis.
Un facteur d’efficacité économique
L’infrastructure de Lestac AI nécessitera, en amont, de faire l’acquisition de nombreuses cartes de calcul massif (GPU) : l’investissement de départ se situerait entre 300 000 et 500 000 euros. Le projet a donc été lancé sous forme d’une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) dotée d’un capital afin de partager le coût de cet investissement. Il reste maintenant à convaincre les PME catalanes d’adhérer à la démarche. Lors d’un premier atelier récemment organisé en lien avec la CCI des Pyrénées-Orientales, Laurent Tidona, directeur général de CBAO, a insisté sur l’impact positif que Lestac AI pourrait avoir sur leur attractivité : "Il ne faut pas rester contemplatif sur le sujet de l’IA sous peine d’être ringardisé et de perdre des clients. Dans mon cas, elle nous a permis d’installer une chaîne totale de codage en 18 mois : avec un simple cahier des charges, elle peut générer un vrai logiciel. Dans un écosystème comme le nôtre formé d’une majorité de TPE, l’IA peut donc nous donner la capacité à faire d’entreprises de 20 ou 30 salariés", illustre-t-il.
Une démarche souveraine assumée
Pour rassurer les organisations et entrepreneurs hésitants, les fondateurs de Lestac AI indiquent que la gouvernance du projet fonctionnera sur le principe d’un adhérent = une voix. La SCIC se dotera ensuite d’un comité scientifique : il devra valider les modèles d’IA génératives adaptés aux usages que les adhérents privilégieront. "Il permettra aux entreprises de démultiplier leur force de frappe, ou encore aux écoles de savoir quelles IA insérer dans leurs offres de formation", estime Florent Thomas, fondateur de Mind & Go. Dans un troisième temps, Lestac AI pourrait se traduire par une labellisation de projets, afin de garantir la sécurité et le contrôle des données. La mise en route effective de la SCIC est prévue pour septembre 2025, dans la phase de constitution du capital notamment.