Dans la métropole de Grenoble, un projet immobilier d’envergure verra le jour d’ici fin 2028/début 2029 : le BHT Fab, pour "Bâtiment de Haute Technologie – Fabrication". Situé sur le parc d’activités des Portes de la Chartreuse, à cheval entre les communes de Saint-Égrève et Fontanil-Cornillon, ce bâtiment de 15 000 m² accueillera des start-up deeptech en phase de pré-industrialisation, en leur proposant salles blanches, bureaux, laboratoires et services mutualisés.
Ce projet, porté par la SAS BHT Fab, filiale de la SEM Minatec (environ 70 salariés), représente un investissement de 40 à 50 millions d’euros pour sa première phase, financée à hauteur de 15 millions d’euros de fonds propres (actionnaires : 5 M€ pour la SEM Minatec, 4,4 M€ pour la Caisse des Dépôts et des Consignations, 2,5 M€ pour la Caisse d’Épargne Rhône-Alpes, 2,5 M€ pour le Crédit Agricole Sud Rhône-Alpes et 0,5 M€ pour le Groupe Idec). Une seconde phase, plus tardive et d’un coût de 35 à 45 millions d’euros, pourrait porter l’ensemble à 25 000 m². "Des discussions sont en cours avec les organismes de l’État (BPI et France 2030) et les collectivités territoriales (la Région Aura), dont nous espérons avoir un soutien complémentaire", annonce Pierre-Édouard Cardinal, directeur général de Minatec et président de la filiale BHT Fab.
Réduire le « time-to-market » pour les technologies de rupture
Dans la lignée des BHT 1, 2 et 3 (bientôt BHT 4 : livraison courant 2027) déjà implantés sur la Presqu’île scientifique de Grenoble, le BHT Fab vise à combler un maillon manquant : le passage de la R & D à la production industrielle. Une phase souvent qualifiée de « vallée de la mort » pour les jeunes pousses technologiques, en raison des coûts élevés et des lourdeurs réglementaires.
"Le BHT Fab permettra de réduire drastiquement le délai de mise sur le marché de ces technologies : de 24 à 36 mois en temps normal à quelques mois, voire quelques semaines. Les start-up y installeront leurs lignes pilotes et commenceront leur production", détaille Pierre-Édouard Cardinal.
Le plus haut bâtiment de la Métropole de Grenoble
Le bâtiment s’adressera à des start-up issues de domaines comme le quantique, la microélectronique, l’énergie bas carbone, la santé du futur ou encore l’intelligence artificielle. L’objectif est d’y accueillir entre 3 et 5 sociétés pour la première phase puis le même nombre avec la potentielle seconde phase. Le nombre d’emplois directs créés serait d’environ 300 à 350 emplois directs à terme (200 pour la première phase et 100 à 150 pour la seconde).
Parmi les infrastructures prévues : 3 000 m² de salles blanches industrielles sur trois niveaux, environ 4 500 m² de bureaux et laboratoires en R + 5, un centre technique dédié à la production de fluides et gaz, opéré par Engie et une hauteur record de 36 mètres, ce qui en fera le plus haut bâtiment industriel de la Métropole de Grenoble. "La hauteur maximale dans les zones d’activités est de 20 m, cela nécessitera de modifier le plan local d’urbanisme intercommunal", déclare Guy Jullien, vice-président de Grenoble Alpes Métropole en charge de l’économie, de l’industrie et de la résilience économique. Le dépôt du permis de construire est prévu fin 2025, pour un début des travaux en 2026. Le choix de l’architecte et du constructeur interviendra d’ici là.
Un outil stratégique pour la souveraineté industrielle
Le site des Portes de la Chartreuse, autrefois occupé par un site militaire, a été artificialisé et reconverti en zone d’activité par la Métropole. Il est desservi par le tramway, les pistes cyclables, et situé à proximité de l’autoroute A48. Une volonté de la SAS BHT Fab qui souhaitait un site proche de l’aéroport Saint-Exupéry. Le foncier, détenu par la Métropole, est vendu à la SAS BHT Fab pour implanter le projet sur une parcelle de 23 000 m².
Le choix de ce site s’inscrit dans la stratégie foncière métropolitaine visant à optimiser le peu de foncier économique disponible. "Plutôt que de construire six petits bâtiments, nous concentrons les efforts dans un site mutualisé, modulaire, évolutif", précise Guy Jullien. "Le BHT Fab incarne notre volonté de garder les start-up sur le territoire et de leur offrir les moyens de s’industrialiser localement. Il servira aussi à attirer des entreprises européennes en quête d’un site clés en main", ajoute-t-il. Des discussions sont déjà en cours avec plusieurs start-up françaises et européennes, sans noms cités à ce stade.