En mai 2025, un consortium 100 % marseillais a fait son entrée sur la scène technologique européenne. Son nom : Oréus. Son ambition : proposer une alternative souveraine aux infrastructures de calcul dominées par les géants américains. Moins de deux mois plus tard, le projet est entré début juillet dans sa première phase opérationnelle avec la mise en service du centre de calcul Athéna à Grenoble. Installée sur un ancien site de Hewlett-Packard, cette infrastructure aligne déjà 8 500 GPU (cartes graphiques dédiées à l’IA) et vise les 50 000 unités à terme. Elle s’étend sur un site de 7 hectares comprenant plus de 25 000 m² de bâtiments datant des années 70. Pour Charles-Antoine Beyney, dirigeant de Data One, il s’agissait de "redonner vie à ce lieu emblématique au cœur de la métropole grenobloise, en faisant du neuf avec du vieux et en limitant au maximum notre empreinte carbone."
800 millions d’euros investis
Le projet Oréus représente un investissement de plus de 800 millions d’euros, financé par Core42, filiale IA du conglomérat émirati G42, lui-même adossé au fonds souverain des Émirats arabes unis. Pour les promoteurs du projet, "la gouvernance reste française, le pilotage européen, et les choix stratégiques sont décidés par le consortium", confie Laurent Choukroun, président d’Oréus et dirigeant du tiers-lieu marseillais dédié à l’innovation éducative, L’Épopée.
Une ambition marseillaise
Si le premier data center opéré par Oréus est situé à Grenoble, le cœur du consortium est bel et bien marseillais. Porté notamment par Laurent Choukroun, mais aussi Kevin Polizzi, dirigeant d’Unitel Group et actionnaire du campus aixois thecamp, Sabrina Agresti-Roubache, ancienne ministre aujourd’hui reconvertie dans l’entrepreneuriat numérique ou encore Julien Lescoulié, le fondateur de Dev-ID, et l’avocate Sandra Blanchard, le projet affiche clairement son ambition territoriale. "Il y aura d’importantes retombées pour le territoire phocéen. La valeur ainsi créée bénéficiera aux différentes structures impliquées et viendra encore renforcer le rayonnement de Marseille, assure Laurent Choukroun. L’objectif est de créer un écosystème d’innovation, où la puissance de calcul irrigue directement les start-up, centres de recherche et PME du territoire."
Rénover des data centers pour aller vite
Né d’une volonté commune de réindustrialiser la France par l’innovation, Oréus s’est donné pour mission de déployer sur le territoire des infrastructures de calcul haute performance au service des secteurs clés : industrie, santé, énergie, recherche, services publics.
L’objectif est d’aller vite. Oréus ne construira donc pas ex nihilo : il privilégie la rénovation de data centers existants, moins coûteuse, plus rapide, et alignée avec les objectifs environnementaux. "Comme à Grenoble, nous voulons nous appuyer sur des infrastructures déjà présentes. C’est plus efficace", insiste Sabrina Agresti-Roubache. Le consortium est à l’affût d’autres opportunités, prioritairement dans le Grand Est, le sud-est et les Hauts-de-France. "Cette logique de maillage national a été pensée comme une réponse concrète à l’appel d’Emmanuel Macron pour une IA européenne décentralisée, plurielle et pluri-forme", ajoute l’ancienne ministre.
Vers une IA ancrée dans les territoires
Autour du data center Athéna, Oréus déploiera aussi une série de "campus IA" à Marseille, au sein de L’Épopée, autour de thecamp à Aix-en-Provence ou à Grenoble. Ces pôles combineront formation, recherche appliquée, incubation et services mutualisés. "L’intelligence artificielle va transformer nos vies. C’est en mutualisant nos savoir-faire, de la stratégie à l’application, que nous aurons un impact", affirme Laurent Choukroun.