Arrivé en 1994 dans l’ETI fondée par son arrière-grand-père en 1919, Paul Lhotellier est devenu président du groupe Lhotellier près de 10 ans plus tard. Le dirigeant se prépare désormais à transmettre à son tour l’entreprise à son fils d’ici 2028, avec un plan stratégique solide jusqu’en 2030.
20 ans à la tête du groupe Lhotellier
Entré il y a plus de 20 ans dans le groupe familial de construction, Paul Lhotellier a lui-même repris l’entreprise au terme d’un processus bien rodé. Presque dix ans lui ont permis de succéder à son père en 2003, lorsque celui-ci a eu 60 ans. Paul Lhotellier est alors devenu président du directoire à l’âge de 36 ans. "J’ai eu la chance que mon père m’ait laissé faire mon chemin et mes erreurs pour trouver ma place dans l’entreprise. Je ne fais que reproduire ce qu’il a fait avec moi. Avec beaucoup de courage, car céder la présidence est un arrachement", reconnaît le dirigeant. À son arrivée dans le groupe, la société comptait 230 collaborateurs et réalisait 165 millions de francs de chiffre d’affaires. En 2025, le groupe Lhotellier emploie 1 700 salariés et s’apprête à réaliser un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros.
Du directoire au comité de surveillance
En 20 ans, l’ETI normande est aussi devenue plus diversifiée. Autrefois concentré sur la construction dans les travaux publics, le groupe Lhotellier a élargi sa palette de métiers et de territoires sur lesquels elle intervient. Pour son président actuel, ce déploiement était nécessaire pour "éviter le piège" de la dépendance à un seul client et assurer ainsi la pérennité de l’entreprise.
La transmission ne signifie cependant pas un abandon complet de l’entreprise pour Paul Lhotellier. Ce dernier quittera le directoire, pour prendre la présidence du comité de surveillance. Lui reviendra un rôle d’assistance du président exécutif et du directoire, pour s’assurer que les projets de l’entreprise restent dans le cadre de sa raison d’être. La raison d’être est en effet un des chantiers menés par Paul Lhotellier au cours de son mandat, en 2019. Elle repose sur quatre piliers : placer l’humain au cœur de la raison d’être de l’entreprise ; être l’entreprise experte et engagée de référence ; participer avec enthousiasme au développement de nos territoires ; assurer, pour au moins encore cent ans, la vie de l’entreprise.
Le fils aîné Lhotellier va prendre la présidence
Mattéo, le fils aîné de Paul Lhotellier, est appelé à prendre la suite de son mandat. Le jeune ingénieur de 29 ans travaille dans l’entreprise depuis deux ans, comme conducteur de travaux dans la démolition et le désamiantage. "Il est dans le dur. Il apprend les règles du métier, il apprend à résoudre des problèmes, à faire des factures", explique son père. Davantage "exécutant" pour le moment, il va peu à peu basculer dans l’exécutif, "en étant cornaqué par le directeur général et le secrétaire général du groupe", précise Paul Lhotellier. Un appui précieux, Jean-Philippe Lemesle, le directeur général, et Sébastien Sacavin, le secrétaire général, étant dans le groupe Lhotellier depuis plus de dix ans. Ces derniers travaillent actuellement avec Paul Lhotellier sur le plan "excellence 2030", qui détermine la stratégie du groupe pour les cinq prochaines années.
"En France, on a souvent l’impression que l’entreprise dépend de l’intelligence d’une seule personne"
Le rôle que Paul Lhotellier s’apprête à laisser à son fils est un rôle "de management et de représentation", pour faire rayonner l’entreprise sur le territoire, auprès des acteurs politiques, économiques, associatifs… "En France, on a souvent l’impression que l’entreprise dépend de l’intelligence d’une seule personne", juge Paul Lhotellier, critique de cette vision. "Mon entreprise est bien plus importante qu’un seul individu qui la compose. Mon travail est de faire en sorte qu’elle ne soit pas dépendante de ma seule présence", poursuit l’entrepreneur. Les deux années à venir ont donc pour objectif de réussir au mieux la passation.
Une "transmission de vie"
Les trois autres enfants de Paul Lhotellier (deux filles et un garçon), pourraient également rejoindre l’entreprise dans le futur. "Depuis qu’ils ont 10 ans, ils ont fait chaque année un stage dans le groupe. Ils sont tous les trois très imprégnés et enthousiastes à l’idée de rejoindre l’entreprise, tout en restant libre de leur choix", assure leur père. Ce dernier veut avant tout réaliser cette transmission "dans un cadre de vie".
Les précédentes successions du groupe ont en effet été marquées par des drames. La mort de l’arrière-grand-père et du grand-père de Paul Lhotellier à la suite d’accidents, alors qu’ils n’avaient que 50 ans, et le décès brutal de sa petite sœur en 1994, qui a précipité la transmission. Le dirigeant de 58 ans souhaite préparer sereinement cette nouvelle passation. Il a déjà transmis la moitié du capital de l’entreprise à ses quatre enfants, qui font également partie du comité de famille. Il s’agit du troisième organe indépendant de direction, au côté du directoire et du comité de surveillance, servant à préserver la concorde familiale. Une constante décisive, qui a permis à l’ETI de traverser les épreuves depuis 103 ans.