Le Premier ministre a présenté mardi 15 juillet un plan ambitieux en deux volets. D’une part pour réduire la dette et la dépense publiques en réalisant, en 2026, environ 44 milliards d’euros d’économies. D’autre part pour relancer la production. Avez-vous été convaincu ?
Convaincu, je ne sais pas, mais je suis en bonne part rassuré, parce que je trouve que son propos, en deux temps, était adapté aux circonstances et porteur d’une stratégie qui semble correspondre à la nécessité du moment. Premier temps, le "stop à la dette", qui contribue à la prise de conscience, par nos concitoyens, de la gravité de la situation et du risque majeur que la France ne sache plus faire face à ses échéances financières. Cela aurait des conséquences dramatiques, pas seulement pour l’État, mais pour chacun d’entre nous, les entrepreneurs, bien sûr, les entreprises, mais également les ménages. Deuxième temps, le "en avant la production", qui est presque un slogan du Medef, rejoint complètement notre préoccupation, et au-delà, notre ambition. Sur ce deuxième volet, le Premier ministre a eu des déclarations plutôt rassurantes quant à la répartition de l’effort, mais surtout quant à la nécessité d’éviter que la France ne décroche sur le plan économique. A contrario, même si je prends en compte la grande difficulté de la situation budgétaire, nous restons un peu sur notre faim quant à des annonces qui viendraient soutenir la croissance.
Pensez-vous que l’année blanche soit le dispositif le plus adéquat pour réduire le déficit public, ne craignez-vous pas son impact sur la croissance économique ?
Ce n’est probablement pas la mesure la plus structurelle ni la plus positive qu’on pouvait attendre. Mais nous sommes dans une forme d’urgence. L’État français emprunte aujourd’hui à des conditions plus coûteuses que celles de l’Italie, de l’Espagne, de la Grèce. Il fallait donc adresser un message à nos bailleurs de fonds, qui sont pour moitié étrangers et très attentifs à la capacité de la France à reprendre la main sur ses finances publiques. Et même si, évidemment, cela ne pourra pas être reproduit chaque année, cela nous donne une marge de manœuvre de 7,1 milliards d’euros pour préparer des mesures plus structurelles, donc plus fondamentales, de réduction des dépenses courantes des sphères publiques, des collectivités locales et de la Sécurité sociale.
La réduction du nombre de fonctionnaires en 2026 et le non-remplacement de ceux partant en retraite vous semblent par exemple aller dans le bon sens ?
Que l’on s’entende bien. Je pense qu’il y a une mauvaise gestion des ressources humaines dans les trois sphères publiques. Il y a d’évidence des postes de première ligne qui sont vacants ou dont les effectifs devraient être augmentés. Je pense bien sûr à la sécurité, je pense à la santé, je pense à l’éducation nationale. Il faut non seulement pourvoir ces postes, mais sans doute aussi mieux les payer, car ils ont une vraie valeur ajoutée, ils sont exigeants, et sont pour certains éprouvants.
Ça n’enlève rien à la dérive des effectifs de la fonction publique qui est extrêmement préoccupante et qui n’est pas sous contrôle. Il y a par exemple, dorénavant, dans les intercommunalités, 375 000 agents, sans réduction des effectifs des communes concernées. Ce sont donc bien 375 000 emplois nets qui ont été créés en l’espace de quelques années. À quoi servent-ils ? Nous devons nous interroger sur l’efficience, l’efficacité et la valeur ajoutée de ces emplois.
"Pour les contribuables que nous sommes, voir une telle absence de contrôle de la masse salariale de la part de l’État, c’est presque une provocation."
Par ailleurs, preuve que la masse salariale des sphères publiques n’est pas sous contrôle, en 2024, les frais de personnel de l’État ont augmenté de 6,7 %, soit 7 milliards d’euros. On ne peut pas dire que la situation des finances publiques est critique, et laisser s’installer cette dérive. Or, je ne connais pas d’entreprise, même dans les secteurs prospères, dont la masse salariale ait augmenté dans de pareilles proportions l’année dernière. Pour les contribuables que nous sommes, voir une telle absence de contrôle de la masse salariale de la part de l’État, c’est presque une provocation.
Par ailleurs la réduction d’effectifs évoquée par le Premier ministre avec 3 000 suppressions de postes en 2026 est à comparer à un effectif total de 5,5 d’agents fonctionnaires et contractuels, dans les trois fonctions publiques. Je ne vous apprends rien en vous disant qu’une entreprise confrontée à de telles difficultés financières serait dans l’obligation de prendre des mesures d’une tout autre ampleur.
Le Premier ministre a évoqué également de nouvelles négociations entre partenaires sociaux sur l’assurance chômage et le droit du travail. Après le conclave sur les retraites qui n’a pas été une très grande réussite, êtes-vous prêts à répondre à nouveau à cet appel ?
Je ne vais pas vous dire que le conclave a été une réussite, car nous n’avons pas abouti. Mais je pense que les travaux auxquels le Medef s’est prêté de bonne foi ont permis de préciser un certain nombre de chiffres sur la réalité des finances de nos régimes de retraite, leur fragilité, et sur l’ampleur des déficits qu’il faudra combler.
Cela a donc permis d’avancer, pour établir un diagnostic partagé sur la situation financière des retraites, les menaces qu’elle recèle, et pour proposer un certain nombre de pistes afin d’assurer cet équilibre. Ce conclave n’a pas été complètement vain ou stérile. Le fait que nous n’ayons pas abouti n’a pas figé le dialogue social. Très concrètement, les organisations patronales et de salariés sont très conscientes de leurs responsabilités. De nouvelles négociations vont s’ouvrir. Je ne sais pas si les organisations syndicales se prêteront à une nouvelle négociation sur l’assurance chômage, mais en ce qui nous concerne nous serons au rendez-vous.
La deuxième partie du plan, proposé par le Premier ministre, concerne la montée en puissance de la production et des entreprises pour améliorer la compétitivité de notre économie. Partagez-vous ses ambitions ?
Nous sommes évidemment totalement alignés sur la nécessité de travailler plus dans notre pays, alors que la France décroche en termes de croissance et de pouvoir d’achat par rapport à des pays comparables au sein de l’Union européenne, comme l’Italie ou l’Espagne. Cette absence de dynamique de croissance en France pèse sur l’emploi et sur le pouvoir d’achat qui est la première préoccupation des Français.
"La situation est extrêmement préoccupante parce que, depuis deux ans et demi, l’investissement baisse en France"
Pour avoir de la croissance et de l’emploi, il faut des investissements. Or la situation est extrêmement préoccupante parce que, depuis deux ans et demi, l’investissement baisse en France, car il y a un problème de confiance dans l’avenir. Il serait donc opportun, dans cette logique de mise en avant de la production, que des mesures soient prises dans le cadre du budget 2026 en soutien de l’investissement. D’abord, en reprenant la trajectoire de la suppression de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, NDLR), cet impôt de production dont tout le monde convient qu’il pénalise lourdement, en particulier les industriels français.
"En 2024, le niveau de production de logements est revenu à son niveau de 1955 quand la France comptait 17 millions d’habitants de moins"
Ensuite, en faisant revenir l’investissement des ménages vers le logement. En 2024, le niveau de production de logements est revenu à son niveau de 1955 quand la France comptait 17 millions d’habitants de moins. Il y a aujourd’hui une vraie pénurie de logements, avec 2,7 millions de Français qui sont en liste d’attente pour accéder à des logements sociaux. Nous n’avons jamais connu une situation aussi catastrophique, qui pèse sur le pouvoir d’achat comme sur la mobilité professionnelle. Il faut donc faire revenir une partie de l’épargne des ménages, qui est surabondante, vers l’investissement locatif. La suppression du dispositif Pinel s’est traduite par 80 % de mises en chantier de moins en trois ans, avec pour corollaire des suppressions d’emplois dans la filière construction, le bâtiment à proprement parler, mais aussi les promoteurs immobiliers, tout l’amont industriel de cette filière, les fabricants de ciment, de tuiles, de briques, de matériel, de génie thermique… Donc il faut faire redémarrer l’investissement, par exemple avec un dispositif qui pourrait être celui du bailleur privé, c’est-à-dire la possibilité pour un investisseur privé d’amortir fiscalement une partie de son investissement.
Les 900 millions d’euros supplémentaires de financements en fonds propres pour les entreprises annoncés par le Premier ministre seront-ils suffisants ?
Ça va dans le bon sens, mais sera-ce suffisant ? C’est toujours le verre à moitié plein ou à moitié vide. La sinistralité des entreprises s’est stabilisée à un niveau très élevé, avec environ 66 000 dossiers en rythme annuel. Pour autant, la France reste un des pays européens où le financement bancaire est le plus soutenu. Il y a donc des situations très contrastées. Reste que les financements les plus sains pour une entreprise, sont ceux qu’elle dégage elle-même, à savoir par sa rentabilité.