Patrick Liébus : «Les banques doivent nous aider»
# Artisanat

Patrick Liébus : «Les banques doivent nous aider»

Élu président de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB) depuis le 21janvier, Patrick Liébus s'inquiète de la situation économique des petites entreprises et les invite à se tourner vers son organisation. Comment se porte votre secteur?

La situation économique est difficile pour tous et le secteur de l'Artisanat n'y échappe pas. Le secteur du bâtiment a été touché en décalage par rapport aux autres car nous fonctionnons sur devis. Nous avions des carnets de commande qui ont pu se remplir à une certaine période en 2008 et un peu sur 2009: maintenant nous entrons dans le dur.
Depuis quand la période est-elle devenue difficile? Cela fait six mois que l'on ressent vraiment le ralentissement de l'activité. Les inquiétudes sont grandes face aux trésoreries de nos entreprises, exsangues pour certains de nos collègues. Nous demandons une grande attention au niveau des banquiers pour accompagner nos entreprises car lors de périodes comme celles-ci, il faut que l'accompagnement soit total, pour permettre aux entreprises de passer le cap.
Justement, quelle est l'attitude des banques? Certaines jouent le jeu, d'autres pas. Notre rôle, c'est de les informer, d'être très attentif et

de leur rappeler la responsabilité qu'elles porteraient si elles n'accompagnaient pas les entreprises qui existent depuis de nombreuses années, celles qui se crées ou qui veulent se développer. Et cela, surtout si ces entreprises ont à leurs côtés des partenaires comme Oseo, la Siagi, Socabat qui peuvent apporter des cautions.
Quelles sont vos priorités comme nouveau président de la CAPEB?
C'est d'abord l'auto-entrepreneur! Ca l'a toujours été car mon organisation est très sensible à ce statut «précaire». Mais également le développement des entreprises sur les marchés nouveaux, ou encore la reconnaissance des conjointes dans l'entreprise et l'entrée des femmes dans les métiers du bâtiment. Cependant, le statut d'auto-entrepreneur nous pose un énorme problème puisqu'il vient déréguler le fonctionnement même de l'entreprise de droit commun.
Pour vous, c'est une concurrence directe... Une concurrence directe et déloyale qui a été très mal calculée, très mal pensée. Cela partait d'une bonne idée qui pouvait être celle de simplifier l'entrée à la création d'entreprise. Mais, c'est passé d'une idée qui pouvait être simple à une idée simpliste! Il faut qu'on nous écoute.
Vous parlez aussi de la nécessité de formations adaptées aux marchés locaux... Oui, il faut que nos élus comprennent l'impact de nos activités sur l'économie locale. Il faut donc des formations en adéquation avec le marché. Mais, il faut aussi que dans les marchés publics, nos élus prennent conscience que d'avoir des réponses aux marchés publics a des prix anormalement bas, et d'accepter ces propositions, c'est faire prendre un gros risque à ces entreprises, qui sont, pour moi, des entreprises inconscientes! C'est aussi faire prendre des risques aux citoyens et la certitude d'avoir a effectuer des travaux supplémentaires pour compenser les malfaçons. C'est une mauvaise gestion, et j'espère que les élus prendront conscience qu'il faut vite arrêter ce système, car l'entreprise de proximité que nous représentons a besoin d'être présente et les collectivités ont besoin de nous!

Entretien Sébastien Colle

# Artisanat # Commerce