Depuis ses magasins, Patrick Isoard ne quitte jamais des yeux la mer : son élément. Ce chef d’entreprise la vit même au quotidien, puisque ses quatre boutiques Uship — deux à la Trinité-sur-Mer, une à Arzon et une à Ploeren, dans le Morbihan — vendent du matériel destiné aux bateaux et plus largement à la navigation.
À la tête d’une entreprise qui emploie 12 salariés et réalise 3 millions d’euros de chiffre d’affaires, Patrick Isoard a aussi un rêve : courir et gagner la Route du Rhum 2026 en catégorie vintage. "C’est un rêve d’enfant. Je crois que c’est le bon moment pour le faire. Cela fait quatre ans que je prépare à cela."
Un rêve d’enfant pour le dirigeant
Pour ce chef d’entreprise expérimenté, la voile est une passion ancrée depuis quarante ans. Marin aguerri, il pratique la course au large en amateur depuis une quinzaine. Pourtant, la Route du Rhum, qui partira en novembre 2026, de Saint-Malo vers la Guadeloupe, est unique pour Patrick Isoard. "Elle règne sur les Transats depuis plus de 40 ans. C’est la seule à rassembler autant de bateaux. C’est inscrit dans son ADN. Depuis sa création, les plus grands noms de la voile y prennent part. Son parcours exigeant, la période de navigation et les conditions météorologiques en font la plus difficile et la plus sportive de toutes", dévoile le dirigeant.
Performer en étant solidaire
L’objectif est clair : participer à la Route du Rhum 2026 et performer dans la catégorie "Rhum Mono". Mais au-delà du défi sportif, il s’agit de vivre et de partager une véritable aventure humaine. "Il n’était pas question de vivre cette aventure que pour moi, confie Patrick Isoard. La course offre de la visibilité. J’ai choisi de mettre en lumière l’association Les Enfants du Mekong dont les projets permettent d’offrir une éducation à des enfants très défavorisés d’Asie du Sud-Est. Ma fille a œuvré pendant deux ans pour cette ONG. Je tenais à courir pour cette cause."
Finir premier en catégorie vintage
Affable et attentif aux autres comme le décrivent ses pairs. Patrick Isoard va donc mêler solidarité et performance dans cette transatlantique en solitaire. Pour cela, comme en entreprise, il n’a rien laissé au hasard.
Pour la préparation physique, les 22 000 miles de course déjà parcourus en mer attestent qu’il est prêt. "Je vais aussi à la salle de sport deux fois par semaine et je travaille avec un préparateur physique et mental, précise l’intéressé. Mon objectif est de gagner en ayant tout mis en œuvre pour y arriver."
Sur l’eau, le chef d’entreprise de 64 ans, a choisi de naviguer sur un bateau qui lui ressemble. "Il est comme moi. De la vieille école", s’amuse-t-il. Pour les spécialistes, il glisse que c’est un "Imoca 50 de 1998. Conçu à l’origine pour des courses autour du monde, il bénéficie d’une construction robuste et est adapté pour affronter les conditions météorologiques parfois musclées de la Route du Rhum à l’automne."
Et pour être paré aux aléas de cette course, réputée comme très difficile, le bateau a été remis à niveau en profondeur. "À chaque entraînement, à chaque course, j’améliore et je modifie les choses. À mon niveau et avec mon budget", ajoute Patrick Isoard.
Embarquer le collectif
Le budget est un point crucial dans une telle aventure. Il atteint environ 500 000 euros pour un tel défi. Via son entreprise Voilerie Le Port, Patrick Isoard fait un apport de 250 000 euros. Il reste donc 250 000 euros à trouver. "C’est mon deuxième métier actuellement, de trouver des fonds, résume-t-il avec amusement. Ce n’est pas aisé dans le contexte actuel mais j’y crois." L’homme ne ménage pas son temps et son énergie au sein du Vannes Morbihan Business, du réseau breton 500 pour 100 et d’autres réseaux qu’il fréquente. "J’ai appris à bien présenter mon projet, mes envies, la cause que je défends. C’est un travail de longue haleine où il faut travailler et retravailler sans cesse les contacts. Ne rien lâcher."
Anticiper pour déléguer et être focus sur sa course
Ne rien lâcher en mer en ayant tout anticipé ou presque à terre. Car l’homme est avant tout un dirigeant. "L'entreprise, c'est ce qui me fait vivre. Depuis une dizaine d’années, j’ai essayé de tout mettre en œuvre pour ne plus passer 100 % de mon temps dans l’entreprise. Pour cela, j’ai pris le temps de former mes équipes puis de déléguer."
Méthodiquement, l’homme a fait reposer la gestion de son entreprise sur trois piliers. "D’abord, on définit une stratégie. On la met en œuvre, on la fait évoluer au gré du temps et surtout on la partage avec son équipe." En second, il mise sur la juste connaissance des moyens. "Les moyens : ce sont les budgets et les achats liés à nos magasins. Il faut bien les établir et les suivre assidûment", souligne-t-il. Enfin, il fait le pari du bien-être au travail. "Échanger le plus possible, se dire les choses, favoriser l'autonomie et la cohésion dans l’équipe et l’autonomie. J’ai la chance d’avoir des salariés dont certains sont là depuis plus de 10 ans. C’est tout cela qui me permet de vivre ce rêve de Route du Rhum", insiste l’entrepreneur.
Pour la Route du Rhum comme pour ses autres courses préparatoires, Patrick Isoard est focus à 100 % sur chaque épreuve. "Professionnellement, je ne suis pas joignable et j’utilise internet au minimum", confie-t-il.
La méthode Isoard est payante. Vainqueur en 2024 de la Transat CIC en 2024 et de nombreuses autres courses, il vient d’accrocher à son palmarès la régate La Trinité Cowes, entre le Morbihan et l’île de Wight.