Patrick Fesquet : «Osez devenir des fournisseurs de l'Otan»

Patrick Fesquet : «Osez devenir des fournisseurs de l'Otan»

Le prochain sommet de l'Otan se tiendra du 2 au 4avril de part et d'autre de la frontière franco-allemande, à Strasbourg et Kehl. En attendant cette échéance, Patrick Fesquet, directeur des achats de la Namsa, l'agence logistique de l'Otan, tente de séduire les PME françaises. Venu présenter l'agence à une centaine de dirigeants alsaciens, fin janvier, à la CCI de Strasbourg, il a sorti de son jeu un argument plutôt convaincant dans le contexte actuel: les délais de paiement, de 15 jours après certification de livraison conforme ou de prestation accomplie.



Comment sont organisés les achats de l'Otan?

La Namsa est l'agence logistique de l'Otan, et s'occupe des achats de prestations de soutiens logistiques et d'approvisionnement en pièces détachées. Créée en 1958 à Châteauroux, elle a quitté la France quand le pays a quitté le commandement de l'Otan, et est actuellement basée à Capellen, près de Luxembourg. 1.100 personnes y travaillent. Elle est gouvernée par un comité de direction où l'ensemble des 26 pays membres sont représentés et qui rend compte de ses activités au conseil de l'Atlantique Nord une fois par an.


Quel chiffre d'affaires génère la Namsa? Avec qui?

Il est de près de 1,5Md€ pour 2008. Les achats auprès de l'industrie en constituent plus de 90%, le solde étant des prestations encore réalisées par les capacités organiques de l'Agence. Nous travaillons autour de trois grands corps de métiers: la maintenance et l'entretien du matériel militaire, métier historique; le soutien des initiatives de l'Otan, en particulier celles liées au partenariat pour la paix, essentiellement de la démilitarisation, ainsi que de la conduite de projets. La troisième ligne d'activité correspond au soutien des opérations de réponse aux crises, dont actuellement le soutien des opérations de la Fias, force intérimaire d'assistance et de sécurité, en Afghanistan. Le budget de la Namsa pour le soutien des opérations est d'environ 510M€, transports compris.


Dans quels domaines les PME françaises peuvent-elles travailler avec vous?

Nous achetons des prestations de services intégrés. Par exemple, pour fournir les repas journaliers en Afghanistan, nous payons des intégrateurs de services, qui recherchent fournisseurs et prestataires de services: pour la construction de réfectoires, de locaux de stockage, les achats et transports de denrées, leurs fournitures... Autant de métiers distincts qui peuvent faire appel au savoir-faire des entreprises françaises. Je les invite à oser devenir fournisseur de l'Otan!


Comment le devient-on?

Nous fonctionnons en appels d'offres restreints. Les entreprises doivent d'abord se référencer sur le site de la Namsa pour devenir fournisseurs de l'Agence.


Quels sont les critères d'éligibilité au référencement?

Dès lors que vous avez une activité commerciale légitime au regard du droit national, vous avez vocation à être inscrit au fichier fournisseur de la Namsa, avec un numéro de référencement. Nous respectons ainsi le principe de l'égalité d'accès à la commande publique. On ne permet pas d'utiliser ce numéro à des fins de publicité. La fiabilité de l'industriel ne sera prouvée qu'après accomplissement d'une prestation pour la Namsa, s'il est amené à remporter un de nos appels d'offres. Il devient alors fournisseur agréé de l'Otan.


Comment fonctionnent vos appelsd'offres?

Nous travaillons par requête dans notre base de données fournisseurs, qui nous établit la liste des sociétés à inviter. Pour les prestations de services, nous travaillons sur une base de données par mots clés. Les industriels, quand ils se référencent, ont donc tout intérêt à détailler au maximum leurs qualifications. À l'issue de l'appel d'offres, lorsque l'entreprise la moins disante est une entreprise avec laquelle nous travaillons pour la première fois, nous conduisons un audit de capacités -aspects contractuels et techniques, financiers- chez elle. Sur avis conforme de la commission chargée de l'évaluation technique de l'offre, nous notifions le contrat au fournisseur le moins disant dont la proposition est déclarée techniquement conforme. Si l'avis est négatif, nous notifions dans le rapport d'audit les déficiences auxquelles il convient d'apporter des actions correctives et nous passons au
second moins disant.




Quelle part représentent les entreprises françaises dans vos achats?

En 2008 elles ont représenté 5% des achats. Ce n'est pas suffisant. À titre de comparaison, le premier pays, l'Allemagne, a représenté près de 30%. Il faut toutefois être nuancé dans les chiffres. Il y a ainsi des sociétés allemandes qui sont de droit allemand, mais dont les capitaux et les savoir-faire sont étrangers. J'ai le sentiment que certaines PME françaises, n'osent pas franchir le pas alors qu'elles ont des capacités remarquables.


Quelle est la part des PME dans les fournisseurs de l'Otan?


Je n'ai pas de statistique concernant ce point. Je peux en revanche indiquer qu'environ 90% du volume de nos achats concernent des bons de commande entre 1 et 25.000€. Ce sont donc de petits marchés. Sur les 10% au-delà de 25.000€, on a de gros contrats notamment de maintenance aéronautique, de transport aérien, de prestations d'alimentation, de purification d'eau sur les théâtres d'opération... Il faut que les industriels, non seulement se référencent, mais répondent aux appels d'offres, fassent cet investissement. Ils connaissent leur marché, leurs produits: ils savent estimer s'ils sont ou non compétitifs.




Quels sont vos délais de paiements?

Dans les 15 jours de la certification de la livraison conforme ou de la prestation accomplie. Comme les pays travaillent en précompte, nous avons déjà les crédits du paiement. Nous n'avons pas à procéder au mandatement et aux paiements à travers les chaînes de mandatement nationales. Les sociétés offrent des discounts pour des paiements rapides. Nous avons collecté en 2008 quasiment 90% de nos discounts, les 10% restants étant souvent des erreurs de process ou humaines que nous nous efforçons de corriger.