«À la CFDT, nous sommes contre cette prime. Nous pensons qu'il faut arrêter de distribuer des bonbons aux salariés et qu'il faut leur donner les moyens de se nourrir», lance Anne-Marie Coat, déléguée CFDT chez Casino. Loin d'améliorer le climat social dans les entreprises, la prime de partage des profits, votée cet été pour permettre aux salariés des PME de plus de 50 salariés de bénéficier des fruits de la reprise, a soulevé le mécontentement des salariés et des syndicats. Chez Casino, la proposition de 120€ faite par la direction a été très mal perçue. «La direction nous a dit qu'elle n'était pas concernée par cette prime, mais qu'elle nous faisait une fleur. C'est une plaisanterie», s'indigne Anne-Marie Coat. Chez Sanofi, autre poids lourd de Rhône-Alpes, la proposition de 600€ a elle aussi été rejetée par les représentants du personnel et sera donc appliquée unilatéralement par la direction. Chez l'Isérois ST Microélectronics, la situation est similaire et la tension perceptible. «Les syndicats ont refusé de signer la proposition de 150€ faite par la direction. Ce qu'il faut comprendre, c'est que cette prime représente un coût non négligeable puisqu'elle sera appliquée aux 10.000 salariés du groupe en France. Cette prime vient par ailleurs compléter une politique salariale forte. Sur 2011, les ingénieurs et cadres du groupe ont obtenu une revalorisation de leur salaire de 3,20% et les opérateurs de 4%. À ces augmentations, il faut ajouter la prime d'intéressement, qui pour un salaire annuel de 20.000€ représente cette année une prime de 1.800€», commente Nelly Dimey en charge des relations médias de ST Microélectronics.
«Loin des 1.200€ brut fixés par la loi»
Les salariés de l'accousticien ligérien Focal ont eu un sort un peu meilleur. «J'ai fait une proposition de prime à 300€ en expliquant aux salariés que nous n'étions pas un grand groupe et qu'il s'agissait d'un effort conséquent. Les salariés ont compris qu'au final cet argent sortait de la même poche et que ce qui était pris d'un côté ne pouvait pas l'être de l'autre», relate Christophe Sicaud, CEO de Focal. Grand groupe ou pas, Éric Moulin, conseiller fédéral de la CGT Loire Métallurgie, remarque que le dispositif concerne très peu d'entreprises et que ces dernières jouent difficilement le jeu. «Les entreprises de plus de 50 salariés qui ont des dividendes en augmentation ne sont pas nombreuses dans la Loire. Et quand bien même elles entrent dans le cadre du dispositif, on est très loin du plafond maximum d'exonération de cotisations de 1.200€ brut fixé par la loi. La moyenne se situe plutôt entre 100 et 200€. Bref, cette prime, c'est un peu comme si on nous donnait un extincteur pour éteindre un incendie de forêt, constate Éric Moulin. Le partage des profits? Des miettes! On a vraiment l'impression d'être invité à lécher le plateau des actionnaires.»
Mouvements sociaux en vue?
Décriée par les syndicats, cette prime l'est aussi par le patronat. «Cette loi est arrivée à un mauvais moment, en plein dans l'agenda social avec des discussions sur la répartition de la valeur ajoutée. Nous avons été pris de vitesse par le législateur. Cette prime est venue parasiter le calendrier social normal. Au final, le dispositif ne satisfait personne, ni les entreprises, ni les syndicats», analyse Éric Le Jaouen, président du Medef Loire. Dans un contexte économique déjà difficile, la prime de partage des profits pourrait bien déclencher une vague de mouvements sociaux dans les entreprises rhônalpines. Au local CGT de Sécuritas à Lyon Centre Est, les 8€ proposés par la direction (après l'intervention de Xavier Bertrand qui s'était indigné d'une première proposition à 3,50 €) ont été pris comme une insulte. «C'est irrespectueux de notre travail. Nous allons attendre de toucher ces 8€ symboliques et nous verrons ensuite ce que nous ferons. Nous envisageons de reverser cette prime à une association caritative et de coupler ce geste avec une grève nationale», lance Sébastien Païs, responsable CGT Sécuritas à Lyon.
Loin de faire l'unanimité la prime dite de "1.000 euros" a surtout jeté de l'huile sur le feu, renvoyant syndicats et directions vers de nouvelles divisions.