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Orus se prépare à lancer son premier satellite en 2027 pour voir la Terre autrement
Sophia Antipolis # Aéronautique et spatial # Start-up

Orus se prépare à lancer son premier satellite en 2027 pour voir la Terre autrement

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Voir la Terre depuis l’espace avec une précision et une qualité d’image exceptionnelle, c’est la promesse de la start-up sophipolitaine Orus. Après des contrats signés, des subventions et une première levée de fonds, elle travaille au lancement de son premier satellite en 2027.

Laurent Escarrat (à droite), a cofondé la start-up Orus en 2024 avec Vincent David, fondateur et dirigeant de Sophia Engineering. Leurs microsatellites permettront d’observer de manière inédite, la Terre depuis l’espace — Photo : Olivia Oreggia

Aller dans les étoiles n’est plus l’apanage des grands groupes étatiques. Aux côtés d’Airbus et autre Thales, est né en France tout un écosystème entrepreneurial, dont fait partie Orus, à Sophia Antipolis.

Dans la stratégie nationale

Actrice du Newspace, cette nouvelle ère née aux États-Unis de la privatisation de l’accès à l’espace, la start-up a fait parler d’elle ces derniers mois, avec une première levée de fonds de 5 millions d’euros en juin, puis la signature d’un contrat de 3 millions d’euros avec l’Agence Spatiale Européenne dans le cadre de la mission d’observation Copernicus.

Avant cela, elle avait signé un marché avec l’Agence Innovation Défense et avait été lauréate des dispositifs France Relance et France 2030, pour un total de plusieurs millions d’euros. "Nous sommes dans la stratégie nationale, en proposant une solution commerciale souveraine d’acquisition et de traitement de données de bout en bout", souligne Laurent Escarrat, dirigeant et cofondateur d’Orus, avec Vincent David.

Des applications très concrètes

Orus et ses 21 collaborateurs (25 prévus en 2026) avancent discrètement depuis des années vers leur Graal : proposer une capacité d’observation de la Terre, inédite tant par sa haute résolution native que par sa qualité d’imagerie hyperspectrale.

Si les termes sonnent abscons aux oreilles du profane, les applications, elles, sont très concrètes. Les cas d’usages se trouveront dans la Défense et le militaire, mais surtout dans le domaine civil. "Les images hyperspectrales permettent de voir la vérité en surface par rapport à ce que vous croyez voir, formule Laurent Escarrat. Elles permettent par exemple une mise en relief de la végétation et d’en identifier les différentes espèces, d’en connaître le niveau de stress hydrique, de détecter de l’eau, d’en évaluer la qualité, d’identifier des pollutions… D’identifier les matériaux et leur densité dans une exploitation minière. De savoir quand semer, mettre de l’engrais, arroser, récolter, quand il y a des maladies, dans l’agriculture de précision… le tout dans une image."

L’instrument développé par Orus et qui sera envoyé dans l’espace par satellite en 2027, peut avoir de nombreuses applications en matière de surveillance environnementale : mesures des gaz atmosphériques et des aérosols, identifications des polluants chimiques dans les eaux douces et les mers, cartographie de la prolifération d’algues, concentration de microplastiques… — Photo : Orus

Plus simple, plus rapide, moins cher

Et grâce à une technologie propriétaire combinant capteurs de nouvelle génération et traitement automatisé des données par Intelligence Artificielle. Orus veut ainsi démocratiser l’identification précise et l’interprétation de la composition chimique des éléments observés depuis l’espace

"Le projet est très complémentaire des grandes missions institutionnelles, françaises ou européennes, à plusieurs centaines de millions d’euros, dont les performances sont extrêmes mais qui nécessitent 15 à 20 ans de développement, explique Laurent Escarrat. Nous faisons du plus simple, plus rapide, en prenant les technologies existantes et en les sublimant au maximum grâce à une couche d’innovation, pour les pousser en vol. Cela permettra d’arriver à des performances qui satisferont déjà un marché énorme, à un coût extrêmement inférieur." Quant à la fiabilité des données récoltées, le dirigeant l’assure : "Il n’y aura pas mieux".

Un jumeau numérique pour s’entraîner

De quoi intéresser des clients très institutionnels mais aussi tout un tas de sociétés privées, de plus ou moins grande taille pour leur rendre ces données accessibles. Aller chercher ces contrats privés est l’une des grandes missions d’Orus pour 2026. Car la société lancera son premier démonstrateur en 2027, mais en attendant ce "segment vol", elle travaille sur le "segment sol", à savoir "Comment recueillir un besoin d’un client ? Comment le traduire en besoins opérationnels ? Sur quelle orbite, à quel moment… ?"

Pour ne pas perdre de temps, Orus vient de faire l’acquisition d’un drone exceptionnel qui va lui permettre de prendre des "images d’une qualité extrême". Le jumeau numérique qu’elle a élaboré va générer, à partir des images prises par le drone, des images "parfaitement représentatives de ce qu’on pourra acquérir en vol et livrer ensuite", permettant ainsi à ses algorithmes de s’entraîner, de même que ses clients afin qu’ils soient tout à fait opérationnels une fois le satellite dans l’espace et que les images "en descendront".

Une maîtrise de toute la chaîne

C’est l’une des grandes forces de la sophipolitaine et de son projet. "De la conception de l’instrument à son intégration, jusqu’à la correction et au traitement de l’image, nous maîtrisons toute la chaîne", reprend le dirigeant. Une valeur ajoutée qui la rendrait unique en Europe et pourrait lui faire rapidement gagner une longueur d’avance sur son unique concurrent, basé aux États-Unis.

En attendant, l’Agence Spatiale Européenne vient de la distinguer comme lauréate Rising Stars, parmi les start-up et scale-up d’Europe les plus prometteuses de son écosystème.

Sophia Antipolis # Aéronautique et spatial # Start-up # PME # Innovation # Levée de fonds