Spécialisée dans la conception et la fabrication d'outils de contrôle et de mesure pour l'industrie automobile, One Too n'échappe pas à la conjoncture économique actuelle. La PMI de Saint-Jeannet a vu son CA chuter de 26% entre2007 et2008. Touché mais pas coulé, son P-dg Jean-Pierre Marlier ne désarme pas: «Je préfère l'action à l'inertie.» Dont acte! Le dirigeant vient d'enrichir sa force commerciale d'un consultant, Jean-Yves Lacouche, «une pointure du métier», pour coordonner les nouvelles orientations de l'entreprise.
Élargir ses marchés
Ainsi, One Too cherche à élargir son marché cible. Jusqu'alors orientée vers les constructeurs et équipementiers automobiles, la PMI s'adresse aujourd'hui aux mécaniciens et réparateurs indépendants. «Nos produits spécifiques aux constructeurs peuvent devenir généralistes et donc les intéresser» justifie le dirigeant. Parallèlement, One Too entame une démarche de veille marketing pour proposer ses outils à d'autres filières industrielles, comme celle de l'énergie, de la sécurité et de la traçabilité. Enfin, l'entreprise booste son budget R & D, pour anticiper les besoins de ses clients. «Cette crise me conforte dans mon agressivité. Il faut continuer à avancer, coûte que coûte, mais la baïonnette au fusil.» Paroles guerrières d'un dirigeant qui en a vu d'autres.
De SEEM
... Fondée en 1971, sous le nom de SEEM (pour Sud-Est électromécanique), l'entreprise lance un produit «révolutionnaireau succès immédiat et retentissant» raconte Jean-Pierre Marlier. Son fondateur, François Monnet, élabore une méthode et des outils inédits permettant le réglage et le diagnostique des carburateurs. Malheureusement, si l'homme est visionnaire, il s'avère un bien piètre gestionnaire et ne réussit pas à capitaliser sur son innovation. Lorsque Jean-Pierre Marlier reprend la société 14 ans plus tard, en 1985, il hérite d'une TPE vieillissante et déstructurée au CA de 1,5million de francs. «Pas énorme au regard du potentiel des produits.» La seconde phase de l'histoire de la SEEM commence alors... mais mal. «On apprend qu'à partir de 1992, tous les véhicules devront être dépollués, avec pour conséquence directe la disparition des carburateurs, notre principal marché.» Jean-Pierre Marlier doit repositionner son entreprise. Vite. Il décide de jouer sur ses atouts - «le nom, la notoriété et le savoir-faire» - et conçoit une nouvelle offre marketing: «Se mettre à l'écoute des besoins, imaginer une solution et l'imposer sur le marché». Plus de catalogue-produits donc, mais l'élaboration d'outils de mesure à la demande. «Les constructeurs ont très vite adhéré.» L'époque est belle. L'originalité paie et SEEM flirte avec la croissance... jusqu'en 1997.
... À One Too
La PMI aux 20millions de francs de CA s'enraye. «On a voulu croître trop vite. On a racheté une boîte, créé une autre. Bref, on a oublié nos fondamentaux.» Jean-Pierre Marlier demande au tribunal de commerce l'intervention d'un mandataire adhoc. Il organise également l'Opération Libellule: un grand raout à l'intention des institutionnels, clients et fournisseurs «pour casser la rumeur, expliquer les raisons de nos difficultés et présenter nos axes stratégiques». Une initiative qui calmera les esprits et les doutes, et lui donnera le temps de couper les mauvaises branches. En 2000, SEEM sort de la procédure et devient, un an plus tard, One Too. Changement de nom, pour une nouvelle vie: l'entreprise se restructure, accentue sa présence à l'export, part à la reconquête de ses marchés... et aujourd'hui s'arme pour résister à cette nouvelle crise. «Même si ça ne paye pas tout de suite, on démontre à nos clients qu'on n'est pas mort, même pas souffreteux, et qu'on prépare l'avenir.»
Depuis 37 ans, One Too conçoit des outils de mesure et de contrôle pour l'industrie automobile. Touchée par la crise, la PMI ne s'avoue pas pour autant vaincue et s'oriente vers de nouveaux axes, en attendant une prochaine embellie du marché.
Gaëlle Cloarec