Olivier Duvernoy est Président de l'Opcalia Haute-Normandie.
Dans le domaine de l'emploi des seniors la France est-elle en retard face à ses partenaires européen?
Oui, et pourtant, à la base, c'est l'Europe qui a toujours cherché à valoriser les seniors. Les plus de 45ans pour l'Europe alors que la France parle des plus de 50 ans dans la loi. CE qui se justifie pour la France, car le problème de l'employabilité des seniors se pose véritablement à partir de 50 ans. Sur cette problématique, nous sommes parmi les plus mauvais élèves en Europe surtout si l'on compare aux pays nordiques. Par exemple, le taux d'emploi des plus de 55 ans est de 38% en France alors qu'il atteint presque 70% en Suède!
Comment est-on arrivé à cette situation?
Cela date de la première crise pétrolière mais aussi des premières mesures mises en
place pour favoriser l'emploi des jeunes dans les années 80. Ainsi, les départs en retraite anticipés à 56 ans ont créé beaucoup de réflexes négatifs et instaurer l'idée que travailler après cet âge était devenu anormal. C'est un véritable enjeu de société.
La France redécouvre la valeur des seniors?
Tout à fait, les entreprises s'aperçoivent peu à peu qu'elles perdent du savoir-faire, des compétences indispensables. C'est un dossier sur lequel Opcalia travaille depuis 2002 et pour lequel nous avons rapidement donné de l'information à nos entreprises adhérentes. L'émulation entre jeunes et anciens est indispensable. C'est pourquoi nous travaillons depuis plus de vingt ans à favoriser le tutorat pour faciliter la transmission du savoir et l'intégration en entreprise.
Avec ce plan d'action, il y a la menace de la sanction financière... Et c'est pourquoi aujourd'hui tout le monde se précipite afin d'être prêt dans les temps. En 2007, nous avons réalisé une étude qui montrait que seulement 20% des entreprises prenaient en compte la problématique senior. En fait, une entreprise peut avoir conscience de sa pyramide des âges mais ne pas réfléchir à une échéance de dix années. La vision d'une entreprise est souvent plus courte. Et puis, chez nous, la taille des entreprises adhérentes est en moyenne de 50 salariés, les préoccupations et les moyens ne sont donc pas les mêmes que celles des grands groupes qui ont des capacités RH plus fortes.
Comment réagissent les salariés face au plan senior?
Aujourd'hui, un salarié entre 60 et 70 ans peut choisir l'âge de son départ à la retraite; l'employeur ne peut plus mettre d'office un salarié à la retraite, il doit demander par écrit son avis au salarié, tous les ans. Mais, selon une étude, 47% des seniors souhaitent partir à la retraite avant 60 ans. Alors, on dit qu'il faut que les carrières s'allongent pour soulager le régime des retraites, mais le problème c'est que les gens n'en ont pas très envie. Mais ce qu'il faut bien garder à l'esprit, c'est qu'en 2020, il y aura un retraité pour deux actifs!
Quel rôle joue Opcalia face à ce plan senior?
Opcalia est en première ligne car en introduisant une nouvelle obligation, il donne le mode d'emploi. Ainsi dans les dispositions du plan, cinq de celles-ci concernent la formation professionnelle et l'emploi. Nous avons donc rapidement réagi et proposé à nos adhérents des formations pour savoir comment bâtir un plan d'action seniors, comment prendre les bonnes mesures. Bien sûr, la menace de la sanction financière créée une obligation incitative pour les entreprises. Les entreprises qui viennent vers nous sont essentiellement celles qui doivent mettre en place seules ce plan d'actions et celles qui souhaitent en faire un débat interne, pour replacer le senior au coeur de l'entreprise. Enfin, cela favorise la gestion prévisionnelle des emplois et compétences, un point essentiel pour aider les entreprises à réfléchir à demain.