L’entreprise Solewa a vu son chiffre d’affaires doubler en trois ans. Le prochain exercice pourra-t-il être aussi impressionnant ? Et quels sont les effets en interne ?
Le chiffre d’affaires est passé de 50 à 70 millions d’euros sur l’exercice 2024-2025, clôturé en mars. Il était de 35 millions en 2022. Il a fallu accompagner cette croissance, se structurer, se renforcer. Nous avons réalisé 43 recrutements entre juin 2024 et juin 2025 ; et nous avons assuré au moins la moitié des quarante recrutements prévus en 2025 (Solewa emploie désormais plus de 160 collaborateurs au Mans, et dans les agences de Montaigu, Dol-de-Bretagne, Rouen et Blois, NDLR). En 2025, nous n’aurons pas 37 % de croissance sur l’exercice en cours, comme lors du précédent, mais sans doute près de 30 %. Puis nous devrions dépasser les 100 millions d’euros de chiffre d’affaires courant 2026 (soit le CA 2023 cumulé de Wewise, le pôle énergie regroupant les filiales de Butagaz dont Solewa, NDLR).
Quels profils cherchez-vous à embaucher ?
Dans la quarantaine de postes créés cette année, il y a un peu de tout : des conducteurs de travaux, des poseurs de panneaux solaires, des techniciens, des gestionnaires de stocks, des responsables qualité, des emplois à l’administratif, aux achats et aux impôts. Nous allons même embaucher un DAF pour la première fois !
Mais c’est surtout le bureau d’études qui doit être aussi renforcé en nombre de salariés et pour monter en compétences internes. Nous devons accompagner le développement des bornes de recharge des véhicules électriques, par exemple. Il nous faut aussi pouvoir suivre l’intégration de boucles d’énergie (une production électrique partagée localement vers différents points de consommation, NDLR). Nous devons ainsi aller chercher des profils à haut potentiel, des techniciens seniors pour les installations en haute tension, des conducteurs de travaux pour les sites ICPE ou encore des spécialistes en structures de bâtiments, pour développer les installations de panneaux photovoltaïques sur des bâtiments existants.
Les baisses de tarifs de rachat de l’électricité produite ne risquent-elles pas de freiner votre activité ?
Personnellement, je travaille dans le photovoltaïque depuis 2004, j’ai donc connu quelques problématiques dans la filière (dont le moratoire en 2010), il a toujours fallu préparer des solutions. C’est aussi le sens du rapprochement dans Wewise. Il y a des difficultés aujourd’hui dans la filière, mais je reste confiant : l’État annonce une baisse des tarifs de rachat d’électricité mais pour l’heure, cela reste encore flou. Mais nous allons devoir être créatifs.
Quelles nouvelles pistes comptez-vous explorer ?
Nous misons beaucoup sur l’autoconsommation collective. Cela va se développer pour plusieurs raisons : on "pousse" pour que ce soit une alternative afin de moins dépendre des accompagnements de l’État ; et a cela a tout son sens, en termes de performance économique. Cela permet aussi de créer des liens entre entreprises locales : il n’y a qu’à voir l’exemple des douze entreprises en Vendée qui se sont réunies. On voit que l’on peut aboutir à la fois à d’autres types de projets électriques, créer du lien économique entre différents acteurs et offrir des leviers d’affaires en plus des liens sociaux. L’autoconsommation collective est une philosophie qui rapproche le consommateur du producteur.
Mais cela reste des dossiers extrêmement techniques à mettre en œuvre. Cela ne refroidit-il pas les clients ?
Nous n’en sommes qu’aux premiers dossiers… Et Solewa apporte une solution clé en main. L’objectif est de rendre simple ce qui est complexe. L’autoconsommation collective est une solution de valorisation d’énergie mais on ne s’arrête pas là : nous n’accompagnons pas uniquement les porteurs de projets lors de la mise en place du projet, mais également dans le temps pour un suivi de gestion à plus de vingt ans. Cela évite que des clients se retrouvent face à des difficultés techniques ou même fiscales qu’ils ne pourraient anticiper.
Vous parliez de montée en compétences. Ce type de dossiers vous l’impose-t-il ?
Notre force est d’appartenir à un groupe important, Wewise et plus largement Butagaz. Cela nous permet de recourir à des compétences que nous n’avons pas en interne et à des mécanismes qui permettront demain de valoriser encore plus l’énergie.
De quoi s’agit-il ?
Nous travaillons sur des mécanismes d’agrégations. Dans les régions très ensoleillées, comme la Vendée, on peut imaginer que des entreprises disposant de plusieurs sites puissent en faire profiter ceux qui ne produisent pas d’électricité ; pour alimenter leurs bureaux à Paris par exemple. Nous avons également des projets en cours pour que de gros projets individuels puissent revendre leur électricité sur le marché spot. Et demain, personne ne nous empêche de penser à faire des grappes de projets pour revendre l’électricité produite à des entreprises locales…
Ces nouvelles solutions pourraient-elles vous amener vers le B to C ?
Non, nous resterons toujours positionnés sur le marché BtoB. Même pour les boucles collectives, nous n’irons pas vers les particuliers. La complexité est surtout liée à la partie administrative : la gestion des factures entre producteur et consommateurs, la gestion des clés de répartition, ne sont pas industrialisées aujourd’hui. Donc, nous préférons attendre avant de nous lancer auprès des particuliers.