Normandie : La réunification est en marche

Normandie : La réunification est en marche

La réforme territoriale voulue par le Gouvernement doit permettre de constituer des territoires puissants dotés de compétences économiques accrues. Sans attendre le vote de la loi, les présidents de Haute et Basse Normandie mènent campagne et posent les bases de la réunification.

« Nos services travaillent d'ores et déjà ensemble à l'harmonisation comptable, afin de permettre l'adoption, début 2016, du premier budget normand », déclarent en choeur les deux présidents des régions Haute et Basse Normandie, Nicolas Mayer Rosignol et Laurent Beauvais. Objectif, ne pas prendre de retard sur une réunification territoriale qui devrait permettre à la Normandie de multiplier ses atouts économiques. Une démarche dans les faits déjà engagée puisque diverses collaborations sont à l'oeuvre entre les deux régions. Le pôle de compétitivité automobile Mov'eo est l'une de celles-ci avec pour enjeu, demain, de peser plus dans les débats face à l'île de France, autre partenaire de la filière, estime Laurent Beauvais : « Quand on représente plus, on se fait toujours mieux entendre. Notre réunification facilitera les discussions et améliorera le rapport de force ». Des collaborations se sont multipliées ces dernières années avec la filière aéronautique Normandie Aeroespasce, le numérique et l'universitaire avec Normandie numérique ou encore Novalog, le pôle de compétitivité logistique. « C'est moins une révolution qu'une évolution pour nos deux régions. Aucune autre région n'a fait autant que nos deux territoires en matière de politiques communes », se félicite Nicolas Mayer Rossignol.




Collaborations à venir

De nombreuses autres collaborations peuvent être mises en oeuvre sur des enjeux communs aux deux territoires. Le domaine des énergies marines renouvelables est celui qui porte le plus d'espoir, deux projets étant développés sur chacune des régions : Fécamp et Dieppe en Seine-Maritime ainsi que Courseulles-sur-Mer dans le Calvados avec des champs d'éoliennes marines, et une ferme hydrolienne au large de Cherbourg près du Raz Blanchard pour la Basse-Normandie. « Demain, la Normandie sera la première région pour les énergies marines renouvelables », affirme Laurent Beauvais. Autres champs de collaboration annoncés ou en cours, l'Axe Seine et la LNPN, les domaines agroalimentaires, celui des transmissions électroniques sécurisées menées par le pôle de compétitivité bas-normand TES, ou encore la filière équine bas-normande. « Nous venons d'avoir les Jeux mondiaux équestres et la filière représente 10.000 emplois. La fusion normande doit nous permettre demain de prendre un nouvel élan, la Haute-Normandie comptant également de nombreux éleveurs et centres équestres », explique Laurent Beauvais. S'il est aussi enthousiaste, Nicolas Mayer Rossignol prévient cependant : « Nous attendons les rapports des Ceser pour savoir exactement ce que nous pourrons faire. Il est sûr que des secteurs comme le Tourisme pour lesquels nous collaborons déjà, ou encore les transports et la Jeunesse pourront être rapidement fusionnés. Mais, toutes les politiques ne seront pas fusionnées au 1er janvier 2016, certaines choses prendront plus de temps ».




Élections et capitale de région

Sujet de crispation entre les deux régions la question de la capitale revient comme un leit motiv pour la création de la Normandie. La position de Nicolas Mayer Rossignol est tranchée sur le sujet : « Il faut de la clarté, c'est le but de la réforme. Ma position c'est que Rouen doit être la capitale. Elle bénéficie notamment du statut de métropole mais il faudra un équilibre des territoires et respecter la place de chacun ». Sans surprise, le point de vue du président bas-normand diverge quelque peu de son voisin et verrait bien Caen en capitale : « Évidemment je pense à Caen mais je pense aussi qu'il faut retenir un principe d'équilibre entre Rouen et Caen et arrêter d'opposer les deux cités. Rouen à deux fois plus d'habitants mais Caen à des avantages géographiques. Ce qu'il faut, c'est privilégier la discussion ». Pour départager les deux villes, le dispositif de l'État et les amendements à la loi devraient apporter des réponses en fixant Préfecture, Rectorat et autres institutions. Sur le thème des élections, les deux présidents sont d'accord pour estimer qu'elles ne doivent pas avoir lieu à un moment où les Français ne seraient pas disponibles. « L'enjeu est important, il faut pouvoir mobiliser les électeurs », estime Nicolas Mayer Rossignol qui souhaite une date avant Noël 2015. Sur le sujet, Laurent Beauvais croit savoir qu'elles devraient se tenir la première quinzaine de décembre. Quant à savoir s'ils sont candidats à la présidence de la future grande Normandie, les deux présidents ont des approches différentes. Le président haut-normand rappelle que : « La politique n'est pas mon métier, je suis d'abord un scientifique et je ne cours pas après les postes » et laisse le soin aux militants de trancher. Pour sa part Laurent Beauvais est plus explicite : « Je milite depuis la première heure pour la Normandie. J'ai donc envie d'aller plus loin. Mais c'est une question qu'il faudra aborder en concertation avec mes amis politiques et surtout créer les conditions de la victoire de la Gauche pour 2015 ».



Sébastien Colle


À savoir : Prochainement, un site Internet mutualisé permettra aux Normands de contribuer au débat sur la réunification.